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28 juillet 2015 : L’ARBR commémore la mort de Robespierre.

L’intervention de Elisabeth Mayeur au Panthéon. « Robespierre : incarnation des Droits de l’homme et du citoyen ».

jeudi 17 septembre 2015

En avril 1791, alors que les Jacobins s’interrogeaient sur l’hommage à rendre à Mirabeau Robespierre a dit : « Il faut déclarer que nous n’accorderons les honneurs de l’estime publique qu’aux vrais amis du peuple, non pas à ceux qui auront développé les plus grands talents, mais à ceux qui auront terminé leur carrière en montrant un zèle inaltérable pour la défense de l’humanité. »

Nous publions ici, le texte du discours prononcé au nom de l’ARBR-Les Amis de Robespierre, par Élisabeth Mayeur devant le parterre des nombreux amis de Robespierre et de Saint-Just qui tenaient à rendre hommage aux révolutionnaires assassinés le 9 thermidor an II.

Cette année encore, nous voici réunis dans ce temple dédié aux Grands Hommes, pour rendre hommage à Maximilien Robespierre et ses compagnons, exécutés le 28 juillet 1794 et dans les semaines qui ont suivi.

Le 27 mai 2015, quatre grandes figures de la résistance française ont été panthéonisées, ici même. Dans son discours, le président de la République a dit d’eux : « qu’ils étaient Différents », mais « guidés par les mêmes forces », « animés par le même idéal ». Avec un seul amour : « l’amour de la patrie ». « Ils donnent chair et visage à la République. »

Pour nous, robespierristes, ces mots résonnent aussi pour tous ceux qui aux côtés de Maximilien, ont perdu la vie en Thermidor, en défendant cette République à laquelle ils croyaient de toutes leurs forces. Une République juste, égalitaire, où chacun trouverait sa place, en fonction de ses talents, ou chacun subviendrait à ses besoins, où nul ne serait victime d’injustice, une République fondée pour le bonheur des citoyens. S’il est un homme qui a pu donner chair et visage à la République, voici plus de 220 ans, c’est bien Maximilien Robespierre !

Dès le début de l’année 1791, Camille Desmoulins écrivait dans ses « Révolutions de France et de Brabant » que Robespierre était « le commentaire vivant de la Déclaration des Droits ».

En effet, il n’a eu de cesse durant toute sa vie d’homme de défendre les intérêts des plus faibles, des pauvres, des opprimés, de combattre pour l’accès de tous à leurs droits naturels : le droit égal à la vie, à la subsistance, à la liberté, au suffrage….

Dès le début de sa carrière, il choisit de devenir avocat, à Arras, puisque d’après sa sœur Charlotte, il ne pouvait concevoir qu’il y eût « tant de malheureux sans appui ». Il se consacre à la défense des plus humbles, renonçant ainsi, très souvent à ses honoraires.

On peut penser que deux affaires en particulier ont dû le marquer. L’affaire Deteuf, un villageois accusé à tort de vol par un moine bénédictin de l’abbaye d’Anchin et le cas d’un certain Dupont, un soldat d’Hesdin, accusé de désertion, mais surtout maintenu abusivement en prison et privé de son héritage par les connivences de membres de sa famille avec des échevins et des membres influents du tribunal local. Dans ces deux cas, on a affaire à des individus mis en situation d’injustice criante par des institutions puissantes sous l’Ancien Régime : une abbaye et des notables. On peut aisément imaginer combien ce jeune avocat de Robespierre, déjà profondément marqué par les idées des Lumières, celles de Rousseau en particulier, sur les Droits naturels imprescriptibles des hommes, se trouve indigné de ces situations et que cela forge sa conviction de la nécessité d’une refonte radicale des institutions et de la connexion entre droits naturels abstraits et droits sociaux.

En 1788-89, devenu candidat de sa province aux Etats généraux, il rédige un manifeste électoral dans lequel il fustige les Etats d’Artois pour leur dilapidation des deniers publics et l’injustice des impositions. Dans cette « Adresse à la Nation artésienne » il proclame que le mandat des futurs élus consistera à « recouvrer les droits sacrés et imprescriptibles dont nous avons été dépouillés ». Dans ces années-là, il s’est déjà forgé une réputation de justicier, auprès du peuple de sa région, et ce n’est pas par hasard s’il est choisi pour rédiger le cahier de doléances de la corporation des savetiers dit mineurs, l’une des plus pauvres, puis participe ensuite à la rédaction du cahier définitif du Tiers.

La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen est adoptée le 26 août 1789. Pourtant à peine deux mois après, les troubles et révoltes qui éclatent dans Paris, dans un contexte de pénurie alimentaire, vont pousser les députés de l’Assemblée nationale, effrayés, à revenir très vite sur certains de ces principes. Robespierre, lui, bien au contraire, les défendra toujours.

Il défendra pour les plus humbles, le droit de s’exprimer, de se révolter, de voter… en un mot : la Liberté.

Ainsi en octobre 1791, quand ces députés veulent faire voter la loi martiale contre le peuple affamé qui se révolte, voici ce que dira Robespierre contre cette loi qu’il trouve aberrante :

« Le peuple s’attroupe parce que le peuple meurt de faim, il faut l’égorger (…) il s’agit de remonter à la source du mal. Il s’agit de découvrir pourquoi le peuple meurt de faim ».

Dans la même idée de laisser s’exprimer les plus humbles, il défendra le droit de pétition. Dans son discours contre le droit censitaire de pétition prononcé à l’assemblée constituante, 9 mai 1791, il dira : “Eh messieurs, le droit de pétition ne devrait-il pas être assuré d’une manière particulière aux citoyens non actifs ? Plus un homme est faible et malheureux, plus il a de besoin, plus les prières lui sont nécessaires. Eh ! vous refuseriez d’accueillir les pétitions qui vous seraient présentées par la classe la plus pauvre des citoyens !”

De même, alors que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen affirme que les hommes « naissent et demeurent libres et égaux en droit » certains députés semblent préférer ne confier le droit de vote qu’aux citoyens payant un minimum d’impôt. C’est le fameux décret du marc d’argent, autrement dit un impôt équivalent à 17 jours de travail pour être citoyen éligible et 3 jours de travail pour pouvoir voter.

Robespierre démontrera dans un long texte qu’il fera imprimer, n’ayant pu obtenir la parole pour un long discours, combien ce décret est en inéquation avec les grands principes de la Déclaration.

Toujours dans cette idée de défendre le droit à l’expression, Robespierre a aussi défendu la liberté de la presse, en août 91. L’article XI de la Déclaration stipule que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi » et bien l’Assemblée s’empresse de déterminer lesdits cas ! Robespierre s’en indigne car cet article perd tout son sens : « il ne suffit pas de supprimer la censure pour que le droit soit respecté »(…)

Robespierre sera aussi le défenseur de l’Egalité.

Les plus modestes ne sont pas les seuls que certains députés veulent écarter de certains droits. Il y a aussi certaines catégories de population : les comédiens, par exemple, là encore Robespierre prendra leur défense à la tribune de l’Assemblée le 23 décembre 1789.

Mais la question se pose aussi pour les Juifs. Sont-ils des citoyens comme les autres ? Pour Robespierre, la question ne se pose même pas, c’est même le contraire : « (…) Comment peut-on leur opposer les persécutions dont ils ont été victimes chez différents peuples ? Ce sont au contraire des crimes nationaux que nous devons expier, en leur rendant les droits imprescriptibles de l’homme dont aucune puissance humaine ne pouvait les dépouiller. (…) Rendons-les au bonheur, à la patrie, à la vertu, en leur rendant la dignité d’hommes et de citoyen ; songeons qu’il ne peut jamais être politique, quoiqu’on puisse dire, de condamner à l’avilissement et à l’oppression, une multitude d’hommes qui vivent au milieu de nous. »

Le 31 mai 1791, Robespierre prendra également la défense des hommes libres de couleurs, estimant qu’ils doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits que les citoyens actifs. Devant la levée de boucliers des députés défendant les droits des colons blancs, il leur répondra :

’Dès le moment où dans un de vos décrets, vous aurez prononcé le mot esclaves, vous aurez prononcé et votre propre déshonneur et le renversement de votre Constitution. (…) » Et suivront ces phrases restées fameuses : « Périssent les colonies, s’il doit vous en coûter votre bonheur, votre gloire, votre liberté. Je le répète : périssent les colonies si les colons veulent, par des menaces, nous forcer à décréter ce qui convient le plus à leurs intérêts ».

Mais l’égalité pour Robespierre, est aussi liée à la justice. Pour lui, « La source de l’ordre est la justice », la lutte contre la misère et l’accès de tous aux moyens d’existence est un devoir pour l’Etat. Ainsi, il dira que « Nul n’a le droit d’entasser des monceaux de blé à côté de son voisin qui meurt de faim » ; que « La première loi sociale est celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là » ; que « Le plus grand intérêt de l’homme n’est pas d’amasser des trésors, et la plus douce propriété n’est point de dévorer la subsistance de cent familles infortunées ». Il est bien conscient qu’il n’y aura jamais d’égalité parfaite, mais il estime que « Toute institution qui tend à augmenter l’inégalité des fortunes est mauvaise et contraire au bonheur social. (…) Je sais qu’il est impossible d’établir l’égalité parfaite (…), mais il n’en est pas moins vrai que les lois doivent toujours tendre à la maintenir ».

En décembre 1789, Robespierre présente sa conception de la garde nationale. Pour lui, il doit s’agir d’une milice de citoyens, accessible à tous, et chargée de défendre la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Dans le texte expliquant la composition, l’organisation et le contenu du service de la garde nationale, il propose une formule qui devrait être gravée sur les uniformes des gardes nationaux, formule qui a traversé les siècles et que l’on retrouve aujourd’hui aux frontons de nos mairies : « Liberté, égalité, fraternité ».

Nous pourrions résumer les convictions de Robespierre en trois grandes idées :

  • La société doit reposer sur l’égalité essentielle des droits de l’Homme
  • L’Etat doit intervenir pour garantir à tous sa subsistance, pour être un garant de la justice
  • Le peuple a droit à la souveraineté et à l’exercice d’autres formes de revendications, c’est sa liberté d’action, d’expression.

On retrouve tout cela dans la déclaration des Droits de l’Homme, qu’il rédigera en 1793 et dont la Convention s’inspirera dans la rédaction de la constitution, sans toutefois aller aussi loin dans les idées démocratiques de Robespierre.

Lorsque les Thermidoriens, le 28 juillet 1794, firent exécuter Robespierre et ses compagnons, ils savent très bien qu’en tuant ces hommes, c’était à la Révolution qu’ils mettaient un terme.

En avril 1791, alors que les Jacobins s’interrogeaient sur l’hommage à rendre à Mirabeau Robespierre a dit : « Il faut déclarer que nous n’accorderons les honneurs de l’estime publique qu’aux vrais amis du peuple, non pas à ceux qui auront développé les plus grands talents, mais à ceux qui auront terminé leur carrière en montrant un zèle inaltérable pour la défense de l’humanité. Je ne vois ici que deux hommes dignes de notre hommage, Brutus et J.J.Rousseau (…) ». Pour nous, ces vrais amis du peuple, qui auront terminé leur carrière en montrant un zèle inaltérable pour la défense de l’humanité, ce sont bien Maximilien Robespierre et ses compagnons, Saint-Just, Couthon, Lebas, Augustin Robespierre…et bien d’autres que nous ne citerons pas au risque d’en oublier. C’est pourquoi, il est important de pouvoir être présent aujourd’hui encore, cette année encore, pour leur rendre ces honneurs. N’oublions jamais cette phrase, parmi les dernières prononcées par Maximilien : « Je vous laisse ma mémoire, elle vous sera chère, et vous la défendrez ». Alors, continuons, chacun à notre niveau, avec nos moyens, nos capacités, nos possibilités, de chérir la mémoire de Robespierre et de la défendre.

Élisabeth MAYEUR Membre du Comité de l’ARBR