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A propos de la prétendue sarcoïdose de Robespierre

mardi 3 mars 2015

La cause de la mort de Robespierre ne fait évidemment aucun doute : le célèbre révolutionnaire a été guillotiné le 28 juillet 1794. Mais, s’il n’avait pas été envoyé à l’échafaud à l’âge de 36 ans, Robespierre n’aurait peut-être pas vécu très vieux.

La cause de la mort de Robespierre ne fait évidemment aucun doute : le célèbre révolutionnaire a été guillotiné le 28 juillet 1794. Mais, s’il n’avait pas été envoyé à l’échafaud à l’âge de 36 ans, Robespierre n’aurait peut-être pas vécu très vieux.
Le légiste Philippe Charlier, du laboratoire d’anthropologie médicale et médico-légale de l’Université Versailles - Saint Quentin en Yvelines vient en effet de révéler qu’après avoir souffert de la variole, celui que l’on surnommait « l’Incorruptible » était probablement atteint d’une Sarcoïdose diffuse.

Pour poser ce diagnostic 219 ans après la mort de Robespierre, le Dr Philippe Charlier s’est appuyé à la fois sur des témoignages de ses contemporains (en particulier les comptes-rendus médicaux de son médecin, le Dr Joseph Souberbielle et les souvenirs (controversés) de Marie Grosholtz (plus connue sous son nom d’épouse, Madame Tussaud) et sur l’examen de deux masques mortuaires dont l’un a servi de base à la reconstitution faciale en 3D réalisée par l’infographiste Philippe Froesch du laboratoire Visual Forensic de Barcelone.
 
Passons en revue la liste des symptômes présentés par le révolutionnaire telle qu’établie par le Dr Charlier : une asthénie (fatigue intense) et un affaiblissement progressif et généralisé ; une atteinte cutanée à la fois au niveau des jambes (ulcères récurrents) et au niveau du visage (nodules principalement sur les joues et les ailes du nez) ; une atteinte ophtalmologique (sa vision se serait brutalement altérée) ; une atteinte hépatique (sub-ictère conjonctival qu’il dissimulait derrière des lunettes teintées) et une atteinte des voies respiratoires supérieures (épistaxis profuses au point de « couvrir son oreiller de sang chaque nuit »).
 
La Sarcoïdose ou maladie de Besnier-Boeck-Schaumann (décrite pour la première fois en 1877 par un médecin anglais, Sir Jonathan Hutchinson) est une maladie inflammatoire systémique de cause inconnue, qui atteint
préférentiellement les poumons, mais peut toucher n’importe quel autre organe. Elle comporte des signes respiratoires, mais aussi extra-respiratoires : manifestations générales, cutanées, ophtalmologiques, articulaires, ganglionnaires,
neurologiques, hépatiques, cardiaques, rénales et ORL. Néanmoins, face à cette pathologie polymorphe, aucun tableau clinique n’est suffisamment spécifique pour affirmer le diagnostic avec certitude.
Ce qui explique que celui-ci ne peut-être porté que par la conjonction d’éléments cliniques, radiologiques, biologiques et surtout anatomopathologiques.

L’examen clé est la biopsie d’un organe atteint qui retrouve un granulome épithélioïde gigantocellulaire sans nécrose caséeuse.

(Encore que, pour être tout à fait exact, ce dernier ne soit pas réellement spécifique puisqu’on peut le retrouver dans certaines maladies auto-immunes – encore appelées connectivites – et dans les vascularites, d’où la nécessité d’un faisceau consistant d’arguments).
 
Mais revenons-en au cas Robespierre : une suite de signes cliniques totalement a-spécifiques (asthénie, affaiblissement généralisé), qui plus est rarement présents dans les cas avérés de Sarcoïdose (atteintes hépatique et ORL), dont certains ne font même pas partie du tableau de la maladie (ulcères des membres inférieurs), ainsi que l’absence de documents radiographiques et histologiques (et pour cause !!!)… et un facteur confondant pour les lésions cutanées car Robespierre avait le visage marqué par la variole… Il nous est donc formellement impossible d’affirmer – n’en déplaise au Dr Charlier – que l’illustre révolutionnaire ait, un jour, pu souffrir d’une telle pathologie !
 

Marie CSANYI, étudiante en médecine

Docteur Michel CSANYI

 

  • Il a été depuis révélé que la méthode de reconstitution faciale utilisée par Philippe Froesch serait utilisée en vue d’une série télé produite par des sociétés espagnole et britannique.
    Après le visage de Robespierre, sont prévus ceux de Dante, du marquis de Sade, de Napoléon, de Jules César et de Marie-Antoinette…
     

Illustration 1 : buste de Robespierre par Claude-André Deseine (1791) considéré comme un portrait fidèle de l’Incorruptible
Illustration 2 : Portrait de Robespierre au Musée Carnavalet :« Le teint pâle, les yeux verts, habit de nankin rayé vert, gilet blanc rayé bleu, cravate blanche, toujours poudré »comme le décrit un de ses contemporains