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Dès 1789 : Des journaux à foison et de tous bords

lundi 30 mai 2016, par Webmaster

La liberté de la presse, si contraire aux principes d’un Ancien Régime régi par la censure s’est imposée avant même d’être proclamée.  [1]

Louis XVI ayant imprudemment appelé les Français à exprimer leur opinion, les pamphlets et les feuilles volantes ont jailli de toutes parts et les premières expériences journalistiques sont nées. C’est ainsi que Brissot fonde, avant la réunion des Etats généraux, le PATRIOTE FRANÇAIS.

Les aristocrates ne sont pas les derniers à se faire entendre. La presse des « amis du roi » bénéficie des feuilles déjà en place comme LE MERCURE DE FRANCE ou LA GAZETTE DE FRANCE . Rivarol ou l’abbé Royou en sont les publicistes de talent. Les fonds royaux soudoient Le COURRIER DE VERSAILLES.

L’opinion contre-révolutionnaire, souvent agressive mais d’une audience plus limitée s’exprime aussi dans LES AMIS DU ROI , LES ACTES DES APÔTRES , LE PETIT GAUTHIER.

La presse « centriste », de caractère semi-officiel est plus répandue. LE MONITEUR qui publie les textes législatifs, ou LE LOGOGRAPHE bénéficient de subsides ministériels. LA FEUILLE VILLAGEOISE ou le JOURNAL DE PARIS sont plus une presse d’information que d’opinion. Au départ la plupart de ces journaux comme celui de Brissot, déjà cité, ou de Mirabeau, le JOURNAL DE PROVENCE, se veulent ou se disent patriotes.

Mérite surtout ce qualificatif, la presse sans compromis comme les REVOLUTIONS DE PARIS de Loustalot, qui mène campagne pour le suffrage universel, ou LES REVOLUTIONS DE FRANCE ET DE BRABANT de Camille Desmoulins, ou L’ORATEUR DU PEUPLE de Fréron, ou bien sûr L’AMI DU PEUPLE de Marat qui dénonce avec virulence les cliques et complots contre-révolutionnaires et appelle sans cesse à la mobilisation du peuple, ou encore LE PERE DUCHESNE d’Hébert, porte-parole des masses parisiennes, surtout très populaire dès 1792.

Il se publie à Paris 184 journaux en 1789, 335 en 1790, 236 en 1791 et 216 en 1792

Cette profusion de journaux ne se limite pas à la capitale. Il s’en crée aussi de nombreux en province (34 en 1789 , 52 en 1790, 44 en 1791) tels, LE COURRIER DE LYON ,l’ABEILLE DE LILLE, le JOURNAL DE MARSEILLE ET DES DEPARTEMENTS MERIDIONAUX.

Apparaît aussi une presse spécialisée, comme LE JOURNAL DES MEDECINS, LA GAZETTE DU PALAIS, le JOURNAL DE LA MODE ET DU GOÛT ou le COURRIER DE L’HYMEN qui revendique l’égalité civique des femmes.

Robespierre créa successivement, deux journaux : LE DEFENSEUR DE LA CONSTITUTION puis LETTRES A SES COMMETTANTS.

Ces multiples journaux sont de petits formats, (« L’Ami du Peuple » : 11x18 cm), rarement illustrés, de pagination modeste (8 pages) et de périodicité très irrégulière. Ils collent assez peu à l’actualité (sauf événement) et comportent de longs éditoriaux. Les nouvelles internationales sont succinctement reprises des gazettes étrangères.

L’entreprise journalistique reste artisanale et le journaliste est souvent homme à tout faire, à la fois rédacteur, démarchant les fonds, et traitant avec son imprimeur .

Les tirages sont moyens : le journal de Marat tire à 2 000 exemplaires, celui de Mirabeau de 10 000 à 15 000, celui de Loustalot a parfois atteint les 200 000 numéros, mais c’est exceptionnel.

Le journal se vend au numéro mais plus souvent par abonnement. Celui au « Patriote Français » coûte 36 livres, soit plus d’un mois de salaire d’un ouvrier. Mais l’abonné est souvent collectif : une municipalité, un club, un régiment, un bataillon de la Garde nationale. Le journal est aussi très souvent lu à haute voix, en commun dans les clubs ou dans la rue. Les journaux envoyés à l’armée (notamment à l’initiative de Carnot) vont beaucoup contribuer à la culture révolutionnaire des soldats de l’An II.

Dès 1793, la situation rendue dramatique par la guerre et va conduire à la politique d’exception du gouvernement déclaré révolutionnaire jusqu’à la paix. La liberté de la presse en fera les frais. En l’An II il ne subsiste que 106 journaux à Paris et 23 en province. Camille Desmoulins, l’un des plus brillants journalistes de la Révolution paiera de sa vie d’avoir mis en cause le Comité de Salut public dans LE VIEUX CORDELIER et d’avoir, selon ses accusateurs, mis la république en danger. Notre bulletin est déjà longuement revenu sur ces faits. [2]


[1Michel VOVELLE (La révolution française en image .T II Editions Messidor

[2Bruno DECRIEM, °numéros 13, 14 et 15 de l’Incorruptible