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Jacques Pelletier, témoin de l’exécution de Louis XVI.

Une lettre inédite du Conventionnel Pelletier Jacques (du Cher), postée de Paris le 21 janvier 1793 à un ami.

lundi 13 avril 2015

Avec l’exécution de Louis XVI, les Conventionnels redoutaient l’avenir. Désormais, sans défaillance, ils devaient aller de l’avant et tout braver pour fonder enfin la République. « Nous voilà lancés, les chemins sont rompus derrière nous », écrivait le Conventionnel Lebas [1].

Une lettre inédite [2] du Conventionnel Pelletier Jacques (du Cher), postée de Paris le 21 janvier 1793, à un ami, témoigne de l’atmosphère qui régnait à Paris dans cette période cruciale pour l’avenir de la République.

Cette lettre est passionnante par sa teneur et montre les convictions d’un Conventionnel qui n’est pas des plus extrêmes dans sa détermination du moment.

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Sanson montrant la tête du Roi de Lemasle (1788-1870)

Pelletier Jacques relate l’événement en ces termes :

« Nous sommes arrivés au moment qui doit décider du sort de la République. La Convention vient de donner une preuve bien éclatante de son courage et de sa justice. Le tyran n’est plus, il a trop vécu pour le malheur du peuple français, il était temps que l’on mit un frein à ses forfaits autrement il serait venu à bout de nous faire tous égorger sans en connaître les causes. Quel exécrable homme, combien il a été fourbe, parjure et traître, combien il a fait couler impunément le sang (...) Faisons ne sorte de ne jamais vivre sous le régime de la royauté. Comme membre de la commission des 24, j’ai appris plus que personne à connaître les manœuvres horribles de la cour. Nous avons été 8 jours occupés du jugement du dernier roi ; enfin il a été décrété qu’il perdrait la vie. Le décret lui a été notifié hier matin. Il a demandé 1er un délai de trois jours pour se préparer à la mort, 2e qu’on lui laisse voir sa famille, 3e qu’on s’occupa de son sort ainsi que de celui de ses anciens serviteurs, 4e qu’on lui donnât un confesseur. Ces trois dernières demandes lui ont été accordées, il a été exécuté ce matin à 10 heures 34 minutes.

Il a voulu haranguer le peuple, il a dit qu’il mourrait innocent (le traître ! innocent quelle imposture), qu’il pardonnait à ses ennemis, qu’il espérait que son peuple fût heureux (un bourreau, un assassin peut-il parler ainsi ?) il voulait continuer, mais le Commandant Général a donné le signal et sur le champs, sa tête est tombée sur l’échafaud. Que les Parisiens se sont montrés majestueux et grands dans cette occasion, ils n’ont manifesté ni joie ni douleur, le calme le plus profond régnait (...)

Il y a, à Paris, des Chevaliers du poignard, des scélérats, j’entends parler de vils adulateurs de l’ancienne cour royale des émigrés qui, aussi lâches que leur maître, ont formé le projet d’assassiner les députés qui ont voté pour la mort du monstre. Le Pelletier de Saint-Fargeau a été victime de leur exécrable parti ; hier entre cinq à six heures du soir, il a été percé d’un coup de sabre par un nommé Paris, ancien garde du corps, et il est mort à une heure du matin. Jeudi, il sera porté au Panthéon Français. La Convention entière assistera à cette cérémonie lugubre. Plusieurs députés ont manqué éprouver le même sort. Vous jugez que nous sommes entre la vie et la mort. Les grands événements ne conviennent qu’aux vrais patriotes républicains (...) Le désir de servir efficacement ma patrie m’a fait mettre au-dessus de tous les dangers depuis longtemps j’ai fait le sacrifice de ma vie et je pardonnerais de bon cœur au dernier ennemi qui me l’arrachera si le salut de la patrie en dépend... »

Passionnante lettre de Pelletier Jacques sur cette journée qui est un des tournants de la Révolution Française. Elle montre la détermination de ce Conventionnel face au danger de la réaction. Pelletier Jacques est né à Lignières dans le Cher, le 14 juillet 1749 et mort à Bourges, le 5 janvier 1839.

Il fut élu premier suppléant du Cher à la Convention. Il vint siéger dès le début de la session, et il fit partie, comme il le dit, de la Commission des vingt-quatre, créée le 2 octobre 1792, pour inventorier les papiers du Comité de surveillance de la Commune de Paris.

Dans le procès de Louis XVI, il se prononça pour l’appel au peuple, pour la mort et pour le sursis. Il ne fit donc pas parti des radicaux. Pourtant sa lettre ne fait aucun doute sur ses convictions ; elle nous montre un homme déterminé dans ses choix républicains.

Lors du vote sur la mise en accusation de Marat, il déclara que tous les principes envers le prévenu ayant été violés, que lui-même n’ayant pu entendre le rapport du Comité de législation, ni des pièces qui en étaient la base, il ne pouvait émettre de vœu. Il est respectueux des lois et des droits des individus, son opinion ne peut donc pas se faire sans ce respect.

Comme lors du procès puis de l’exécution de Louis XVI sa détermination est respectueuse du droit légitime républicain.

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Exécution de Louis XVI, gravure d’époque anonyme.

Membre du Comité des assignats et monnaies, il y restera jusqu’à la fin de son mandat à La Convention en gardant ses convictions républicaines.

Docteur en Histoire contemporaine.


[1- Marc Bouloiseau, « La République jacobine : 10 août 1792-9 thermidor an II », éd. Point Seuil, H. 102, Paris, 1972, p. 67.

[2- Archive Privée, lettre autographe signée, 21 janvier 1793, à un ami, 3 pages in-4.