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Jean-Clément Martin à Arras : " Robespierre, un révolutionnaire comme les autres ?

lundi 15 juin 2020

ROBESPIERRE, UN RÉVOLUTIONNAIRE COMME LES AUTRES ?

Conférence de Jean-Clément Martin,
Historien, professeur émérite de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
ancien directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française.

Trois jours, avant un confinement nécessaire, face à une terrible épidémie qui touche la France et une grande partie du Monde, Jean-Clément Martin nous fait l’honneur d’une conférence, sur l’invitation des Amis de Robespierre à Arras, le vendredi 13 mars 2020 à 18h30.

Plus de 80 personnes ont répondu, à l’appel de l’ARBR.
C’est donc dans une salle remplie de l’Office culturel d’Arras que le professeur J.Cl. Martin nous livre cette interrogation : « Robespierre, un révolutionnaire comme les autres ? »

Le conférencier introduit son exposé en ses termes :

« Il est important pour moi, de penser Robespierre comme un révolutionnaire comme les autres, non pas pour le rabaisser, mais pour nous donner les moyens de comprendre sans se justifier… Suis-je Robespierriste ? je n’en sais rien ! Je n’ai pas envie de le réhabiliter encore moins de l’accabler, mais de comprendre la situation. »

« Comprendre l’image que l’on a de Robespierre ? Et comprendre, comment on l’a qualifié ? »

Jean-Clément Martin

Puis Jean-Clément Martin nous projette courbes, et graphiques ayant pour étude : « Les révolutionnaires en concurrence : les occurrences dans les journaux de Robespierre, de ses amis et de ses rivaux. »« d’après le site Retronexs, site de presse de la Bibliothèque nationale de France qui a pour mission notamment de recenser automatiquement les occurrences de personnages célèbres. Les limites de l’exercice sont évidentes. » « Le comptage réalisé sur le site donne des indications et des tendances qu’il serait dommage d’ignorer, mais dont il serait dangereux de vouloir tirer des conclusions trop approfondies.

C’est, avec précaution, que les tableaux permis par la recherche des citations des principaux personnages de la période révolutionnaire sont présentés dans les images qui suivent.

La question centrale est d’apprécier la place relative de Robespierre (aîné) dans le groupe des personnages importants de ce moment et dans la mémoire des journaux pendant les deux siècles qui suivent. »

« La vie posthume de Robespierre est considérable après thermidor. Puis dans les mémoires, Robespierre s’impose, tandis que Danton par exemple s’impose dans la statuaire. »

« Durant la période révolutionnaire qui culmine en Mai, Juin, Juillet 1794, Robespierre est le plus important (pas avant). Il est au cœur des polémiques violentes. Dans son discours du 8 thermidor, il dit qu’il est hostile au système de la terreur et accuse ses ennemis d’avoir mis en place la terreur.

On ne peut pas oublier ses paroles ! Le 9 Thermidor (27 juillet 1794) on l’accuse, le 10 thermidor, on le guillotine avec 110 personnes, les deux journées les plus meurtrières de la Révolution (on guillotine par exemple 20 hébertistes !…) ceux qu’on appelle les robespierristes… »

« Le 11 thermidor, Barère prend la parole : la France s’est débarrassée d’un tyran,d’un monstre… » « L’affaire est réglée » nous dit J-Cl. Martin. « Vadier va dans le même sens…

On les appelle les thermidoriens ? je ne sais pas pourquoi ? Ils n’ont pas d’alliances entre eux » En fait, « le 11 thermidor est un coup d’État comme les précédents, les mêmes restent au pouvoir. »

Pour notre conférencier, une autre date retient son attention, elle est fondamentale : « le 11 fructidor an II (28 août 1794) contre Lebon, Tallien parle 26 fois de la terreur, comme système, c’est un groupe qui a institué la terreur. Il en fait un vrai coup d’État.

L’épuration du Comité de Salut public et du Comité de Sûreté générale a lieu et se sont des gens comme Tallien, Barras, Fouché… qui installent le Directoire…Au printemps 1795 (Germinal et Prairial an III avril-mai 1795, celui-ci réprimera dans le sang la manifestation de sans-culottes qui réclament du pain et la Constitution de l’an II).

« Un régime libéral, autoritaire se met en place, c’est la prééminence des élites, une vrai rupture. »

 On va oublier tout les autres révolutionnaires, sauf Robespierre à partir de septembre 1794. Il est seul responsable et les robespierristes sont des terroristes.

En septembre-octobre les révolutionnaires de Nantes sont acquittés et on charge Carrier qui serait avec Robespierre celui qui a institué le projet de « dé-populiser » la France. Pourtant Robespierre avait provoqué le retour de Carrier à Paris. Carrier était un opposant à Robespierre et craignait de payer le prix de ses exactions ! 

Cette instrumentalisation se poursuit par la publication par Babeuf du système de « dépopulation » qui est une pure invention de celui-ci. Il est à noter que cette publication a pu être faite grâce à Fouché ! »

Ainsi ; jusqu’en 1830, personne ne parle plus de Robespierre, il est considéré comme « l’ange noir de la Révolution ».

L’épisode de la terreur rentre dans l’histoire du monde comme l’excès des Lumières qu’il ne faut pas reproduire comme l’affirme en 1810 Hegel.

En France, personne ne veut de Robespierre même les Républicains. Il faudra attendre Albert Mathiez !

La légende alors a tout figé, et le coup d’État de Tallien devant la Convention un mois plus tard s’ajoutant à celui du 9 Thermidor, interdit de comprendre la nature réelle des enjeux. »

Les premières critiques envers Robespierre sont apparues bien avant les luttes politiciennes de mai-juin 94. Celui-ci est bien souvent minoritaire, même si son influence personnelle est grande au sein du Comité de Salut Public et de la Convention. Mais il est soutenu par un groupe influent et le peuple qui tient tout Paris. La fête de l’Être Suprême, tout comme celle du 10 août 93 ont été un plein succès qui ont renforcé son influence. Comment alors comprendre les 7, 8 et 9, 10 et 11 thermidor ? Mais s’il a le soutien de groupes qui tiennent Paris, il y a aussi des ennemis. Pendant toute cette période des banquets fraternels sont organisés par ses opposants . Fouché y est actif en coulisses. Le maire de Paris finira même par les interdire.

Le 10 une fête a été programmée en l’honneur des héros républicains. Elle y réunirait un grand nombre de partisans de Robespierre et renforcerait sa popularité. Serait-elle pour lui l’occasion de mettre en œuvre les mesures sociales tant attendues et mettre fin aux conflits intérieurs et à la guerre extérieure ?

On connaît le discours du 8 thermidor.

Les 8 et 9 thermidor ne sont pas des hasards, mais ils sont le théâtre d’un règlement de comptes et ils n’annoncent ni le début ni la fin de la terreur.

Ces évènements n’ont rien à voir avec la terreur. Le passage à la Terreur n’a rien à voir avec cela. Elle est une invention de Tallien lors de son intervention devant la Convention, un mois plus tard, le 11 thermidor. Il citera 26 fois le mot terreur après que Barère prenant la parole devant la convention le 11 thermidor, dira : « la France s’est débarrassée d’un tyran, d’un monstre… » L’affaire est réglée » nous dira J.Cl.Martin.

Robespierre ne bougera pas (le 9 Thermidor), il restera sans rien dire, car il est accusé, et il ne sait pas que le matin même, Hanriot a été arrêté. Robespierre n’a pas d’intérêt à s’opposer directement à la Convention ; il serait mis immédiatement en état d’arrestation. De plus, Robespierre est légaliste et n’osera pas franchir le pas. Marat déjà lui avait reproché de ne pas vouloir être un dictateur…

Refuser de dire« la terreur est à l’ordre du jour. Il n’y a eu pas de plan organisé. Ce n’est ni une institution ni un principe.

Le 5 février 1794, Robespierre lie terreur et vertu, le despotisme de la liberté, empêche que les Sans-Culottes utilisent la terreur. Saint-Just est également hostile à la terreur…

Il faut accepter que pendant toute cette période de la révolution on est en guerre, que plus de 700 000 hommes sont en guerre, et accepter qu’on organise le pays face à cette réalité. Il faut comprendre la grandeur des démarches des es révolutionnaires et ne pas porter de jugement. 

C’est aussi refuser de faire de Robespierre « un grand homme », car on n’explique pas l’histoire avec les grands hommes, sinon on avalise la fascination historiographique envers Napoléon.

Il nous faut abandonner aussi nos légendes.

Ensuite de nombreuses questions sont posées par une assistance qui a été attentive à cette démonstration brillante de notre invité. La violence révolutionnaire est évoquée à plusieurs reprises, à propos de Lebon – nous sommes à Arras – sur les guerres vendéennes, mais aussi sur la question de son essence même.

Notre conférencier achève son intervention après avoir répondu longuement aux questions par deux phrases, à la fois simples et profondes qui m’apparaissent fondamentales, à la fois pour le citoyen et l’historien.

« Comprendre les échecs, et comprendre pourquoi on échoue »

« Les violents ont été utilisés »…

Compte -rendu réalisé par Vandeplas Bernard, docteur en Histoire Contemporaine.