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Jean-Paul Marat : Ébauche d’une séquence d’histoire : seconde bac pro thème N° 2

proposée par Bruno Decriem, professeur de lycée

lundi 9 septembre 2019

Le texte de Marat permet à l’enseignant d’expliciter la signification des trois pouvoirs : Législatif ( L’Assemblée Nationale Constituante), L’exécutif ( le Roi et ses ministres), le Judiciaire (Les tribunaux) La séparation des pouvoirs est évoquée par le mot : isoler.
( On peut relier cette notion avec l’EMC) . Fiche pédagogique proposée par Bruno Decriem

L’AMÉRIQUE ET L’EUROPE EN RÉVOLUTION ( DES ANNÉES 1760 A 1804)

Ébauche d’une séquence d’histoire : seconde bac pro thème N° 2

CORPUS EXPLICITE DE DOCUMENTS DE JEAN-PAUL MARAT.

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I LES LUMIERES.

« Pour organiser la machine politique de manière à faire triompher la justice et la liberté, il fallait mettre le pouvoir législatif dans la dépendance éternelle de la nation et l’isoler parfaitement du pouvoir exécutif. Il fallait borner le pouvoir exécutif aux seules relations pacifiques de l’État avec les puissances étrangères, à l’entretien des forces réglées de terre et de mer, et au commandement de ces forces. Il fallait isoler totalement les pouvoirs judiciaire et municipal en les faisant dépendre l’un et l’autre des lois seules. […] Enfin la constitution une fois achevée et les lois fondamentales sanctionnées par le peuple seul, il fallait que tous les dépositaires des différents pouvoirs fussent sans cesse surveillés par les citoyens et contenus par le peuple ; ce qui nécessitait comme base de la constitution l’exercice du droit qu’a le peuple de s’assembler à volonté […] et prendre des résolutions unanimes, propres à réprimer leurs mandataires, à les faire rentrer dans le devoir ou à les destituer. »

L’Ami du peuple numéro 269, 2 novembre 1790.

CONTEXTUALISATION : MARAT INTELLECTUEL ECLAIRE DES LUMIERES.

Jean-Paul Marat est né à Boudry en Suisse le 24 mai 1743. Après des études secondaires, il devient précepteur à Bordeaux puis séjourne à Paris, Londres et aux Pays-Bas. Véritable homme des Lumières, il étudie la médecine, la philosophie, les sciences physiques (l’électricité médicale). Il rédige de nombreux ouvrages de genre différents, romans, essais philosophiques dont le plus célèbre « Les chaînes de l’esclavage. » Savant reconnu, médecin des gardes du corps du Comte d’Artois, il put dire en 1793 sans être démenti : « J’arrivais à la Révolution avec des idées faites. » Pourtant, il alterne honneurs et reconnaissances avec des périodes de pauvreté et de dépression. Le déclenchement de la Révolution française en 1789 lui donne l’opportunité de devenir un journaliste patriote reconnu par le peuple, mais souvent craint et donc persécuté par les puissants. Son journal « L’Ami du peuple » qui paraît à partir de septembre 1789 devient emblématique de cette presse révolutionnaire de combat.

Dans ce numéro de novembre 1790, Marat expose ses conceptions politiques inspirées par les philosophes des Lumières, Rousseau et surtout Montesquieu.

De ce dernier, il retient le principe fondamental de la séparation des trois pouvoirs (Législatif, Exécutif, Judiciaire). Marat insiste également sur la nécessité pour le peuple de contrôler ses représentants ainsi que de limiter les prérogatives du pouvoir exécutif particulièrement suspect. (Le Roi et ses ministres en 1790 dans le cadre de la monarchie constitutionnelle)

Pour les textes ainsi que pour une biographie récente et renouvelée de Marat on se reportera aux ouvrages bibliographiques ci-après, de Serge Bianchi et de Michel Vovelle.

EXPLOITATION PEDAGOGIQUE POSSIBLE :

1 : Le texte de Marat permet à l’enseignant d’expliciter la signification des trois pouvoirs : Législatif ( L’Assemblée Nationale Constituante), L’exécutif ( le Roi et ses ministres), le Judiciaire (Les tribunaux) La séparation des pouvoirs est évoquée par le mot : isoler.

( On peut relier cette notion avec l’EMC)

2 : Montrer aux élèves que Marat privilégie la souveraineté du peuple. Ils pourront relever ses prérogatives : s’assembler à volonté, prendre des résolutions, réprimer leurs mandataires, les faire rentrer dans le devoir, les destituer, surveiller l’ensemble des pouvoirs.

3 : Les élèves pourront relever les seuls pouvoirs de l’exécutif que Marat désire limier au strict minimum craignant ses abus : seules relations pacifiques de l’État avec les puissances étrangères, à l’entretien des forces réglées de terre et de mer, et au commandement de ces forces.

II LA REVOLUTION FRANCAISE. (1789-1799)

« Peut-on douter encore que le grand général, le héros des deux mondes, l’immortel restaurateur de la liberté, ne soit le chef des contre-révolutionnaires, l’âme de toutes les conspirations contre la patrie ; peut-on douter qu’il n’ait dans tous les points de la France, des émissaires de la trempe de ses aides de camp, c’est-à-dire des fourbes adroits recueillis dans les tripots de Paris, et presque tous fameux dans les fastes de l’ancienne police. Peut-on douter qu’à l’aide de ces misérables vendus au despotisme, il n’ait réuni en corps, dans chaque département, tous les ennemis de la révolution, et formé des listes de proscription de tous les bons patriotes à corrompre ou à immoler. Peut-on douter qu’il n’existe toujours des compagnies de famine, dont l’administrateur parisien des subsistances est le directeur général, et dont les municipaux des provinces sont les associés ?

Peut-on douter que la majorité corrompue de l’Assemblée nationale, si empressée de lancer en leur faveur des décrets fulminants contre le pauvre peuple qu’ils affament, ne connive avec eux. Peut-on douter que dans tout le royaume les maréchaussées ne soient encore des satellites aux ordres du ministre pour enlever les bons citoyens, et les faire périr clandestinement ? […] enfin peut-on douter que l’intrigant Motier ne tienne dans ses mains tous les fils de leurs trames perfides ? Citoyens je vous le répète : vous vous faites illusion ; la machine ne marchera point, ou elle ne marchera qu’aux ordres du despote, jusqu’à ce que la hache vengeresse ait abattu les têtes criminelles des principaux conspirateurs, commençant par celle de l’indigne général. »

L’Ami du peuple numéro 248, 12 octobre 1790.

CONTEXTUALISATION : MARAT JOURNALISTE ENGAGE SOUS LA RÉVOLUTION FRANCAISE : DÉNONCER INLASSABLEMENT AU PEUPLE « SES ENNEMIS », L’EXEMPLE DE LA FAYETTE.

Marat journaliste est devenu « l’Ami du peuple », des sans-culottes cordeliers. Son rôle de Cassandre de la Révolution souvent inspiré, souvent prophétique est désormais reconnu. Il n’hésite pas à dénoncer les puissants du jour, accusés de confisquer la Révolution à leur profit et de pactiser avec la cour de Louis XVI. Parmi ses ennemis préférés, Necker, Mirabeau et Lafayette. Plus tard, en 1792 et 1793 il sera l’implacable pourfendeur de Brissot et des Girondins. Avec son style vestimentaire débraillé qui ajoute encore à sa laideur physique, Marat ne laisse personne indifférent : on l’adore ou on le déteste. Seuls quelques révolutionnaires prononcés comme Robespierre pensent qu’il dit souvent vrai sur le fond mais avec une exagération sur la forme.

Cet extrait de l’Ami du peuple d’octobre 1790 s’attaque à une véritable idole : Lafayette Gilbert de Motier, désormais commandant de la Garde Nationale.

Marat utilise l’ironie au tout début de son article : grand général, héros des deux mondes, immortel restaurateur de la liberté, des exagérations pompeuses qui contrastent évidemment avec les autres épithètes : chef des contre-révolutionnaires, âme de toutes les conspirations, intrigant, indigne général.

Lafayette nommé clairement ( Motier), Marat généralise ensuite ses dénonciations des contre-révolutionnaires, et notamment la majorité des députés de l’Assemblée nationale, les partisans de la Monarchie. ( absolue ou constitutionnelle) entre octobre 1789 et octobre 1790, Marat a été très souvent inquiété pour ses prises de position, son journal saisi et censuré. Il a du entrer en clandestinité à plusieurs reprises et même un temps se réfugier à Londres afin d’éviter une arrestation. La liberté de la presse avait encore bien des limites.

EXPLOITATION PEDAGOGIQUE POSSIBLE :

1 : Le personnage de Lafayette appelé ici ironiquement « héros des deux mondes » permet au professeur en racontant de revenir sur son rôle et celui de la France dans la révolution américaine. (1775-1787)

2 : Les élèves peuvent relever dans le texte l’ensemble des contre-révolutionnaires dénoncés par Marat : Lafayette ( Général, Motier) , émissaires de sa trempe, fourbes adroits, misérables vendus au despotisme, compagnies de famine, majorité corrompue de l’assemblée nationale, satellites aux ordres du ministre, têtes criminelles, conspirateurs.

3 : A l’inverse quels sont les mots utilisés par Marat pour évoquer sa proximité avec le peuple ? Patrie, bons patriotes, pauvre peuple, bons citoyens.

4 : On insistera sur la forme du texte qui en accentue le fond : récurrence de l’interrogation qui implique une réponse obligée : Peut-on douter ? Non, on ne ne peut douter.

5 : On insistera sur le positionnement politique de Marat, situé à l’extrême-gauche et sur les solutions radicales proposées afin de sauver la Révolution, à savoir l’élimination physique des ennemis du peuple, et en premier lieu Lafayette. On fera relever les termes utilisés : hache vengeresse, abattre les têtes criminelles.

SECOND TEXTE PROLONGEANT L’ANALYSE :

« Non, ce n’est pas sur les frontières, c’est dans la capitale qu’il faut frapper les coups. Cessez de perdre le temps à imaginer des moyens de défense ; il ne vous en reste qu’un seul. Celui que je vous ai recommandé tant de fois : une insurrection générale et des exécutions populaires. Commencez donc par vous assurer du roi, du dauphin et de la famille royale : mettez-les sous une forte garde et que leurs têtes vous répondent de tous les évènements. Abattez ensuite, sans hésiter, le tête du général, celles des ministres et des ex-ministres, contre-révolutionnaires ; celles du maire et des municipaux, antirévolutionnaires. […] Je vous le répète, il ne vous reste que ce moyen de sauver la patrie. Il y a six mois que cinq à six cents têtes eussent suffi pour vous retirer de l’abîme. Aujourd’hui que vous avez laissé stupidement vos ennemis implacables former des conjurations et se mettre en force, peut-être faudra-t-il en abattre cinq à six mille ; mais fallût-il en abattre vingt mille, il n’y a pas à balancer un instant. Si vous ne les prévenez, ils vous égorgeront barbarement pour assurer leur domination ; souvenez-vous du massacre de Nancy. Laissez donc les endormeurs perfides crier à la barbarie : non, non, ce n’est pas celui qui vous conseille d’abattre des ennemis implacables qui se dispose à vous massacrer pour assouvir leurs passions criminelles : ce sont les traîtres, qui voudraient vous plonger dans une fatale sécurité, pour vous livrer sans défense aux fers des satellites de vos tyrans. »

L’Ami du peuple numéro 314, 18 décembre 1790.

CONTEXTUALISATION : MARAT, PRECURSEUR DE LA TERREUR ?

En décembre 1790, Marat publie dans L’Ami du peuple ses théories sur le moyen d’assurer le succès de la Révolution, en utilisant la violence révolutionnaire contre les ennemis. Il prévoit la nécessité d’une nouvelle insurrection populaire ( ce sera celle du 10 août 1792) suivie d’exécutions populaires. ( Massacres de septembre 1792) Le roi et sa famille sont considérés comme des otages. La lutte à mort contre les « traîtres contre-révolutionnaires » est lancée. ( Lafayette, Bailly le maire, les ministres)

Marat rappelle le massacre des soldats patriotes du régiment de Châteauvieux à Nancy le 31 août 1790.

Il évoque, ce sera retenu contre lui par l’Histoire, une quantification d’ennemis à éliminer : de cinq cents à vingt mille. Il avancera même dans un autre journal le chiffre de cent mille.

Ces ennemis d’abord intérieurs sont ceux qui mettent la Révolution en péril. Ce texte préfigure avec près de trois ans d’avance le gouvernement révolutionnaire de l’an II et la terreur. Une nouvelle fois, Marat analyse finement une situation pourtant bien différente en 1790.

Notons que le rôle de Marat dans les grands évènements de 1792 ( prise des Tuileries, massacres de septembre) sera nettement moins prononcé. Il excellait surtout dans son rôle d’alerte du peuple.

Élu député montagnard de Paris en septembre 1792 à la Convention, Marat lutte farouchement contre les Girondins. Ces derniers le haïssent et le traduisent au tribunal révolutionnaire créé en mars 1793. L’acquittement de Marat le 24 avril 1793 sera son apothéose, acclamé et porté en triomphe par les sans-culottes. L’arrestation des girondins lors de la journée du 2 juin 1793 signe la victoire de la Montagne et de ses chefs, Robespierre et Marat.

EXPLOITATION PEDAGOGIQUE POSSIBLE :

1 : Le professeur insistera sur les conceptions du combat révolutionnaire de Marat : insurrection générale ( à préciser), exécutions populaires, le roi et sa famille en otage.

2 : Les élèves relèvent dans le texte le champ lexical de la violence révolutionnaire : frapper, exécuter, abattre, égorger, barbarement, massacrer, criminelles, traîtres, tyrans.

3 : Relever la quantification chiffrée des ennemis de la patrie à éliminer selon Marat : cinq cents, six cents, cinq mille, six mille, vingt mille.

4 : Montrer que Marat est l’un des théoricien de la terreur révolutionnaire. Pour lui utiliser la violence et l’élimination des contre-révolutionnaires sont les seuls moyens pour sauver la Révolution. Il rappelle les massacres commis par les contre-révolutionnaires : Nancy, conjurations, ennemis implacables.

III LA REVOLUTION DE SAINT-DOMINGUE (1791-1804)

« Le fondement de tout gouvernement libre est que nul peuple n’est soumis de droit à un autre peuple,qu’il ne doit avoir d’autres lois que celles qu’il s’est données à lui-même, qu’il est souverain chez lui, et souverain indépendant de toute puissance humaine. […] Or tous ont le droit de s’affranchir du joug de la métropole, de se choisir un autre suzerain, ou de s’ériger en République : et pourquoi non ? […] Je vais plus loin, et je suppose que les habitants de nos colonies s’étant déclarés libres, de quel front oserions-nous trouver mauvais qu’ils aient imité l’exemple des colonies anglaises ? Et par quelle bizarre inconséquence blâmerions-nous chez eux ce que nous avons si fort approuvé chez les insurgents ? De ce que nos colonies sont en plein droit de s’affranchir de la métropole, n’allez pas conclure que je songe à donner gain de cause aux colons blancs : oui, sans doute, ils sont inexcusables à mes yeux d’avoir voulu s’ériger en maîtres tyranniques des noirs. Si les lois de la nature sont antérieures à celles des sociétés et si les droits de l’homme sont imprescriptibles, celui qu’ont les colons blancs à l’égard de la nation française, les mulâtres et les noirs l’ont à l’égard des colons blancs. Pour secouer le joug cruel et honteux sous lequel ils gémissent, ils sont autorisés à employer tous les moyens possibles, la mort même, quand dussent-ils être réduits à massacrer jusqu’au dernier de leurs oppresseurs.
Tels sont les principes d’après lesquels un législateur équitable aurait prononcé dans l’affaire de Saint-Domingue : c’est assez dire que le dernier décret sur les hommes de couleur est équitable, et que celui sur les nègres est atroce. Mais comment pourrions-nous traiter en hommes libres des hommes qui ont la peau noire, tandis que nous n’avons pas traité en citoyens des hommes qui ne payent pas à l’État une contribution directe d’un écu ? Nous vantons notre philosophie et notre liberté ; mais nous ne sommes pas moins esclaves aujourd’hui de nos préjugés et de nos mandataires que nous ne l’étions il y a dix siècles. Demandez-le aux parents et aux amis éclairés des victimes égorgées au Champs-de-Mars. »

L’Ami du peuple numéro 624, 12 décembre 1791.

CONTEXTUALISATION : MARAT CONTRE L’ESCLAVAGE ET POUR LA LIBERTE DE SAINT-DOMINGUE.

Le 22 août 1791, une révolte des esclaves noirs éclate à Saint-Domingue, principale colonie de la France. En septembre 1791, un large débat s’engage à l’Assemblée Constituante finissante sur les droits des hommes de couleur. ( les mulâtres dits libres, et non les noirs restés esclaves) Robespierre les défend à la tribune contre les partisans du lobby colonial comme Barnave. Marat va encore plus loin. Il reconnaît le droit de Saint-Domingue à l’indépendance et à la liberté avec éventuellement une république comme régime. ( Ce sera le cas en 1804) Cette indépendance est légitimée au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’exemple antérieur de la Révolution américaine est ici clairement évoqué ; ( colonies anglaises, insurgent)

Marat précise ensuite sa révolte contre l’esclavage imposée par les colons. Les esclaves ont donc toute légitimité pour se révolter et arracher coûte que coûte leur liberté.

Marat englobe dans son propos toutes les atteintes à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : les esclaves mais aussi les citoyens « passifs » que l’on exclut du droit de vote en raison de leurs revenus modestes. Il rappelle le massacre du Champs-de-Mars ordonné par Lafayette et Bailly le 17 juillet 1791 contre les sans-culottes pétitionnaires venus réclamer la déchéance du roi après sa fuite puis son arrestation à Varennes. Sa conclusion est sans appel : la Révolution n’est pas terminée, la justice, la liberté et l’égalité ne sont pas établies réellement.

Marat souhaite le succès de la révolution de Saint-Domingue, la suppression de l’esclavage, et la création d’une république démocratique égalitaire. A bien des aspects, ce texte de décembre 1791 est visionnaire.

EXPLOITATION PEDAGOGIQUE POSSIBLE :

1 : Le professeur montre que les arguments avancés par Marat cotre l’esclavage s’appuient sur les droits de l’Homme : droits imprescriptibles.

2 : Les élèves relèvent les termes qui évoquent les colons : colons blancs inexcusables, maîtres despotiques et tyranniques, oppresseur.

3 : Travail sur l’expression « décret atroce sur les nègres ». Marat dénonce le maintien de l’esclavage par la Constituante. L’esclavage ne sera aboli que par la Convention en 1794.

4 : La professeur peut faire travailler les élèves sur cette définition de l’esclavage selon Marat : « Le joug cruel et honteux sous lequel ils [Les esclaves noirs] gémissent. » Expliciter les mots joug et gémir.

5 : Le professeur peut revenir à la Révolution américaine que Marat cite en exemple pour sa démonstration sur l’indépendance légitime de Saint-Domingue : exemple des colonies anglaises, insurgents.

IV PROLONGEMENT POSSIBLE : LA MORT DE MARAT ET SON ETUDE MEMORIELLE PAR L’ART.

Le 13 juillet 1793, alors qu’il soulage ses douleurs en prenant un bain, Marat est assassiné dans sa baignoire par une jeune fille de 25 ans, Charlotte Corday, venue de Caen et visiblement influencée par plusieurs Girondins réfugiés en Normandie après leur élimination de la Convention le 2 juin 1793.

La mémoire de Marat et les circonstances dramatiques de sa mort deviennent des enjeux de la propagande révolutionnaire. Marat devient l’un des martyrs de la Révolution érigés en exemple sous l’an II ( 1793-1794) avec Lepelletier et Châlier ainsi que les enfants Bara et Viala.

La propagande contre-révolutionnaire et royaliste n’est pas en reste érigeant en héroïne la jeune Corday, et son geste criminel est alors assimilé à une délivrance contre les révolutionnaires.

L’art, particulièrement la peinture s’est fait le relais de ces idéologies divergentes durant tout le XIXe siècle. Une exposition importante présentant les toiles contradictoires consacrés aux deux personnages s’est tenue en 2009 à Vizille au Musée de la Révolution française. ( Voir son catalogue d’exposition par Guillaume Mazeau)

Le très célèbre et poignant tableau de David ( « Marat Assassiné ») dont l’original se trouve au Musée royal des Beaux-Arts de Bruxelles reste un chef-d’œuvre d’engagement et d’hommage du peintre, fervent montagnard et ami personnel de Robespierre. ( avant de devenir le peintre officiel de Napoléon sous l’Empire) De très nombreuse copies ont été ensuite réalisées.

Ce tableau « à chaud » ( sur proposition immédiate des Montagnards, terminé en l’an II) présente de manière réaliste mais enjolivé toutefois la mort du journaliste la plume encore à la main, la lettre perfide de la criminelle dans l’autre. A terre, l’arme du crime, un couteau souillé de sang jonche le sol. Le sang est partout, dans la plaie béante donnée par le couteau sur le corps nu, dans la baignoire et son linge blanc, sur la lettre de Corday. La victime bascule la tête en arrière, déjà privée de vie. Le physique gracieux de Marat est mis en valeur ( à l’opposé de beaucoup d’autres tableaux qui insisteront sur sa laideur).

Le décor est minimaliste, un fond sombre grisâtre et verdâtre, un vieux pupitre en bois inspirant la pauvreté du journaliste. Un encrier, une plume et quelques feuilles manuscrites s’y trouvent. On retrouve une dédicace du peintre qui renforce l’émotion du tableau, avec ces quelques mots très simples : « A Marat, David ».

Ce chef-d’œuvre politique de David peut être étudié avec les élèves, et aussi être comparé, si l’on veut prolonger, à d’autres tableaux moins contemporains de la même scène, et souvent moins favorables à l’Ami du peuple. On pourra évoquer à partir d’un corpus iconographique de tableaux la représentation des figures de Marat et de Corday et travailler sur l’orientation politique des artistes.

Notons, pour terminer cette étude, que la baignoire-sabot originale de Marat est exposée au musée Grévin de Paris dans la reconstitution de l’assassinat, scène permanente du célèbre musée.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE D’UNE ÉBAUCHE DE SÉQUENCE DE SECONDE PROFESSIONNELLE EN HISTOIRE : L’AMÉRIQUE ET L’EUROPE EN RÉVOLUTION (DES ANNÉES 1760 A 1804) JEAN-PAUL MARAT.

Cette proposition inachevée de séquence s’inscrit dans le second thème du nouveau programme d’histoire de seconde bac pro : L’Amérique et l’Europe en révolution ( des années 1760 à 1804).

Deux capacités sont particulièrement travaillées :

  • Situer un acteur dans son contexte et préciser son rôle dans la période considérée.
  • Raconter l’une des trois révolutions ( Amérique du nord, France, Saint-Domingue).

Les notions et mots-clés peuvent toutes être utilisées : Citoyen, Constitution, République, Droits de l’Homme et du Citoyen, Révolution, Indépendance, Philosophie des Lumières.

La séquence propose de réfléchir aux liens à établir entre la Révolution française (1789-1799) et la Révolution de Saint-Domingue (1791-1804). La Révolution américaine (1775-1787) sera évoquée comme exemple antérieur, à partir d’un corpus de textes choisis de Jean-Paul MARAT (1743-1793). Homme des Lumières, inlassable journaliste d’opinion « lanceur d’alertes » attaché viscéralement à éclairer le peuple contre ses ennemis, il joue un rôle prépondérant durant la Révolution française particulièrement par son influence chez les sans-culottes parisiens. Ses combats incessants contre les ennemis du peuple le rendent populaire mais il devient aussi une cible à abattre pour tous ses nombreux adversaires. Finalement son tragique assassinat ne contribue pas à apaiser la mémoire de son personnage controversé. L’art ( peinture et sculpture) perpétue ces querelles de la postérité à son égard.

Le corpus proposé ( avec choix des documents et la contextualisation, proposition de pistes pédagogiques) se concentre sur une courte période (1790-1791) mais évoque de multiples problématiques majeures de l’époque révolutionnaire.

ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE :

  • BIANCHI Serge, Marat « L’Ami du peuple », Belin, 2017.
  • BONNET Jean-Claude (dir.), La mort de Marat, Flammarion, 1986.
  • COQUARD Olivier, Marat, Fayard, 1993.
  • GUILHAUMOU Jacques, La mort de Marat, Complexe, 1988.
  • MARAT Jean-Paul, Les chaînes de l’esclavage, complexe, 1988.
  • MASSIN Jean, Marat, Alinéa, 1988. [1960]
  • MAZEAU Guillaume, Corday contre Marat. Deux siècles d’images, Musée de la Révolution française de Vizille, 2009. ( disponible au format PDF)
  • SAHUT Marie-Catherine, David l’art et le politique, Gallimard, 1989. [1988]
  • VOVELLE Michel, Marat Écrits, Messidor, 1988.
RÉFÉRENCES

PRÉSENTATION GÉNÉRALE D’UNE ÉBAUCHE DE SÉQUENCE DE SECONDE PROFESSIONNELLE EN HISTOIRE : L’AMÉRIQUE ET L’EUROPE EN RÉVOLUTION (DES ANNES 1760 A 1804)

Cette proposition inachevée de séquence s’inscrit dans le second thème du nouveau programme d’histoire de seconde bac pro : L’Amérique et l’Europe en révolution (des années 1760 à 1804).

Les trois items de compétences sont mobilisés : Mémoriser et s’approprier les notions, Se repérer et contextualiser.

  • Deux capacités sont particulièrement travaillées :
  • Situer un acteur dans son contexte et préciser son rôle dans la période considérée.
  • Raconter l’une des trois révolutions ( Amérique du nord, France, Saint-Domingue).

Les notions et mots-clés peuvent toutes être utilisées : Citoyen, Constitution, République, Droits de l’Homme et du Citoyen, Révolution, Indépendance, philosophie des Lumières.

I LES LUMIÈRES.

Extrait de « L’Ami du peuple » : 1 heure ( philosophie des Lumières, Indépendance, Citoyen)

II LA REVOLUTION FRANCAISE. (1789-1799)

2 extraits de « L’Ami du peuple » : 3 heures ( Droits de l’Homme et du Citoyen, Révolution, République, Constitution) Évocation possible de la Révolution américaine par la description de La Fayette.

III LA REVOLUTION DE SAINT-DOMINGUE (1791-1804)

Extrait de « L’Ami du peuple » : 2 heures ( Indépendance, République, Droits de l’Homme et du Citoyen, Révolution, Constitution)

Prolongement : La postérité de Marat par l’évocation artistique de son assassinat par charlotte Corday. ( Réflexions autour de l’engagement des artistes) : 1 heure

Devoir récapitulatif et correction : 2 heures.

Bruno DECRIEM.