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L’Edito du Président

vendredi 13 février 2015, par Webmaster

La Révolution, dans chaque gravure et chacun des textes de mon manuel scolaire inventait mes rêves. Aujourd’hui, elle m’est toujours davantage objet de curiosité, d’étude et de références salutaires pour tenter de comprendre les enjeux du présent.

Je tiens de mon instituteur mon amour pour la Révolution. C’était un homme juste et droit qui avait à cœur son métier, la justice sociale et la paix. Je ne puis dire comment le martyr de Joseph Bara, la fougue juvénile de Hoche et l’incorruptible dévouement à la cause des pauvres de Robespierre et de Saint-Just vinrent à la rencontre de ma propre expérience de l’injustice et l’extrême misère dans laquelle je grandissais, mais j’eus tôt fait de choisir mon camp. J’étais pour la Révolution, et pour les Montagnards. La décapitation de Louis et Marie-Antoinette n’était pour moi que justice faite à la trahison et aux misères qu’ils firent endurer au peuple. J’étais, à Valmy, au milieu de mes frères sans-culottes.

La Révolution, dans chaque gravure et chacun des textes de mon manuel inventait mes rêves.

Hugo fit le reste ; et ma lecture souvent renouvelée des Misérables dans mon âge avançant n’en finit pas de conforter mes choix d’enfant. Ah ! Gavroche !

A cette époque, à l’École de la République, les maîtres qui, pour beaucoup, avaient connu deux guerres, savaient prendre le parti du Progrès.

Aujourd’hui, l’étalage indécent des richesses accumulées par certains, leur arrogance de possédants, celle de leurs laquais médiatiques me rappellent l’ancien régime agonisant et cruel, ses ordres privilégiés. Le mépris, la haine des pauvres, l’accroissement sans fin des inégalités et de l’injustice sociale que l’on voudrait inscrire au livre des fatalités, me renvoient, eux, au sort des laboureurs, des journaliers, des domestiques, des premiers prolétaires qui prirent, ensemble, dès l’été 1789 le chemin du château du village ou de la ville, y firent bon feu de tous les papiers dont se drapent les accapareurs et n’oublièrent pas de s’occuper des bêtes que leurs propriétaires, dans leur fuite affolée, avaient abandonnées meuglantes au fond des étables.

Si la Révolution inventa mes rêves d’enfant, elle m’est toujours davantage objet de curiosité, d’étude et de références salutaires pour tenter de comprendre les enjeux du présent.

J’ai rejoint l’ARBR —les Amis de Robespierre— comme on va à la fontaine. L’initiative audacieuse de Christian Lescureux avec l’aide décisive notamment de l’avocat Fernand Bleitrach, du député Rémy Auchedé et du poète des Rosati, Jean-Claude Vanfleteren grâce à qui l’association a pu prendre son essor, continue de m’impressionner ; contrepied hardi aux thèses historiques officielles à la mode de cette époque.

Les membres du Comité me font l’honneur aujourd’hui de me confier la présidence de notre belle société savante. Je les en remercie humblement et j’essaierai d’être à la hauteur de la responsabilité et de la tâche qui m’échoit et de la confiance qu’ils ont bien voulu m’accorder.

Approfondir la connaissance que nous avons de l’œuvre immense accomplie en quelques années par nos aïeux révolutionnaires, la manière dont celle-ci s’est construite et répandue dans notre département, dans nos villes et nos villages, la faire connaître auprès du plus large public, permettre aux enseignants d’enrichir leurs ressources pédagogiques, et susciter des vocations chez nos jeunes étudiants. Telles doivent demeurer nos ambitions. C’est un enjeu pour l’Histoire, certes, mais c’est aussi une tâche exaltante d’éclairer les révolutions à venir et fonder l’exigence universelle, de liberté et de justice sociale et humaine dont on commence à entendre, parmi les villes, des millions de petites voix se répondre en écho.

Alcide CARTON