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La Princesse de Lamballe, grande maîtresse vénérable de la maçonnerie.

Un article proposé par Stéfania Di Pascale, Italie

mardi 8 septembre 2020

Un fait, cependant, continue de m’interroger. Pourquoi le procureur de la Commune de Paris, Manuel n’a-t-il réussi à sauver la vie qu’aux Tourzel et n’a pu éviter le massacre de la Princesse, alors qu’il avait reçu la promesse d’une somme de 140.000 livres par Duc de Penthièvre pour la libération de sa belle-fille et de son entourage ? La Princesse en savait-elle trop pour le pouvoir girondin en place ? N’était-elle pas trop impliquée dans les affaires d’État ?

(One fact, however, continues to puzzle me. Why did the public prosecutor of the Paris Commune, Manuel, only manage to save the lives of the de Tourzels and not prevent the murder of the Princess, even though he had been promised the sum of 140,000 livres by the Duc de Penthièvre for the release of his daughter-in-law and her entourage ? Did the Princess know too much for the Girondin powers then in place ? Was it that she was too involved in affairs of state ?)

En français

La Princesse de Lamballe,

grande maîtresse vénérable de la maçonnerie.

Portrait de la Princesse de Lamballe par Alexandre Roslin, 1785.

Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, est née à Turin en 1749, le 8 septembre, par un étrange coup du sort, le même jour et la même année que Madame de Polignac.

En 1767, elle épousa le prince de Lamballe, petit-fils du comte de Toulouse, fils illégitime de Louis XIV et donc l’un des princes les plus riches d’Europe. Marie Thérèse avait été choisie par son beau-père comme épouse pour son fils afin de le soustraire à une vie dissolue qui minait sa santé.

La vie conjugale fut un désastre et la jeune princesse tomba rapidement dans un état de dépression en raison de sa solitude persistante. Un an après son mariage, le prince mourut d’une maladie vénérienne et Marie-Thérèse se réfugia chez son beau-père.

En 1771, Marie-Antoinette la voulut à la cour parce qu’elle était sous le charme de ses manières douces et calmes.

En 1775, elle préféra céder la charge de surintendante de la maison de la reine à son amie Madame de Polignac et Marie Thérèse décida de quitter Versailles. Mais ce n’était certainement pas la seule raison de son départ.

Elle suivit ainsi son beau-père d’abord à Plombière, puis aux Pays-Bas et à Rennes pour des réaliser divers investissements économiques.

Madame de Lamballe rejoignit la franc-maçonnerie en 1777 et devint, en 1781, la Grand-Dame des « adhérences » féminines affiliées au Grand Orient. Avec la duchesse de Bourbon, elle fit plusieurs visites à la loge « La Candeur ».

Elle était membre de la loge d’adoption « Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social » qui est la « loge mère » (elle y est probablement entrée le 18 janvier 1781), elle devint en même temps la première femme de toutes les loges liées à la loge mère.

Dans ses mémoires et les biographies qui lui sont consacrées [1], elle est décrite comme « la femme la plus puissante de France » disposant d’une immense fortune. Elle a acheté toute la « cavalerie des anti-révolutionnaires européens et de nombreux conventionnels Girondins » pour la défendre la cause de la famille royale, et poursuivre et massacrer les patriotes qui servaient sincèrement la cause du peuple.

C’est aussi elle qui a organisé l’évasion de la famille Royale avec le Comte de Fersen, et c’est toujours elle qui mit fin à la fameuse histoire du collier, en faisant s’échapper Jeanne de La Motte de prison pour l’envoyer en Angleterre, et quand Jeanne de la Motte écrivit de Londres ses « mémoires », la princesse de Lamballe, pour éviter que le scandale ne se propage sur le sol français, acheta tous les exemplaires destinés à la France et les brûla à Sèvres.

Son assassinat, à mon avis, n’est pas seulement lié à son amitié avec la reine Marie-Antoinette, mais aussi à son rôle d’espion. Elle eut de nombreux contacts avec des espions étrangers et des membres l’assemblée législative et du gouvernement.

Un fait, cependant, continue de m’interroger. Pourquoi le procureur de la Commune de Paris, Manuel [2], n’a-t-il réussi à sauver la vie qu’aux Tourzel [3] et n’a pu éviter le massacre de la Princesse, alors qu’il avait reçu la promesse d’une somme de 140.000 livres par Duc de Penthièvre [4] pour la libération de sa belle-fille et de son entourage ? La Princesse en savait-elle trop pour le pouvoir girondin en place ? N’était-elle pas trop impliquée dans les affaires d’État ?

En tout cas, cette princesse n’était en aucun cas la femme idiote et évanescente que l’on représente dans les films, innocente victime d’un peuple sanguinaire. C’était une femme très astucieuse, une grande femme d’affaires ; mais aussi une grand joueuse (Le Pharaon) contrairement à la reine et amie, Marie Antoinette qui perdit à ce jeu de vraies fortunes.

Pour en savoir plus sur les massacres de septembre, c’est ici

In English

The Princesse de Lamballe,

Venerable Grand Mistress of Freemasonry.

Portrait de la Princesse de Lamballe par Alexandre Roslin, 1785.

Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan was born in Turin in 1749, on 8 September, by a strange twist of fate, on the same day and the same year as Madame de Polignac.

In 1767, she married the Prince de Lamballe, grandson of the Count of Toulouse, illegitimate son of Louis XIV and thus one of the richest princes in Europe. Marie-Thérèse had been chosen by her father-in-law as a wife for his son to save him from a dissolute life that was undermining his health.

The marriage was a disaster and the young princess soon fell into a state of depression due to her persistent loneliness. A year after her marriage, the prince died of syphilis and Marie-Thérèse took refuge with her father-in-law.

In 1771, Marie-Antoinette wanted her at court because she was enchanted by her sweet and gentle manners.

In 1775, she preferred to hand over the office of superintendent of the Queen’s house to her friend Madame de Polignac and Marie-Thérèse decided to leave Versailles. But this was certainly not the only reason for her departure.

She followed her father-in-law first to Plombière, then to the Netherlands and Rennes to make various economic investments.

Madame de Lamballe joined Freemasonry in 1777 and in 1781 became the Grand Mistress of the female « adhesions » affiliated to the Grand Orient Rite. With the Duchess of Bourbon, she made several visits to the « La Candeur » lodge. She was a member of the adoption lodge of « Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social », the « mother lodge » of the Scottish Rite (she probably entered there on January 18, 1781). She became at the same time the first lady of all the lodges linked to the mother lodge.

In her memoirs and the biographies devoted to her [1], she is described as « the most powerful woman in France » with an immense fortune. She bought the entire « cavalry of European anti-revolutionaries and many Girondin conventionnels » to defend the cause of the royal family, and to pursue and kill patriots who sincerely served the people’s cause.

It was also she who organised the escape of the Royal Family with the Count of Fersen, and it was again she who put an end to the famous Affair of the Necklace, by enabling Jeanne de la Motte’s escape from prison, to send her to England ; and when Jeanne de la Motte wrote her « memoirs » in London, the Princesse de Lamballe bought all the copies destined for France and burned them in Sèvres, to prevent the scandal from spreading on French soil.

Her murder, in my opinion, was not only linked to her friendship with Queen Marie-Antoinette, but also to her role as a spy. She had many contacts with foreign spies and members of the legislature and government.

One fact, however, continues to puzzle me. Why did the public prosecutor of the Paris Commune, Manuel [2] only manage to save the lives of the de Tourzels [3] and not prevent the murder of the Princess, even though he had been promised the sum of 140,000 livres by the Duc de Penthièvre [4] for the release of his daughter-in-law and her entourage ? Did the Princess know too much for the Girondin powers then in place ? Was it that she was too involved in affairs of state ?

In any case, the Princess was by no means the silly, flighty woman portrayed in the films, an innocent victim of a bloodthirsty people. She was a very astute woman, a great businesswoman ; but also a great gambler (at Faro), unlike her queen and friend, Marie Antoinette, who lost huge fortunes at the gaming-table.

To find out more about the September massacres, click here

Stefania Di Pasquale [5]

[1Mémoires historiques de Marie-Thérèse-Louise de Carignan, princesse de Lamballe.... T. 1 / publ. par Mme Guénard

Date de l’édition originale : 1815 (Hachette BNF (FNAC)

[2Pierre-Louis Manuel est un polygraphe et homme politique français né le 1er juillet 1751 à Montargis. Il est le quatrième député de la Seine à la Convention nationale. Chargé par le conseil général de l’Assemblée d’assurer la tranquillité du Temple le 3 septembre, son rôle dans les massacres de Septembre est controversé. Certains témoignages l’accusent de laxisme, d’autres, comme celui de Pierre-Jean-Baptiste Nougaret, lui prêtent une complicité avec les massacreurs. Selon d’autres sources, peu avant les Massacres, il a requis et organisé la sortie des prisonniers pour dette ainsi que celles de la famille de Tourzel. Condamné à la peine de mort pour avoir voulu sauver le roi et coupable de conspiration contre la République, il est guillotiné le 24 brumaire an II.

[3Madame de Tourzel accompagnait la famille royale dans sa fuite de Varennes. Emprisonnée dans la Tour du Temple, dans la nuit du 19 au 20 août 1792, elle fut transférée avec sa fille Pauline et la princesse de Lamballe à la prison de la Force. Si la princesse de Lamballe est victime des massacres de Septembre, la marquise de Tourzel, comme les autres détenues, n’est pas attaquée. Elle est ensuite enfermée quatre mois « dans la maison de santé du citoyen Montprin et Compagnie, destinée au soulagement et à la guérison des infirmes et malades des deux sexes, établie à Paris, sous l’autorisation de l’administration de police, rue Notre Dame des Champs sous le n° 1466 ( voir wikipédia)

[5Stefania Di Pasquale, Narni (Italie).Diplômée en 2011 au Lycée d’Économie et Commerce. Chercheuse en histoire à Pôlenordgroup Bruxelles depuis le 2011 avec Charlotte Goetz-Nothomb. J’ai fait des recherches sur Marat et des traductions pour le site www.marat-jean-paul.org J’ai crée aussi le site italien www.jeanpaulmarat.it . Passionnée des figures féminines de la Révolution française, en particulier Simone Evrard, compagne de Marat . Depuis février 2020 collaboratrice à la SER.