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La conception religieuse de Robespierre

jeudi 5 février 2015

La conception religieuse de Robespierre



« Robespierre semble croire que le christianisme, enseigné par la Révolution et selon la Révolution peut perdre peu à peu ses dogmes les plus aventureux et les plus tyranniques et se confondre avec la religion naturelle ; et c’est tout un système religieux et moral qu’il esquisse à grands traits [...] D’abord lui-même, disciple de Jean-Jacques, a foi dans un Dieu personnel et conscient, gouvernant le monde par sa grandeur, et dans l’immortalité de l’âme humaine ; et il s’applique à retrouver sous l’enveloppe chrétienne des croyances populaires ces deux dogmes de la religion naturelle.

[...] Oui, il y avait en lui du prêtre et du sectaire, une prétention intolérable à l’infaillibilité, l’orgueil d’une vertu étroite, l’habitude de tout juger sur la mesure de sa propre conscience et envers les souffrances individuelles la terrible sécheresse de cœur de l’homme obsédé par une idée et qui finit peu à peu par confondre sa personne et sa foi, l’intérêt de son ambition et l’intérêt de sa cause. Mais il y avait aussi une exceptionnelle probité morale, un sens religieux et passionné de la vie, et une sorte de scrupule inquiet à ne diminuer, à ne dégrader aucune des facultés de la nature humaine, à chercher dans les manifestations les plus humbles de la pensée et de la croyance l’essentielle de la grandeur de l’homme [...]

Robespierre n’avait pas pris à Jean-Jacques tout son pessimisme, puisqu’il croyait la démocratie applicable aux grands États modernes. Mais il se disait que, même après l’institution de l’entière démocratie, bien des maux accableraient l’homme. Il lui semblait impossible de corriger suffisamment les inégalités sociales, il lui semblait impossible de ramener toutes les fortunes et toutes les conditions à un même niveau, sans arrêter, sans briser les ressorts humains, et il prévoyait ainsi une renaissance indéfinie, de génération en génération, de l’orgueil et de l’égoïsme des uns, de la souffrance et de l’envie des autres. Il n’avait aucun pressentiment du socialisme ; il n’entrevoyait pas la possibilité d’un ordre nouveau où toutes les énergies humaines se déploieraient plus harmonieusement [...]

Aussi éprouvait-il quelque respect pour l’action chrétienne qui lui semblait avoir pénétré parfois dans les âmes humaines à des profondeurs où l’action révolutionnaire n’atteindrait point. Et il se faisait scrupule d’arracher aux hommes des espérances surhumaines de justice et de bonheur dont la Révolution lui paraissait incapable à jamais d’assurer l’équivalent. Là est, dans la pensée de Robespierre, le grand drame ; là est, dans cette âme un peu aride, « l’émotion profonde et la permanente mélancolie. » (tome 3 p.366-375)

Contre les culottes dorées en Mai 1793

« Tout en animant les sans-culottes contre les culottes dorées, Robespierre prend bien garde que la lutte sociale n’aboutisse pas à une lutte des classes systématiquement fondée sur l’opposition de la pauvreté et de la richesse. Et ce n’est pas pour dépouiller les riches, c’est pour assurer la victoire de la démocratie et le salut de la liberté, qu’il demande, en cette crise, la primauté révolutionnaire des pauvres [...] Ainsi, de même que Robespierre, tout en excitant les sans-culottes, voulait les empêcher de déclarer une guerre fondamentale à la bourgeoisie et à la propriété, il voulait tendre tous les ressorts de l’action révolutionnaire, mais sans briser la légalité. » (tome 5 p. 511-514)

La politique de Robespierre en juin-Juillet 1793

« Robespierre, assidu, courageux, s’obstine à prévenir les mesures hâtives qui, sous prétexte de révolutionner l’armée, la livrerait désorganisée et sans chefs à l’ennemi. Il s’applique à maintenir l’autorité de la Convention et du Comité de Salut Public, à fondre toutes les forces de la Révolution, à créer contre le péril intérieur et extérieur la dictatusienne]]
Le texte de Robespierre partage avec la Lettre l’effort de répondre aux calomniateurs de l’Assemblée constituante en éclairant l’enjeu de leur campagne : qui peut exercer, légitimement, le pouvoir législatif, les états provinciaux ou les représentants élus par le peuple lui-même ?
Cet effort était rendu plus difficile par les décrets de l’Assemblée qui établissaient un système censitaire limitant l’exercice des droits politiques aux possédants. Il fallait alors démêler les mesures révolutionnaires prises par l’Assemblée de celles qui ne l’étaient pas. C’est précisément sur ce point que Robespierre apportait une contribution précieuse en rappelant le critère qui permettrait de s’éclairer : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, dont le principe avait été décidé lors de la Nuit du 4 août 1789 et qui fut adoptée le 26 août suivant. [1]
Robespierre n’offre pas ici une simple apologie de tous les actes de l’Assemblée constituante mais insiste sur l’objet qui intéresse le plus vivement le peuple et ses représentants, la constitution [2] Il offre une des premières expressions développées de ce que sera sa ligne d’analyse sous la Constituante et ensuite proposer une constitution qui soit conforme aux principes de la Déclaration des droits et faire de cette dernière la boussole pour s’orienter dans la compréhension des actes législatifs et de leur légalité. [3]

Florence Gauthier [4]
Maître de Conférences,Paris VII

A suivre

Voir aussi le Discours de Robespierre contre l’Athéisme. :


[1Voir Hamel, Histoire de Robespierre, op. cit., L. 1, chap. XXI-XXrn, qui ne mentionne pas le texte de Robespierre, mais précise le contexte de campagne électorale

[2H. Leuwers, « Des nations à la nation », in J.P. Jessenne éd., Robespierre, Villeneuve d’Ascq, 1994, Colloque d’Arras, pp. 73-87 ;

[3M.L. Legay, Robespierre et le pouvoir provincial, op. cit.

[4Les notes indiquées sont toutes de l’éditeur, Florence Gauthier.