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La lettre des serins : un manuscrit de Robespierre à Arras.

mardi 10 février 2015

En français

La France va garder les manuscrits de Robespierre.

Une lettre de Robespierre était vendue aux enchères mardi dernier chez Christie’s.

Le ministère de la Culture a fait valoir son droit de préemption pour les collections publiques.

La ville d’Arras vient ainsi d’acquérir, avec l’aide des Archives Nationales, la « lettre des serins » (à Mlle Dehay, une amie de sa sœur Charlotte, janvier 22 1782), pour un montant de 12 500 €.

Elle sera conservée à la médiathèque du Palais Saint-Vaast.

…À propos d’un objet si sérieux, Mademoiselle, me sera-t-il permis de parler des serins ! Sans doute, si ces serins sont intéressants… et comment ne le seraient-ils pas puisqu’ils viennent de vous ? Ils sont très jolis ; nous nous attendions qu’étant élevés par vous ils seraient encore les plus doux et les plus sociables de tous les serins. Quelle fut notre surprise lorsqu’en approchant de leur cage, nous les vîmes se précipiter contre les barreaux avec une impétuosité qui nous faisait craindre pour leurs jours ! Et voilà le manège qu’ils recommencent toutes les fois qu’ils aperçoivent la main qui les nourrit. Quel plan d’éducation avez-vous donc adopté pour eux, et d’où vient ce caractère sauvage ? Est-ce que les colombes, que les Grâces élèvent pour le char de Vénus, montrent ce naturel farouche ? Un visage comme le vôtre n’a-t-il pas dû familiariser aisément vos serins avec les figures humaines ? Ou bien serait-ce qu’après l’avoir vu, ils ne pourraient plus en supporter d’autres ? Expliquez-nous, je vous prie, ce phénomène. En attendant, nous les trouverons toujours aimables avec leurs défauts…

++++In English

France will keep Robespierre’s manuscripts

A letter by Robespierre was sold at auction by Christie’s last Tuesday.

The Ministry of Culture made the most of its right of pre-purchase on behalf of public collections.

The town of Arras is thus going to acquire, with the help of the National Archives, the "Letter about the Canaries" (to Mademoiselle Dehay, a friend of his sister Charlotte, dated 22 January 1782), for a total of 12 500 €.

It will be preserved in the multi-media library in the Palace of Saint-Vaast.

…With regard to such a serious object, mademoiselle, am I permitted to speak of canaries ? Undoubtedly, if these canaries are interesting… and how could they not be, since they come from you ? They’re very pretty ; we expected that, being raised by you, they would be still the sweetest and most sociable of all canaries. What was our surprise when, on approaching their cage, we saw them dashing themselves against the bars with an impetuosity which made us fear for their lives ! And this is the manœuvre that they repeat every time they perceive the hand that feeds them. What plan of education have you adopted for them, and whence comes this wild character ? Do the doves, whom the Graces raise for the chariot of Venus, show this fierce nature ? Ought not a face like yours have easily familiarised your canaries with human features ? Or would it be that, after seeing it [i.e. your face], they can no longer endure others ? Explain to us this phenomenon, I pray. In the meantime, we shall always find them loveable, with their faults…