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La misère sous la révolution

L’exemple des luttes ouvrières des ouvriers de Trélazé

lundi 9 février 2015

La population ouvrière en butte à la misère sous la Révolution

 

L’EXEMPLE DES ARDOISIERS DE TRELAZE

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Chômage, flambée des prix, pénuries et privations, firent que les acquis de la Révolution furent loin d’être perceptibles pour l’ensemble du petit peuple. Ainsi l’émeute tragique qui se déroula les 4, 5 et 6 septembre 1790 eut pour cause le prix du pain et la dénonciation de la spéculation.

Comme chaque samedi, le 4 septembre 1790 voit se dérouler le grand marché de la ville d’Angers sur le Champ de Mars, en particulier celui des grains et des farines fréquenté par les boulangers, les ménagères de la ville et la population des communes ardoisières environnantes.

Dès juillet 1790, on avait vu les denrées renchérir, surtout le prix du pain qui augmenta dans des proportions importantes. Malgré une récolte abondante, les « accapareurs », après avoir acheté le pain à vil prix, écoulaient leur marchandise en petite quantité mais à des prix de plus en plus élevés.

Ce jour-là, une agitation bruyante fit place à un mouvement de foule vers les vendeurs. Effrayés, les marchands de grains s’enfuirent. Suite à cette ruée, on s’empara des charrettes, et tous les ustensiles saisis alimentèrent un immense bûcher.

Aussitôt alerté, le Maire d’Angers fait prévenir la Garde Nationale et le commandant du « Royal Picardie », régiment de cavalerie caserné dans la ville.

L’incendie éteint, on arrêta un ouvrier des carrières nommé Lison. Le calme ne revint pas et la foule restait présente dans les rues adjacentes. On se préparait à faire descendre sur Angers les ouvriers des communes ardoisières voisines. Les manifestants délivrèrent dans la soirée l’ouvrier arrêté le matin. L’administration en place sentit nécessaire de donner un semblant de satisfaction aux citoyens mécontents en faisant proclamer que dès le lendemain, dimanche 5 septembre, chacun pourrait se présenter au centre de son quartier pour rédiger des pétitions où seraient rédigées leurs plaintes. Ce jour-là les esprits étaient loin d’être apaisés, néanmoins tout se passa sans incident grave.

Mais c’est le lundi 6 septembre que les moments tragiques arrivèrent. Les mesures prises par l’administration départementale pour faire baisser le prix du pain étaient trop tardives. Vers huit heures du matin, un cortège d’environ deux mille ouvriers des carrières se mit en marche. Il arriva au centre d’Angers dans le milieu de la matinée. Sur le champ de Mars, attendaient la Garde Nationale et le régiment du « Royal Picardie ».

Les deux troupes s’observèrent pendant quelques temps. Les administrations siégeant à l’Hôtel de ville décidèrent de déléguer auprès des insurgés M. Deshoulières, le maire d’Angers, qui promit une prochaine diminution du prix du pain. Il supplia les « honnêtes citoyens » de rentrer paisiblement chez eux. Ces paroles prononcées, le tumulte reprit, la foule indignée se rapprochant de la Garde Nationale.

Les premiers coups de feu éclatèrent, des hommes tombèrent. Puis une fusillade nourrie éclata tandis que les cavaliers du « Royal Picardie » se mirent à charger. L’assaut fut bref mais fit pourtant plusieurs morts et de nombreux blessés. Rentré à l’Hôtel de ville, le maire proclama la loi martiale et fit sonner le tocsin. Après s’être dispersés, les manifestants se dissimulèrent pour éviter les représailles.

Dès le lendemain, de nouvelles troupes arrivèrent et de grandes proclamations appelant au calme furent affichées à travers le département du Maine et Loire.

Restait à punir les soit-disant coupables. Après une instruction qui ne dura que vingt-quatre heures à peine, les sentences furent rigoureuses. Deux ouvriers des carrières furent condamnés à être pendus ainsi qu’un sergent de la garde nationale qui avait voulu entraîner sa section avec les insurgés. Une femme fut également pendue, et deux autres emprisonnées. Une autre encore fut fouettée en place publique et attachée au pilori.

En réalité, pourquoi cette population ouvrière s’est-elle révoltée ? Les agitations populaires à Trélazé et dans d’autres lieux en bordure d’Angers traduisaient un grand mécontentement à l’égard de la hausse excessive des denrées alimentaires. Chacune des manifestations dénonçait les accapareurs. Il est incontestable que les « perrayeux » (ouvriers ardoisiers) ainsi que les ménagères des faubourgs d’Angers ne se sont pas révoltés pour piller, incendier et maltraiter les gens mais, soulevés par la misère, ils n’avaient d’autres intentions que d’obtenir une police raisonnable pour le prix du blé et du pain.
Sources :
 [1]
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René Debarge
Membre du Comité de l’ARBR

L’Incorruptible n°87


[1- Musée de l’ardoise de Trélazé

[2- Ouvrage de François Simon sur les « perrayeux » avant et pendant la révolution française