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La réaction thermidorienne : entre manœuvres et répression violente.

lundi 25 juin 2018

LE DÉPUTÉ LOUCHET DEVANT LA CONVENTION : « RÉINTÉGRER LES DANGEREUX AGITATEURS EN PRISON » : IL REÇOIT UNE FIN DE NON-RECEVOIR DE LA CONVENTION.




A la Convention, Thermidor brise l’unité de tant de forces réunies : il la divise, la fractionne, la fait dévier peu à peu vers la réaction. Robespierre et ses amis ont été abattus sous l’effort collectif de la Convention et des Comités réunis. Cependant, l’alliance de ces forces est fragile. On se trouve devant toutes les haines, toutes les rivalités de la veille.
Dès lors la répression violente se met en place contre ceux demeurés fidèles aux idéaux de Robespierre mais les stratégies et les alliances pour la conduire diffèrent selon les factions.
Les premiers peuvent compter sur l’appui d’un petit groupe demeuré fidèle à Robespierre et sur la plupart des représentants qui se trouvaient alors en mission lors de son assassinat. Mais toutes ces forces réunies sont insuffisantes, en face de la grande coalition formée par le centre et la droite de l’Assemblée. Cette coalition va donner à la République thermidorienne son véritable caractère de République conservatrice. Les royalistes, ont repris courage car la loi de prairial a été abolie . Dès lors, ils croient leur victoire prochaine et ne se gênent plus pour manifester leurs espérances ouvertement.
Dans cette ambiance, le montagnard Louchet demande à l’Assemblée nationale de « réintégrer en masse tous ces dangereux agitateurs dans les prisons d’où elle les avait fait sortir. » La Convention montre dès lors son nouvel esprit, en renvoyant cette proposition à l’examen du Comité de salut public : c’est une fin de non-recevoir. La demande de Louchet trouve cependant de l’écho au club des Jacobins qui subit l’influence des thermidoriens. Néanmoins, les membres du club ne se trompent pas sur la tendance réactionnaire qui se manifeste un peu partout. Le 7 fructidor (24 août 1794), le député Maure, qui revient de mission en province, prend l’initiative.
« … Ouvrons les yeux, dit-il, sur l’espèce d’amnistie que l’on a voulu accorder à tous les détenus… Depuis peu de temps, je suis étonné de voir à la Convention une nouvelle espèce de côté noir, composé de parents de détenus, qui ne manquent pas de faire retentir la salle d’applaudissements quand on propose des mesures de modérantisme. On renvoie indistinctement des hommes qui ont signé ou rédigé des adresses au ci-devant roi et à La Fayette, et des écrits fédéralistes. Des députés mêmes ont l’impudence de solliciter eux-mêmes l’élargissement de ces hommes, qui n’attendent peut-être leur sortie que pour aller se réunir aux chouans… Si l’on accorde la liberté aux personnes incarcérées, il est important de ne la rendre qu’aux patriotes opprimés, et de distinguer ceux qui n’ont qu’un patriotisme d’emprunt d’avec ceux qui ont le véritable patriotisme, celui du cœur. »

Sous la terrible réaction thermidorienne, il reste fidèle à la Montagne. Il prend la défense des anciens membres du comité dans un écrit intitulé : « Un mot à la décharge des trois membres inculpés de l’ancien Comité de salut public ».
Aux Jacobins, il dénonce les jeunes gens de la première réquisition qui accaparaient les places pour éviter le service et exprime l’étonnement que lui cause la direction nouvelle imprimée à la marche de la Convention, « la fausse humanité qui s’était emparée de nous ».
Lors de l’insurrection du 1er prairial an III (20 mai 1795) on l’accuse d’avoir été l’ami de Robespierre et on rappelle qu’au 31 mai, Maure porta à la tribune l’impotent Couthon pour qu’il y fit sa motion contre les Girondins.
Il est décrété d’arrestation. Il n’a point d’illusion sur le sort qui lui est réservé et se brûle la cervelle1. Mais revenons, au 7 fructidor.
Après avoir entendu Maure, Mallarmé, parle dans le même sens. La société jacobine « arrête qu’elle se transportera le lendemain à la Convention pour demander l’impression de la liste de ceux qui ont été mis en liberté, et l’engager à maintenir dans toute son énergie le gouvernement révolutionnaire, dégagé des abus qu’y avait introduits l’horrible faction des triumvirs. »
Ces derniers mots semblent être une concession forcée face aux thermidoriens. La députation des Jacobins arrive à la barre de l’Assemblée nationale au moment où Mainte est mis en accusation sous prétexte qu’il avait été l’ami de Couthon.

Le moment est plutôt défavorable. Les envoyés du club sont mal reçus et leur proposition immédiatement ensevelie sous l’ordre du jour.

La réaction continue, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Les événements de Germinal et de prairial An III voient le mouvement populaire accomplir ses dernières manifestations. La Révolution et la République de l’An II prennent fin pour laisser la place à une République conservatrice.

Bernard Vandeplas, Docteur en Histoire contemporaine.

Qui était Louis LOUCHET ?

Louis LOUCHET 1753-1813

Le 21 janvier 1753, Louis Louchet naît à Longpré les Corps Saints. Il est le fils de Mathieu Louchet, huilier et de Marie Anne Boutillier.

Il perd son père à 3 ans et sa mère à 18 ans. Il suit ses études au collège Louis Legrand à Paris où son oncle l’abbé Alexis Boutillier est professeur.

Il est nommé professeur de seconde à Rodez. Avec l’abbé Carnus, professeur de physique, le 4 août 1788, il part de la cour du collège dans une montgolfière et parcourt 14km à 3000m d’altitude en 35 min.

Après la publication d’une brochure : « Le Tiers État au Roi », il devient l’un des chefs du parti révolutionnaire de l’Aveyron.

Partisan des idées révolutionnaires, il devient administrateur du département de l’Aveyron.

En 1792, il est élu député à la Convention par l’Aveyron le huitième sur neuf, par 312 voix sur 417 votants.

Proche des idées de Danton, Louchet siège aux côtés des Montagnards. Au procès de Louis XVI, il vote pour la mort sans appel et sans sursis, qualifiant le roi de « parjure, traître et assassin de la nation française ».

Louchet est par la suite envoyé en mission dans les départements de la Somme et de Seine-Inférieure. Il fait ainsi arrêter l’ancien parlementaire Jean-Jacques Duval d’Eprémesnil. De retour à la Convention, il dénonce le tribunal de l’Aveyron comme coupable de modérantisme envers les ennemis de la Révolution.

Adversaire résolu de Robespierre, il laisse sa trace dans l’Histoire le 27 juillet 1794 en réclamant à la Convention le décret d’arrestation contre l’Incorruptible alors qu’aucun des conjurés n’ose formuler cette proposition décisive : Le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794), Robespierre fut empêché de s’exprimer à la Convention et invectivé de toutes parts quand un des représentants « à mauvaise conscience », Louchet, qui était proche de Fouché, demanda le décret d’accusation contre lui. La proposition fut votée à main levée et Robespierre arrêté en compagnie de Saint-Just et de Couthon. Augustin Robespierre et Le Bas se joignirent volontairement à eux et le groupe fut emmené par les gendarmes.

Cependant, Louchet ne souhaite pas pour autant la fin de la Terreur, dont il demande le maintien dans un discours le 19 août 1794.

Il se fait ensuite assez discret. Il intervient toutefois le 13 vendémiaire pour dénoncer le général Menou, coupable selon lui de favoriser les royalistes.
Louchet n’est pas réélu député en l’an IV. Il garde malgré tout un emploi car le Directoire le nomme receveur des impositions directes du département de la Somme.

En 1798, il épouse Louise Isabelle Victoire Duplaquet à Beauvois qui lui donne cinq enfants.

Sous l’Empire, il devient receveur général de la Somme.

La fin de sa vie est obscure. Selon les sources, il est destitué par la Restauration, puis meurt fou en un lieu non déterminé le 15 janvier 1815, ou se suicide à Paris en octobre 1813.[ Source : wikipédia]


Voir en ligne : Le député Louchet