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Le Président du Tribunal Révolutionnaire Joseph Martial Herman et ses Mémoires justificatifs.

Un article de Stéfania Di Pascale

jeudi 29 octobre 2020

Le Président du Tribunal Révolutionnaire Joseph Martial Herman et ses Mémoires justificatifs.

Portrait d’un Président du Tribunal Révolutionnaire. C’est ici
Les sociétés politiques du Pas-de-Calais : le Club d’Arras. C’est ici

Le grand public a une mauvaise vision du Tribunal Révolutionnaire à cause de la propagande thermidorienne et monarchiste et par les gouvernements libéraux. On connaît surtout la figure de l’accusateur public Fouquier-Tinville, mais très peu les membres du Tribunal Révolutionnaire de Paris, en particulier Herman qui a présidé les procès plus célèbres de la Révolution française comme celui de Marie-Antoinette, des Girondins, Hébertistes, ou Indulgents.

Deux jours après la chute de Robespierre, il fut accusé par le gouvernement thermidorien d’être proche de l’Incorruptible et fut arrêté ensemble aux autres membres du Tribunal. [1]

Durant sa captivité il a rédigé des mémoires justificatifs grâce auxquels on peut comprendre sa personnalité et sa sensibilité, et l’on peut constater qu’il s’occupait à donner des aides aux mères de famille, à donner de la nourriture aux prisonniers, aidé les enfants des détenus leur donnant des subsistances. Il voulait engager dans les lieux publics les pères et les mères de famille.
Herman éprouvait toujours de la peine pour les humiliés, un grand amour pour la justice et pour la France .

« Si d’un côté j’exécutais un ordre rigoureux du gouvernement, de l’autre je consolais la femme et lui donnais des secours, si elle en avait besoin. Je m’étudiais toujours à allier l’humanité aux mesures que l’intérêt fr la #Patrie paraissait exiger.

J’ai provoqué du Comité de Salut Public plusieurs arrêtés pour assurer dans toutes les maisons d’arrêt de la République la nourriture des détenus, à qui, en maints endroits elle n’était pas assurée.

J’ai envoyé au Comité de Sûreté générale un état des personnes détenues au secret dans les diverses prisons de Paris, parce-que je pensais que, dans les tourbillons immense des affaires, plusieurs auraient pu être oubliées. J’ai adressé au même #comité un état de deux cent personnes environ qui n’étaient pas écrouées et qui étaient entrées dans les prisons comme personnes de confiance avec les détenus pour les servir et leur tenir compagnie.

J’ai écrit au Comité de Sûreté Générale pour lui faire observer que l’on mettait beaucoup de scellés inutiles chez des personnes qui, par état, n’avaient aucun papier et que par là l’on était à la femme et aux enfants l’usage de beaucoup de choses. Je lui demandai qu’il ordonnât que, lors de l’application des scellés, on eu l’attention de laisser à la femme et aux enfants ci même au détenu le linge nécessaire.

Par moi une âme élevée et bienfaisante, et qui peut seul alléger les poids d’un grand place, c’est la possibilité, le plaisir de faire beaucoup de bien, de porter de quelque ligues la consolation à un grand nombre de familles, de faire régner l’ordre dans des grands établissements, d’activer, d’une seule lettre toutes les administrations, tous les tribunaux d’une République vaste. »

Herman contre les abus de pouvoir et favorable aux femmes dans les institutions.

« Quelle était ma conduite dans le détail des fonctions de commissaire des administrations civiles ? Une place de membre de l’agence de l’envoi des loix est devenu vacante par la destitution d’un de ses membres que j’ai cru devoir provoquer du Comité de Salut Public ; m’a-t-on vu proposer mon frère, mon parent, mon ami ?

J’ai mis en avant un ancien soldat que j’avais trouvé sous-chef au département de l’intérieur, et que j’avais jugé actif, capable, probe et patriote.

L’ un de mes frères était placé (non par moi) avant l’organisation des commissions exécutives, sans la commission des subsistances ; j’ai pensé qu’il trouverait mieux son lot à l’agence de l’envoi des lois.

Les membres de cette agence, qui ne me connaissaient pas encore, voulaient le mettre chef de bureau, je fus forcé de leur écrire que je ne connaissait que les intérêts de la République, et que j’exigeais que mon frère n’eût que telle place.

La femme de ce frère a une sœur sans fortune aucune, mais jeune, l’on avait demandé pour elle une place de plieuse, dans l’imprimerie de l’agence de l’envoie des lois.

J’ai dit : « Lorsqu’il n’y aura plus de mère de famille à placer, nous verrons. »

J’exigeais que là, comme dans l’imprimerie des administrations nationales, qui était aussi sous ma surveillance, la bonne renommée, les besoins personnels, le nombre d’enfants, les services rendus par le mari à la République, le malheur, fussent les seuls titres de préférence ; et cela s’ exécutait. Je dois dire que j’étais secondé à cet égard dans les deux établissements.

J’étais convenu avec les membres de l’agence que l’on réformerait, dans l’atelier des plieuses, les femmes dont les maris se trouvaient employés dans l’atelier de l’imprimerie, où ils gagnent 3 à 4000 livres par an, pour donner ces emplois à des mères de famille dans ressources, ou dont les maris sont aux frontières, afin de diviser les biens de la République, et les faire servir à la subsistance d’un plus grand nombre de personnes.  »

Les derniers moments du juge du Tribunal Révolutionnaire Joseph-Martial Herman par G. Lenôtre

Dans ses premières heures de captivité, il rédige, à l’adresse du Comité de Salut public, un mémoire justificatif, retraçant sa vie, jurant, - et c’est la vérité, - qu’il n’a jamais agi que dans la sincérité de son âme ; qu’il ne voudrait pas racheter son existence par un mensonge ; qu’il ignore comment et par qui, arraché à son pays, à un « établissement agréable », il a été jeté dans la fournaise.

Il vante son âme douce et bienfaisante , explique qu’il est l’esclave du devoir, si rigoureux soit-il, persuadé qu’un citoyen appartient à la République qui peut disposer de lui comme elle le juge à propos.

Les honneurs n’ont point changé ses mœurs ; il était charitable aux déshérités, sévère pour lui-même ; il n’a point d’amis, point de relations, nulle autre affection que la chose publique, et ici encore il ne ment pas.

Pour la première fois peut-être il s’émeut au souvenir de son petit garçon. « S’il m’est permis, écrit-il, de l’élever, il sera digne de la liberté et de la patrie. » Il parle de sa modeste habitation d’Arras, qu’il regrette ; de ses livres « qui faisaient ses délices » ; il revoit son jardin de la rue des Soupirs, les prairies du Crinchon, ses chères fleurs, et le haut beffroi, au-delà des arbres, dressant se vétusté rose dans le soleil couchant.

Ce cri échappé de son cœur, depuis toujours comprimé, est la seule protestation qu’il se permette. Tout aussitôt il rentre dans le silence dont il a fait la règle de sa vie : dix mois de prison, sans une plainte, sans récrimination, sans une démarche. Il n’en sort que pour déposer au procès de Fouquier-Tinville, froidement, en quelques mots brefs, sans s’avilir à charger ceux dont il partagea la formidable tâche. Aussi comme vite il passe du banc des témoins au banc des accusés ! C’est Danton qu’on venge-là ; Herman, qui, du prodigieux tribun, a prononcé l’arrêt de mort, Herman n’échappera point aux représailles. Il est condamné, il va mourir.

Des quinze dont le sang, demain, se mêlera au sien sur le plancher de l’échafaud, la plupart écrivirent, pendant la nuit suprême, une dernière lettre ; huit sollicitèrent, sans l’obtenir, un sursis. Fouquier, lui-même traça quelques lignes, proclamant son innocence.

Herman fit-il de même ? A qui eût-il adressé son adieu ? Sa femme ne savait pas lire et son enfant n’avait que deux ans. Et il n’était pas de ceux qui protestent : la loi l’affirmait coupable, il obéissait, résigné, semblable à ces soldats qu’on a vus, par incarnation de la discipline, marcher au pas réglementaire en allant à la mort.

Sur la charrette qui le menait à la Grève, par un jour de mai, il passa, parmi la foule, inaperçu. Toutes les huées souffletaient Fouquier et les autres ; lui, dans cette multitude entassée, ne comptait pas un ennemi – pas un ami non plus. Si, comme il arrive, dit-on, aux moribonds, il revécut en cet instant sa vie sans joies, aperçut-il combien fausse et décevante avait été sa conception de l’existence ? C’était au supplice des malfaiteurs que l’avaient conduit son intégrité hautaine, sa soumission aux lois, son abnégation farouche, son renoncement volontaire à toutes les affections humaines. Et peut-être soupçonna-t-il tout à coup, au bord de la tombe, qu’il y a quelque chose de supérieur au strict devoir, de plus parfait que l’irréprochable : c’est la bonté, la pitié, l’indulgence, tout ce qui fait qu’on est aimé. Il mourrait, à trente-cinq ans, sans avoir connu ce bonheur-là. [2]

Article proposé par Stefania Di Pasquale
Société des Etudes Robespierrsites,
Habite Narni, Italie

[1Mémoires justificatifs pour le citoyen Joseph Martial Herman. Thermidor an II (Ed. 1794) BnF.’

[2Vieilles Maisons, Vieux Papiers Tome 4, Volume 4