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Les journées des 5 et 6 octobre, vues par A. Mathiez

mercredi 20 novembre 2019

Les conséquences de l’émeute sont très importantes. Si les Parisiens sont heureux de « posséder » le roi et multiplient en son honneur les actes de fidélité la sanction des décrets du 4 août et de la déclaration des droits sont une victoire. « La Révolution semble assurée du lendemain ». (A. Mathiez) .

Ça s’est passé en 1789 : Les journées des 5 et 6 octobre.

D’après l’historien Albert Mathiez [1], le récit le plus exact nous paraît être celui que rédigea le ministre de Saxe dans sa dépêche du 9 octobre 1789.

« Je vous annonçais, Monsieur, beaucoup de fermentation dans la nuit du dimanche au lundi ; elle s’est accru le matin, au point que des femmes de la Halle, au nombre de cinq à six cents, s’étant rassemblées à la pointe Saint-Eustache, quelques ouvriers des faubourgs Saint-Antoine et Marceau se trouvant mêlés parmi elles, se sont réunies à l’Hôtel de ville, en ont chassé les représentants de la commune, forcé la faible garde qui y était, pris un magasin de 1700 fusils de réserve, en ont armé, ainsi que d’un nombre considérable de piques, la populace arrivée pour les soutenir. Maîtresses de quatre pièce de canon, elles se sont répandues dans toutes les rues de la ville, forçant sans pitié toutes les femmes qu’elles rencontraient en voiture ou à pieds de se joindre à elle…

Elles alléguaient pour motif de leur insurrection le manque de pain et le but de leur course devait être d’aller à Versailles en demander au Roi et à l’Assemblée nationale… » (dans la journée du 5 octobre 1789).

Le lendemain, « les différents districts étaient rassemblés, plusieurs troupe s’en étaient déjà détachées pour suivre les femmes qui, avec les ouvriers et les quatre pièces de canon prises à l’Hôtel de ville, à leur tête, marchaient à Versailles… Dès midi, instruit de l’insurrection de Paris, on avait battu la générale pour rassembler la garde nationale de Versailles qui n’avait pas obéi… Le roi revint de la chasse vers 7 heures, en entrant, comme il l’a toujours fait depuis la Révolution, par les portes de derrière le parc. Le président de l’Assemblée nationale fut aussitôt introduit, et avec lui une députation de quinze femmes qui se plaignirent au Roi de la mauvaise police et du manque de subsistances. Le Roi leur répondit qu’il aimait trop se bonne ville de Paris pour vouloir jamais la laisser manquer de rien… Comme elle le désiraient, il allait donner des ordres et se concerter avec l’Assemblée nationale pour que, dès le lendemain, on les satisfit du mieux qu’on pourrait.

Dès qu’elles vinrent rendre compte à leurs camarades de cette réponse satisfaisante, on leur cria que cela ne pouvait être vrai… introduites de nouveau devant le Roi celui-ci écrivit de sa main et signa ce qu’elles venaient de dire. Calmées par cette assurance, toutes ces femmes suivirent les députés à l’Assemblée nationale… L’évêque de Langres présidait et vint annoncer l’acceptation pure et simple des Droits de l’Homme et de la Constitution par le Roi…

Le peuple de Versailles, cependant, et une partie de cette population qui était venue avec les femmes conservaient rancune aux gardes du corps (ils avaient piétiner la cocarde ). Enfin, la foule, suivis de toute la garde nationale de Paris à mesure qu’elle arrivait, enveloppèrent les gardes du corps et remplirent la galerie, les appartements, pénétrant jusque dans la chambre du Roi, où arrivait au même instant la Reine toute effrayée, qui s’était sauvée de son appartement où, lors de l’invasion du peuple, avaient, par un passage, mal gardé, pénétré des femmes qui semblaient lui en vouloir… M. de La Fayette, remontant aussitôt, décida le Roi à paraître avec la Reine et le Dauphin sur le balcon ; on applaudit et on lui cria de venir à Paris… »

Le retour de la famille royale à Paris

Le Roi part donc pour Paris : « Figurez-vous une colonne défilant presque sans interruption depuis midi jusqu’à 7 heures du soir, où marchaient pêle-mêle les troupes, les goujats, toutes les femmes ivres, le mélange de toutes les espèce d’armes, des femmes à cheval sur des canons portant drapeaux, la plus vile populace à côté des officiers les plus distingués… Le Roi est arrivé à 7 heures à la barrière de la Conférence. Son carrosse était immédiatement précédé par la même troupe avec aussi peu de choix… Ma tête ne peut pas encore se faire à ce bouleversement d’idées [2]… »

Les conséquences de l’émeute sont très importantes. Si les Parisiens sont heureux de « posséder » le roi et multiplient en son honneur les actes de fidélité, la sanction des décrets du 4 août et de la déclaration des droits sont une victoire.
« La Révolution semble assurée du lendemain (A. Mathiez) ».

Une lettre de Marie-Antoinette du 7 octobre 1789 nous montre également comment la monarchie à cette date reste le régime des Français.

« Je me porte bien, soyez tranquille… Je parle au peuple ; milices, poissardes, tous me tendent la main. Je la leur donne. Le peuple ce matin, nous demandait de rester, je leur ai dit de lapant du Roi, qui était à côté de moi, qu’il dépendait d’eux que nous restions ; que nous demandions pas mieux ; que toute haine devait cesser ; que le moindre sang répandu nous ferait fuir avec horreur. Les plus près m’ont juré que tout était fini. J’ai dit aux poissardes d’aller répéter tout ce que nous venions de leur dire… [3] »

Il n’y a pas de rupture majeure en octobre 1789 entre le peuple la famille royale, la Monarchie reste en place, mais devient Constitutionnelle. Les femmes y ont joué un rôle essentiel.

Bernard Vandeplas, vice-président de l’ARBR, Dr en Histoire Contemporaine.

[1Albert Mathiez Né le 18 janvier 1874 à La Bruyère (Haute-Saône), mort le 25 février 1932 à Paris. Professeur d’histoire et de géographie. Historien de la Révolution française ; fondateur de la Société des études robespierristes (1907), directeur et rédacteur en chef des Annales révolutionnaires (1908) devenues en 1924 les Annales historiques de la Révolution française. Membre de la Ligue des droits de l’Homme, du Parti communiste français (1921-1922). Source le Maîtron

[2Rapports du comte de Salmour, ministre plénipotentiaire de Saxe, dans les Nouvelles archives des missions, t. VIII, p. 260 et suivantes.

[3Correspondance de Mercy, t. II, p. 271 (citation A. Mathiez).