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Michel Vovelle, l’âme de la Révolution française est décédé.

(Michel Vovelle, soul of the French Revolution, has died)

lundi 8 octobre 2018

Notre ami historien, l’âme de la révolution française, s’en est allé ce 6 octobre à Aix-en-Provence . L’ARBR est triste de perdre un ami de très longue date. Il avait été très présent et attentif à accompagner, comme un père, la naissance et le développement de notre association peu avant les célébrations du bicentenaire.
Homme très doux et disponible – « faites sonner longtemps car mes jambes sont lentes à se mouvoir », m’avait-il dit au téléphone alors que je l’invitais à suivre les travaux de notre dernier colloque – il avait tenu à nous témoigner son soutien et s’était enquis à l’issue des travaux de leur déroulement.
Il était venu de nombreuses fois à Arras, à l’invitation de l’ARBR notamment pour la pose du buste de Robespierre au lycée éponyme.
Ce matin, la presse unanime rend hommage au grand savant. « Le temps est venu de porter en héritage et de le faire partager aux jeunes générations » nous dit Pierre Serna.
C’est un hommage mérité l’on espérerait qu’il fût officiel. Et que, rappelant ce que l’homme a apporté à notre connaissance de la Révolution française et la naissance de la République l’on en profitât pour instruire le citoyen et rappeler qu’un peuple sans Histoire est un peuple à l’avenir sombre.
C’est avec une émotion partagée que nous publions ci-dessous l’hommage que lui rend notre ami Bruno Decriem qui l’a cotoyé.

En français

LE ROBESPIERRE DE MICHEL VOVELLE.





« Pourquoi je suis robespierriste ? » [1] (Michel Vovelle)
J’ai eu la grande chance à quelques reprises de voir et d’écouter l’éminent spécialiste de la Révolution française qu’est Michel Vovelle. Il représente l’érudit même, le savant, le pédagogue, bonhomme, malicieux et déterminé. [2] Historien novateur, de la mort, des mentalités, de la déchristianisation, son œuvre livresque est gigantesque. Succédant à la Sorbonne et à la tête de la plupart des institutions universitaires robespierristes à Albert Soboul, c’est « l’historien jacobin » quoique non conformiste du Bicentenaire de la Révolution. [3] Homme de l’écrit, le lire est un bonheur. Comme il le dit lui-même « J’ai beaucoup tourné autour de Robespierre. » [4] Cependant, il n’en a pas écrit la biographie comme d’ailleurs ses illustres prédécesseurs ( Mathiez, Lefebvre, Soboul). « Ma vocation n’était point […] d’écrire la biographie du grand homme. » [5] Il n’en reste pas moins qu’il fut l’ardent défenseur de la mémoire de l’Incorruptible durant des décennies, combat qu’il résume en quelques questions : « Pourquoi nous sommes encore robespierristes. » [6] « Pourquoi je suis robespierriste ? » [7] « Êtes-vous encore robespierriste ? » [8]

« Qu’on nous tolère donc de céder à cette sympathie, sans pour autant oublier les contraintes du métier d’historien. » [9] (Michel Vovelle)
Dans une série de beaux livres consacrée à l’iconographie de la Révolution publiée en 1986, Vovelle présente 12 portraits de Robespierre. ( et 8 de Saint-Just) Il nous livre sa pensée profonde concernant l’Incorruptible. « Robespierre […] n’a rien d’un fanatique et déploie les qualités d’un grand homme d’État. » [10] Il fut certes l’homme du gouvernement révolutionnaire « qu’il définit comme « la guerre de la liberté contre ses ennemis ». » [11] « Acceptant la Terreur comme recours nécessaire, Robespierre ne la sépare pas de la vertu, clef de voûte de la cité. » [12]

11 juin 1988 : « le retour du fils prodige. » [13] (A.R.B.R.)
« En 1988, j’étais encore sur la brèche délivrant à Arras mon discours « Pourquoi nous sommes encore robespierristes ». » [14]
La conférence de Vovelle ce 11 juin 1988 à la salle des concerts d’Arras noire de monde (J’y étais !) marqua le retour de Robespierre dans sa ville natale. Se situant dans la lignée d’Albert Mathiez ( 14 janvier 1920 : Pourquoi nous sommes robespierristes. [15]) et de Georges Lefebvre, déjà à Arras (15 octobre 1933), Vovelle expliqua pourquoi « Robespierre doit être défendu. » [16] Il est « l’autre ami du peuple. » [17] Il défend une certaine révolution démocratique et sociale. « Robespierre, l’homme de la démocratie, […] d’une démocratie sociale, c’est aussi un patriote universaliste. » [18] « Partisan le plus convaincu de la Révolution, de la nécessité même de la démarche révolutionnaire. » [19] Son idéal démocratique restera cet « amour du peuple (et cette) volonté de construire une société heureuse. » [20] Combattre contre la calomnie issue des Thermidoriens est donc pour tous les progressistes une nécessité impérieuse même s’il n’est pas question, évidemment, de tomber dans l’hagiographie. « Mettre Robespierre en perspective historique, avec ses limites, qui tiennent à son temps, […] ce n’est pas le mesquiniser. » [21] Michel Vovelle « célébra l’Incorruptible en des termes que ses prédécesseurs eussent chaleureusement approuvés. » [22] La réussite de cette journée « Robespierre 1988 » impliquera celle du colloque universitaire de 1993. Le colloque de 1993 insistera sur la pertinence et la permanence des idées de Robespierre. « Il reste indéniable que Robespierre « interroge la Révolution tout entière ». » [23]

« Une pensée se reflète dans sa continuité, l’affirmation de l’amour du peuple. » [24](Michel Vovelle)
Après les fracas des bicentenaires (1988-1994), Michel Vovelle désormais à la retraite professionnellement, continue, au gré de ses ouvrages, interviews, et autres conférences à distiller sa vision de Robespierre car « le combat n’a pas désarmé. » [25] Dans un article de 2009 pour le journal de Jaurès l’Humanité, il insiste sur les mérites de Robespierre : « S’impose la grandeur de l’homme d’état, à nous comme à ses contemporains, même les plus hostiles. La clairvoyance de celui qui a indiqué la ligne juste face au péril de la guerre en 1792, la gestion du gouvernement révolutionnaire en l’an II, entre périls et lutte des factions. » [26] Et de rappeler fort justement qu’il était, dès le début, « aux côtés de tous les déshérités, les exclus, les juifs, les comédiens, les esclaves, les soldats et leur famille ».  [27] En 2017, Vovelle pensait la même chose ! Incorrigible savant à la figure douce et au timbre de voix modeste et avenant, il réaffirmait des convictions permanentes « Je persiste et signe. » [28] immuables en faveur de Robespierre !
« Il ne lui reste plus qu’à s’en remettre, le 8 thermidor, à ses fidèles comme à nous : « Je vous laisse ma mémoire, elle vous sera chère et vous la défendrez. » voilà pourquoi nous sommes encore quelques robespierristes. » [29]

In English

Our historian friend, the soul of the French revolution, passed away in Aix-en-Provence on 6 October. The ARBR is sad to lose a very long-standing friend. He had been very much present and attentive, like a father, to the birth and development of our association just before the bicentenary celebrations.
A very gentle and accessible man – « Let the phone ring for a long time because my legs are slow to move, » he told me on the phone when I invited him to follow the proceedings of our last conference - he had wanted to show his support and enquired after the outcome of the proceedings.
He had come to Arras many times, at the invitation of ARBR, notably for the installation of Robespierre’s bust at the Sixth Form College called after him.
This morning, the press is unanimously paying tribute to this great scholar. « The time has come to pass on and share his heritage with younger generations, » says Pierre Serna.
It is a well-deserved tribute, one would hope be made official. And that, recalling what this man has brought to our knowledge of the French Revolution and the Republic’s birth, we take the opportunity to educate our citizens and remind them that a people without a history is a people with a dark future.
It is with shared emotion that we publish below the tribute paid him by our friend Bruno Decriem, who knew him.

MICHEL VOVELLE’S ROBESPIERRE





« Why am I a Robespierrist ? »[1] (Michel Vovelle)
I’ve had the great fortune on a few occasions to see and listen to the eminent French Revolution specialist, Michel Vovelle. He embodies the true scholar, scientist, teacher, good man, mischievous and determined.[2] An innovative historian, of death, of mentalities, of dechristianization, his published work is enormous. Succeeding Albert Soboul at the Sorbonne and leading most of the university’s Robespierrist institutions, he is the « Jacobin historian » although no conformist of the Revolution’s Bicentenary.[3] As a writer, reading him is a pleasure. As he himself says, « I have turned over a lot around Robespierre. »[4] However, he did not write his biography, like his illustrious predecessors (Mathiez, Lefebvre, Soboul). « My vocation was not to write the great man’s biography. »[5] Nevertheless, he was the ardent defender of the Incorruptible’s memory for decades, a fight that he summed up in a few questions : « Why are we still Robespierrists ?” »Why am I a Robespierrist ?«  »[7]" Are you still a Robespierrist ?” [8]

« Let us therefore be permitted to yield to this sympathy, without forgetting the professional constraints of the historian »[9] (Michel Vovelle)
In a series of beautiful books devoted to the iconography of the Revolution published in 1986, Vovelle presents 12 portraits of Robespierre ( and 8 of Saint Just). He gives us his profound thoughts on the Incorruptible. « Robespierre[...] is no fanatic and displays the qualities of a great statesman. »[10] He was certainly the man of revolutionary government which he defined as « the war for liberty against its enemies ». [11] "Accepting the Terror as a necessary resort, Robespierre did not separate it from virtue, the city’s cornerstone.” [12]

11 June 1988 : « The Prodigal’s Return »[13] (ARBR)
"In 1988, I was ’once more unto the breach’, delivering in Arras my speech ’Why we are still Robespierrists’. » [14]
Vovelle’s conference on 11 June 1988 at the Arras concert hall, packed with people (I was there !), marked Robespierre’s return to his hometown. Following in the footsteps of Albert Mathiez (14 January 1920 : Why we are Robespierrists[15]) and Georges Lefebvre, again in Arras (15 October 1933), Vovelle explained why « Robespierre must be defended. »[16] He is « the other friend of the people. »[17] He defends a certain democratic and social revolution. « Robespierre, the man of democracy,[...] of social democracy, is also a universalist patriot. »[18] « The most convinced supporter of the Revolution, of the very necessity of the revolutionary process. »[19] His democratic ideal will remain this « love of the people (and this) will to build a happy society. »[20] Fighting against the Thermidorians’ slander is therefore an imperative necessity for all progressives, even while there’s obviously no question of falling into hagiography. « To put Robespierre into historical perspective, with his limitations, which are linked to his time,[...] is not to diminish him. »[21] Michel Vovelle « celebrated the Incorruptible in terms that his predecessors would have warmly approved. »[22] The success of this « Robespierre 1988 » day entail the success of the 1993 university conference. The 1993 symposium emphasises the relevance and durability of Robespierre’s ideas. "It remains undeniable that Robespierre ‘challenges the whole Revolution’. »[23]

« A thought is reflected in its continuity, the affirmation of the love of the people »[24](Michel Vovelle)
After the clashes of the bicentenaries (1988-1994), Michel Vovelle, while now retired, continues, through his books, interviews and other lectures, to distill his vision of Robespierre because « the fight’s not over ».[25] In a 2009 article for Jaurès’ newspaper L’Humanité, he insists on Robespierre’s merits : « The greatness of the statesman is evident to us and his contemporaries, even the most hostile. The clear-sightedness of the one who took the right line faced with the threat of war in 1792, the management of revolutionary government in Year II, between dangers and factional struggle. »[26] And recalling quite rightly that he was, from the beginning, « on the side of all the underprivileged, the excluded, Jews, actors, slaves, soldiers and their families ».[27] In 2017, Vovelle thought the same thing ! An uncompromising scholar with a gentle face and a modest, pleasant voice, he reaffirmed his permanent convictions : « I persist and sign »[28], unchanging in support of Robespierre !
"All that’s left for him, on 8 Thermidor, is to rely on his followers, and on us, too : ‘I leave you my memory, it will be dear to you and you will defend it’ – which is why some of us are still Robespierrists. » [29]

Bruno DECRIEM .
Membre du Comité de l’ARBR

Miche Vovelle : Arras 1988. Pourquoi nous sommes encore robespierristes.


Voir en ligne : La révolution française aux origines de la laïcité


[1L’Humanité, 27 juillet 2009. Michel Vovelle : « Pourquoi je suis robespierriste ? »

[2Olivier Bétourné et Aglia I. Hardy : penser l’histoire de la révolution deux siècles de passion française, Éditions La Découverte, 1989, 238 P. ; P. 172-183 : Michel Vovelle et les nouveaux chantiers de tradition jacobine.

[3Steven L. Kaplan : Adieu 89, Éditions Fayard, 1993, 903 P.
P. 797-821 : Michel Vovelle, homme du sérail et franc-tireur.

[4Michel Vovelle : La bataille du Bicentenaire de la Révolution française, Éditions La Découverte, 2017, 260 P., P. 188.

[5Ibid.

[6Michel Vovelle : Combats pour la Révolution française, Éditions La Découverte, 1993, 380 P.
P. 351-359 : « Pourquoi nous sommes encore robespierristes. »

[7L’Humanité, op. cit.

[8Annales Historiques de la Révolution française numéro 371, Janvier-Mars 2013, P. 3-8 : Michel Biard : « Introduction : Je vous laisse ma mémoire. (...)

[9Michel Vovelle : La Révolution française Images et récit, Livre club Diderot/Messidor, 1986, 5 volumes. Tome IV, 357 P., P. 40-51 : Deux portraits Robespierre et Saint-Just. P. 40.

[10Op. cit. P. 41.

[11Ibid.

[12Ibid.

[13Bulletin numéro 4 de l’A.R.B.R. ( Les amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution), 1988, 8 P. « Le 11 juin 1988 à Arras : Le retour du fils prodige. »

[14L’Humanité, op. cit.

[15Albert Mathiez : Études sur Robespierre, Éditions Sociales/Messidor, 1988, 270 P., P. 17-35.

[16Michel Vovelle : Combats pour la Révolution française, op. cit.

[17Ibid.

[18Ibid.

[19Ibid.

[20Ibid.

[21Ibid.

[22Steven L. Kaplan, op. cit., P. 593-623 : La place de Robespierre., P. 606.

[23Jean-Pierre Jessenne, Gilles Deregnaucourt, Jean-Pierre Hirsch, Hervé Leuwers : Robespierre De la nation artésienne à la République et aux Nations, Centre d’histoire de la Région du Nord et de l’Europe du Nord-Ouest, 1994, 458 P. Conclusion par Jean-Pierre Jessenne.

[24L’Humanité, op. cit.

[25Ibid.

[26Ibid.

[27Ibid.

[28Ibid.

[29Ibid.