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Philippe Lebas : « une juste et nécessaire rigueur. »

mercredi 19 août 2015

LEBAS, (Philippe François-Joseph) [1] : « une juste et nécessaire rigueur. »

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Dessin à la mine de plomb sur papier calque de Philippe Le Bas, exécuté par Jacques-Louis David

Lebas écrit une lettre au citoyen Dumont, représentant du peuple dans le département de la Somme à Amiens, le 5 août 1793. Cette lettre est écrite dans un contexte historique majeur dans l’histoire de la Révolution française : celle-ci prend un tournant.

Le 27 juillet 1793, Robespierre entre au Comité de Salut Public. Il est élu sur la proposition de Saint-André, en remplacement de Gasparin.

Au début du mois d’août 93, les enragés s’agitent de plus en plus belle. Celle-ci est orchestrée par les journaux de Jacques Roux et de Leclerc.

Profitant d’un approvisionnement difficile de Paris, les enragés mobilisent les foules et poussent la Convention à agir. La tactique de la terre brûlée est mise en action en Vendée, des mesures sont prises contre les accapareurs des denrées et la spéculation monétaire.

Marie-Antoinette est transférée du Temple à la Conciergerie pour éviter toutes tentatives d’évasion. Carrier arrive à Caen comme représentant en mission pour prendre des mesures radicales contre l’insurrection.

En un mot, la Nation est en danger et la Révolution entre dans sa phase la plus radicalement engagée. Pour preuve, au terme de la consultation populaire, la constitution de 1793 est ratifiée, mais restera dans l’idéal de tous les révolutionnaires de 1848-1871.

La lettre de Lebas à son collègue Dumont est caractéristique d’un homme engagé dans la nouvelle phase de la Révolution. L’alliance de la Montagne avec le peuple accentue la pression sur les contre-révolutionnaires (aristocrates, accapareurs etc).

Lebas invite Dumont à sauver le citoyen Grandin, un patriote victime des contre-révolutionnaires. Il montre son engagement dans la Révolution assiégée de toutes parts et, pour lui, l’union des patriotes doit permettre de la sauver.

Lebas écrit :
« Je t’ai déjà écrit, mon cher collègue pour te prier de rendre justice au citoyen Grandin. Je connais tes principes et j’applaudis d’autant plus volontiers à leur sévérité, qu’ils ont été et seront constamment les miens. Comme toi, je m’occupe au comité de sûreté générale à déployer contre les traîtres et les hommes suspects une juste et nécessaire rigueur, mais autant nous sommes obligés de sévir contre cette espèce d’hommes, autant nous devons nous attacher à venger les patriotes de leur oppression. C’est parce que je crois que le citoyen Grandin est victime de l’aristocratie, que je t’ai invité que je t’invite de nouveau à t’occuper de son affaire. S’il était coupable. Je suis loin de (…) pour lui de ménagements liberticides, et je suis le premier à t’exhorter à le punir, mais s’il ne l’est pas, comme j’aime à le penser, s’il est toujours tel que je l’ai connu, je ne doute pas que tu ne t’empresses à venir à son secours et à rendre ce nouveau service à la cause des bons citoyens. Je te salue [2]. »

Bernard Vandeplas, Docteur en Histoire Contemporaine, Vice-Président de l’ARBR, les Amis de Robespierre [3]

[1Lebas, est né à Frévent (Pas-de-Calais), le 4 novembre 1764 ; condamné à mort, se suicida le 28 juillet 1794. Avocat en 1789, il assista à la Fédération du 14 juillet 1790, devint l’année suivante administrateur du département du Pas-de-Calais et fut élu en 1792 député à la Convention nationale.
Proche de Robespierre et des Duplay, il épousa la plus jeune des filles de l’hôte de Robespierre. Il entra au Comité de Sûreté Générale, mais il prit peu de part aux travaux de ce Comité, étant pour la plupart du temps en mission avec Saint-Just son ami. Dans la séance du 9 thermidor, Lebas ne voulut pas abandonner ses amis Saint-Just et Robespierre, il demanda à partager le sort de ceux-ci. (D’après le dictionnaire des Conventionnels).

[2Archives privées.

[3D’autres extraits de documents complémentaires à l’Histoire de la Révolution Française alimenteront le site des Amis de Robespierre.