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Quand l’église de Marles-sur Canche (62) « témoigne de la Terreur »

Retour sur un marronnier orienté de la Voix du Nord.

vendredi 17 mai 2019

L’article de la Voix du Nord - 9 mai 2019

En 1783, les échevins de Saint-Omer, cédant aux préjugés les plus obscurs, condamnèrent ce pauvre avocat-savant Vissery à démonter son paratonnerre, cette pointe fine de fer et de cuivre qui attirait les feux du ciel sur la terre pour punir les audomarois de leurs péchés. Grâce à eux, la cité demeurait la seule en Europe, contre toute évidence, protégée de cette diabolique découverte. Il fallut tout le talent de Robespierre, oui, Robespierre lui-même, sans doute déjà envoyé du malin, pour dénoncer ces prétentions ridicules à la France entière et assurer la défense des découvertes scientifiques destinées à assurer le progrès en faveur du peuple.

En 2019, grâce à « La Voix du Nord », (édition régionale du 10 mai 2019) notre célèbre quotidien régional propriété aujourd’hui d’un gigantesque groupe de presse belge [1], nous voilà réconfortés. Les travaux de l’historien Jean-Clément Martin [2] consacrés aux épisodes de le terreur révolutionnaire, ceux de son collègue Leuwers [3] consacrés à la biographie de Robespierre et ceux de nombreux autres en France et à l’étranger auraient pu ébranler nos certitudes. Qu’à cela ne tienne ! La Voix du Nord a déniché un incomparable témoignage jusqu’alors ignoré : la terreur de Robespierre qui, grâce à Tallien et ses sbires, prit fin avec sa chute a bien existé à Marles-sur Canche, petit village picard proche de Montreuil !

Tenez-vous bien, lecteurs assidus ! la Voix du Nord nous en fournit la preuve. Sur les murs de la petite église du petit village de Marles-sur-Canche [4] un révolutionnaire mécréant a écrit « Temple de la Raison et de la ver... » [5], ce à quoi, un brave chrétien a répondu en écrivant juste en dessous « C’est ici la maison de Dieu et la porte du ciel ». Et comme le dit le titre de l’article : « Des témoignages rares de la terreur révolutionnaire ».Y aurait-il eu un massacre, des têtes coupées ? Pourquoi ces questions ? C’était la « Terreur due à Robespierre et son clan [6] », les murs en témoignent !

Nous voilà servis ! Dans ce village tranquille du Montreuillois d’à peine 300 habitants en 1793 cela a dû être terrible en effet.
Qu’on se souvienne d’un autre événement terrible survenu à Velrans au début du vingtième siècle : des jeunes républicains socialistes de Longeverne avaient écrit sur la porte du saint lieu « Tou lé Velrant sont dé paigne ku ! ». Ce à quoi les calotins de Velrans avaient répondu : « Longeverne pique merde, tâte merde, montés sur quat’pieux les diabl’te tir’ à eux ! [7]

Certes, nous voulons bien convenir avec notre journaliste que la première inscription peut référer à un épisode la Révolution correspondant à la mise en œuvre locale du décret du 18 floréal an II (07/05/1794) [8], instituant le culte de l’Être Suprême et garantissant la liberté des cultes (ce que l’on oublie trop souvent de préciser) mais en aucun cas à la terreur.

Le Marlois qui osa cette inscription découvrit sans doute, après le 10 thermidor, qu’il risquait gros car les remplaçants de Lebon, rappelé à Paris et mis en état d’arrestation dès le 2 août 1794, n’ont eu aucune pitié pour les jacobins ou ceux ayant soutenu de près ou de loin Robespierre ou Lebon. La terreur se poursuivit bien après la « chute de Robespierre » et des milliers de patriotes furent guillotinés, ou assassinés ou persécutés jusqu’en 1796.

Quant à l’autre, qui rappela aux yeux de tous que les biens du clergé devaient bien demeurer « les biens du clergé », on ne sait rien non plus. Était-il un propriétaire local, spéculant sur la vente des grains et provoquant ainsi la terreur de la faim parmi la population ? Était-il un journalier tourbier, authentique et sincère soutien d’un clergé catholique particulièrement antirévolutionnaire dans le Pas-de-Calais en guerre à cette époque ?

Qu’importe tout cela ! Nous sommes désormais informés ; nous tenons un témoignage incontestable de l’expression de la terreur robespierriste dans ce petit village tranquille du bord de Canche ; et si nous étions Marlois, nous revendiquerions séance tenante une subvention auprès de Stéphane Bern et Laurent Deutsch », pour assurer la défense de cet important patrimoine et en faire un haut lieu touristique .

Redevenons un brin sérieux, cependant. Nous ne saurions en quoi que ce soit nous en prendre à la liberté de la presse et celle des journalistes. Mais nous ne sommes pas dupes non plus des conditions de dans lesquelles s’exerce cette liberté. Cela ne doit pas être simple au quotidien d’avoir la possibilité et le temps de vérifier et contrôler ses sources pour instruire le lecteur.

André Wurmzer, journaliste lui-même, prétendait que les écoles de journalisme enseignent qu’un chien qui mord un homme ne constitue pas une information. Pas de quoi fouetter un chat. Qu’un homme alors morde un chien, voilà le scoop. Que faut-il penser alors de nos deux inscriptions ?Où est donc le scoop ?

Nous ferons alors deux bien modestes suggestions à notre journal régional qui se dit par ailleurs préoccupé de valoriser la vie associative locale.

Ainsi, quand l’ARBR invite Mme la Docteure Marianne Gilchrist, historienne de l’Art britannique, à parler de l’art du portrait à l’époque révolutionnaire au Musée des Beaux Arts d’Arras et mobilise une cinquantaine d’auditeurs, cela pourrait peut-être constituer une information et donner lieu à un petit compte-rendu pour éviter le marronnier. Ce n’est pas tous les jours qu’une personnalité universitaire étrangère vient parler des portraits de Robespierre et autres célébrités contemporaines dans sa ville natale.

Mais hélas, elle n’a mordu personne, et même si les auditeurs l’ont harcelée... ce n’était que de questions. Sa venue, tout comme notre colloque de 2017 (quinze interventions 125 participants) auraient pu donner lieu à un billet, une petite photo. Ce sera sans doute pour une autre fois.

Nous formulons également notre seconde proposition aux rédacteurs intéressés par l’histoire locale : consultez notre site, cela éviterait bien des préjugés historiques. Il regroupe plus de quatre cents articles. Vous y découvrirez, entre autres, dans le détail, les conditions des missions de Lebon pour le Pas-de Calais et de Dumont pour la Somme que leur avait confiées le Comité de Salut Public sous le contrôle de la Convention et que l’on range parmi les épisodes de la terreur. Cette mise en perspective historique de la période évoquée aiderait sans aucun doute à comprendre le pourquoi et les limites des inscriptions sur le mur de l’église Saint-Martin de Marles-sur-Canche [9].
Le Contenu de l’article

Article paru en page régionale le vendredi 9 mai 2019

Se renseigner sur les missions de Lebon et de Dumont dans le Pas-de-Calais, la Somme et l’Oise c’est ici :

Alcide Carton
Président de l’ARBR

[1Le groupe Rossel est un groupe de presse belge connu avant tout pour être l’éditeur du 2e quotidien national francophone au plus grand tirage en Belgique « le Soir ». Il inclut aujourd’hui une centaine de sociétés et se définit à présent comme un « groupe de médias d’information »

[2Martin Jean-Clément : Les échos de la terreur . Vérités sur un mensonge d’état Editions Belin, Paris, 2019

[3Leuwers Hervé : Robespierre, biographie, Editions Fayard, Paris, 2014

[4Marles-sur-Canche :arrondissement de Montreuil-sur-Mer.

[5Le bout du mot aurait été effacé

[6Allusion du journaliste, sans doute à l’action de Lebon et de Dumont, envoyés en mission par la Convention en 1793

[7Pergaud Louis : La Guerre des boutons, 1912 Editions Mercure de France réédité en livre de poche 1972

[8Voir le site de l’ARBR : www.amis-robespierre.org

[9Roger Rodière (1870-1944) est un historien français, membre de la Société des antiquaires de Picardie et fondateur du musée qui porte son nom (musée d’art et d’histoire Roger-Rodière) à Montreuil (Pas-de-Calais).