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Qui a fait notre glorieuse Révolution ? Sont-ce les riches ?

Robespierre dans le texte

lundi 14 novembre 2016

Extraits de l’important discours sur « L’organisation des gardes nationales » prononcé par Robespierre le 5 décembre 1790

L’extrait : « L’organisation des Gardes Nationales »

ROBESPIERRE, DANS LE TEXTE

Qui a fait notre glorieuse Révolution ? Sont-ce les riches ?

Serment des gardes nationaux

...Allons plus loin : ces mêmes hommes dont nous par­lons sont-ils suivant vous des esclaves, des étrangers ? ou sont-ils citoyens ? Si ce sont des esclaves, des étrangers, il faut le déclarer avec franchise et ne point chercher à dé­guiser sous des expressions nouvelles et assez obscures. Mais non ; ils sont en effet citoyens ; les représentants du peuple français n’ont pas dé­pouillé de ce titre la très grande majorité de leurs com­mettants ; car on sait que tous les Français sans aucune dis­tinction de fortune ni de coti­sation, ont concouru à l’élec­tion des députés à l’Assem­blée nationale : ceux-ci n’ont pu retourner contre eux le pouvoir qu’ils en avait reçu, leur ravir les droits qu’ils étaient chargés de maintenir et d’affermir, et par cela même anéantir leur propre autorité, qui n’est autre que celle de leurs commettants ; ils ne l’ont pas pu ; ils ne l’ont pas voulu, ils ne l’ont pas fait. Mais si ceux dont nous par­lons sont en effet citoyens, il leur reste donc des droits de cité ; à moins que cette qualité ne soit un vain titre et une dérision. Or, parmi les droits dont elle rappelle l’idée, trouvez m’en, si vous le pouvez, un seul qui y soit plus essentiellement attaché, qui soit plus nécessairement fon­dé sur les principes les plus inviolables de toute société humaine ; que celui-ci : si vous le leur ôtez, trouvez moi une seule raison de leur en conserver aucun autre. Il n’en est aucune. Reconnaissez donc comme le principe fondamental de l’organisation des gardes nationales, que tous les citoyens domiciliés ont le droit d’être admis au nombre des gardes nationales, et décrétez qu’ils pourront se faire inscrire comme tels dans les registres de la com­mune où ils demeurent.

C’est en vain qu’à ces droits inaliénables on voudrait op­poser de prétendus inconvénients et de chimériques ter­reurs. Non, non ; l’ordre social ne peut être fondé sur la violation des droits imprescriptibles de l’homme, qui en sont les bases essentielles. Après avoir annoncé d’une manière si franche et si imposante, dans cette déclaration immortelle où nous les avons retracés qu’elle était mise à la tête de notre code constitutionnel afin que les peuples fussent à portée de la comparer à chaque instant avec les principes inaltérables qu’elle renferme, nous n’affecterons pas sans cesse d’en détourner nos regards sous de nou­veaux prétextes, lorsqu’il s’agit de les appliquer aux droits de nos commettants et au bonheur de notre patrie.

L’humanité, la justice, la morale ; voila la sagesse des législateurs : tout le reste n’est que préjugé, intrigue, mauvaise foi. Partisans de ces funestes systèmes, ces­sez de calomnier le peuple et de blasphé­mer contre votre souverain, en le repré­sentant sans cesse indigne de jouir de ses droits, méchant, barbare, corrompu ; c’est vous qui êtes injustes et corrom­pus ; ce sont les castes fortunées aux­quelles vous voulez transférer sa puis­sance. C’est le peuple qui est bon, pa­tient, généreux ; notre Révolution, les crimes de ses ennemis l’attestent : mille traits récents et héroïques, qui ne sont chez lui que naturels, en déposent. Le peuple ne demande que tranquillité, jus­tice, que le droit de vivre ; les hommes puissants, les riches sont affamés de dis­tinctions, de trésors, de voluptés.

L’intérêt, le vœu du peuple est celui de la nature, de l’humanité ; c’est l’intérêt général. L’intérêt, le vœu des riches et des hommes puissants est celui de l’am­bition, de l’orgueil, de la cupidité, des fantaisies les plus extravagantes, des passions les plus funestes au bonheur de la société. Les abus qui l’ont désolée furent toujours leur ouvrage ; ils furent toujours les fléaux du peuple.

Aussi, qui fit notre glorieuse révolution ? Sont-ce les ri­ches ? Sont-ce les hommes puissants ? Le peuple seul pouvait la désirer et la faire ; le peuple seul peut la soute­nir par la même raison et l’on ose nous proposer de lui ravir les droits qu’il a reconquis ! On veut diviser la na­tion en deux classes dont l’une ne semblerait animée que pour contenir l’autre, comme un amas d’esclaves toujours prêts à se mutiner ! et la première renfermerait tous les tyrans, tous les oppresseurs, toutes les sangsues publi­ques, et l’autre le peuple ! Vous dires après cela que le peuple est dangereux à la liberté : ah ! il en sera le plus ferme appui, si vous la lui laissez...

Incorruptible n° 74 page 8 décembre 2010