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Robespierre. Portraits croisés.

sous la direction de Michel Biard et Philippe Bourdin.

mardi 3 mars 2015

Robespierre. Portraits croisés, sous la direction de Michel Biard et Philippe Bourdin. Éditions Armand Colin, 2012, 224 pages, 24,50 euros.

Un ouvrage collectif qui restitue la vérité scientifique sur le rôle essentiel en son temps de l’« Incorruptible » pour la promotion de la citoyenneté et la défense de la République.

Écrite dès les lendemains de la mort de l’Incorruptible, notamment par des Conventionnels désireux de faire oublier leur propre responsabilité dans l’application des politiques répressives de 1793-1794, la légende noire de Robespierre n’a cessé d’être reprise tout au long des XIXe et XXe siècles.

Or, en ce début du XXIe siècle, elle se porte toujours à merveille et continue d’avancer masquée auprès du grand public. Ainsi, en septembre 2011, la revue Historia osait consacrer un dossier à «  Robespierre : le psychopathe légaliste  ».

Le 23 janvier 2013, France 3 diffusait pour la troisième fois en moins d’un an une émission intitulée Robespierre : bourreau de la Vendée ?. On pouvait y entendre d’autoproclamés historiens n’hésitant pas à proférer les pires inepties, faisant de Robespierre un «  tyran  », un «  dictateur  », qui aurait été le principal «  inspirateur  » des massacres de Vendée, lesquels préfigureraient les « Einsatzgruppen nazis ».

Robespierre n’est plus seulement le précurseur du stalinisme mais aussi un Hitler avant l’heure !

Dès lors, dans ce contexte où les fables, les anachronismes et autres raccourcis aberrants sur l’action de Robespierre peuvent s’appuyer sur d’importants relais médiatiques et politiques, la publication de cet ouvrage est particulièrement bienvenue.

En quinze articles synthétiques, clairs et donc parfaitement accessibles à un public large, dix-sept historiens universitaires spécialistes de la Révolution française dressent des portraits thématiques, nuancés et, surtout, contextualisés de l’action et des positions de Robespierre en tant qu’avocat, militant, député ou membre du Comité de salut public. Plusieurs articles font un sort à l’image du Robespierre tyran sanguinaire, inspirateur et unique responsable des violences commises sous la Terreur.

Ils montrent ainsi qu’elle relève de la caricature, tout en soulignant que relayer cette fable peut être un moyen redoutablement efficace pour discréditer des pans entiers de l’expérience révolutionnaire, voire toute idée et tout projet de transformation profonde de la société.

Cet ouvrage nous rappelle par ailleurs que Robespierre est un homme de son temps, que ses combats et son action politiques sont partagés par d’autres que lui et ne peuvent se comprendre si on les sort de leur contexte, qu’il s’agisse de défendre l’accès à la citoyenneté politique des libres de couleur, de lutter contre la pauvreté et la misère ou de mettre en œuvre une dictature provisoire sans dictateur au nom de la défense de la République.

Jean-Baptiste Le Cam, historien. in l’Humanité du 20 février 2013

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