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Jean-Baptiste BELLEY, dit Mars
[Age inconnu en 1789]
belley
Sénégal (Gorée ?) dans la première moitié du XVIIIème siècle, Belle-Ïle-en-Mer après 1806.

On sait très peu de choses du premier député noir à la Convention. Né en Afrique, au Sénégal, il fut déporté à Saint-Domingue dans son enfance et demeura esclave durant sa jeunesse. A une date indéterminée, il acquit la liberté grâce à ses propres économies et ouvrit un commerce au Cap. En 1777, il fit partie des volontaires qui suivirent l’amiral d’Estaing dans la campagne de Savannah, et c’est probablement alors qu’il acquit son surnom de Mars, en récompense de sa valeur militaire et de sa bravoure. On connaît mal son rôle dans les événements de Saint-Domingue jusqu’en 1793, si ce n‘est qu‘il s‘engagea dans l‘armée dès que le décret du 4 avril 1792, qui donnait les droits civiques et politiques aux hommes de couleur, le lui permit, et qu‘il y fit une rapide carrière. En juin de l‘année suivant, il fit partie des alliés de couleur des commissaires civils de la République, Sonthonnax et Polverel, contre le gouverneur Galbaud. Le 20 juin, il repoussa la première attaque contre le Cap en tant que commandant du 16ème régiment. Il fut élu député à la Convention lors des élections du 24 septembre et s’embarqua pour la métropole en compagnie de deux de ses cinq collègues, Dufay et Mills. Lors d’une escale à Philadelphie, il fut insulté par des émigrés, qui contestèrent son grade dans l’armée en raison de sa couleur, et leur répondit avec esprit que « quand on sait sauver les Blancs et les défendre, on peut bien les commander ». Débarqué à Lorient en janvier 1794, il fut comme ses deux collègues accusé par Victor Hugues, à cause de ses relations avec Sonthonax, d’être un complice des Girondins, et incarcéré à titre préventif. Mais une lettre énergique à la Convention le fit rapidement libérer et le 3 février 1794, il prit siège officiellement à l‘Assemblée. Son entrée fut saluée par des acclamations, et à la demande de Lacroix, le président (c’était Vadier) donna l’accolade aux deux députés noirs. Le lendemain, l’abolition de l’esclavage fut votée à l’unanimité et sans discussion. Le 11 février, lors de la fête organisée par la Commune pour célébrer l’événement, Belley fit un discours où il rappela son sort d’ancien esclave, concluant : « Je n’ai qu’un mot à vous dire : c’est le pavillon tricolore qui nous a appelé à la liberté. C’est sous ses auspices que nous avons recouvré cette liberté, notre patriotisme et le trésor de notre prospérité et tant qu’il restera dans nos veines une goutte de sans, je vous jure, au nom de mes frères, que ce pavillon flottera toujours sur nos rivages et dans nos montagnes ». C’était une façon habile (et certainement sincère) de marquer l’attachement des nouveaux citoyens à la République, alors qu’elle pouvait encore être mise en doute : une grande partie des esclaves soulevés dans l’île étaient les alliés des Espagnols, et la redoutable armée de Toussaint-Louverture, à cette date, faisait encore profession de royalisme en arborant le drapeau fleurdelisé. ALIGN="JUSTIFY">Belley se préoccupa, en même temps que ses deux collègues, de l’application du décret, et surtout de détruire à Paris les effets néfastes de la propagande pseudo républicaine des colons esclavagistes. Les trois hommes écrivirent au CSP pour lui donner des preuves de la collusion entre colons et royalistes, et obtinrent l’arrestation des principaux activistes. Belley siégea par la suite à la Convention jusqu‘à la fin de la session, sans y jouer un rôle important. IL essaya, semble-t-il, de contrer la lente reprise de l’influence des colons esclavagistes dans les sphères gouvernementales, mais sans succès. En 1801, ayant repris sa carrière militaire, il accompagna Rigaud dans l’expédition de Leclerc, en tant que chef de brigade de gendarmerie. Mais il fut bientôt arrêté pour avoir tenu des « propos séditieux », mis au fers et déporté dans la forteresse de Belle-Isle-en-Mer. On ignore son sort exact. Lié avec Placide Louverture, un des fils de Toussaint, il correspondait encore avec lui en 1806 et semblait à cette date espérer pouvoir être libéré. La date de sa mort est inconnue.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cava révolution française