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Nicolas de BONNEVILLE (1760-1828)
[29 ans en 1789]
Evreux 1760, Paris 1828Fils d’un procureur, il eut une jeunesse agitée. Il quitta la collège avec pertes et fracas, sous prétexte qu’un professeur de philosophie avait mal lu un texte de Rousseau, qu’il adorait. A vingt ans, il « monta » à Paris sans projet particulier, et vécut de divers petits travaux littéraires, notamment des traductions que lui procurait d’Alembert. En 1786, il se rendit en Angleterre. Il y fut initié à la franc-maçonnerie et commença de s’intéresser à des questions politiques. Lors de la campagne pour les Etats Généraux, il lança son premier journal, Le Tribun du Peuple, qui paraissait sous forme de Lettres hebdomadaires. Il se fit élire (contre Marat) président du district des Carmes, puis devint membre de la première Commune où il fut fort actif. Fut-il à l’origine de l’idée de créer une Garde Nationale ? Ce n’est pas certain, bien qu’on l’affirme souvent. En octobre, il s’engagea dans la création de la Bouche-de-Fer, entreprise originale qu’il définit ainsi : « Une Bouche de Fer, d’où sortiraient les plaintes, les révélations, les encouragements, les essais dans tous les genres, et surtout les conseils des amis de l’humanité. » Au Cercle social, animé par Fauchet et dont Bonneville était membre, on installa donc une « boîte à lettres » de fer, en forme de gueule de lion, où des écrits divers furent déposés par le public. Triés par les associés du Cercle, ils parurent dans le journal du même nom, à partir du 13 octobre 1790. C’était une très belle idée, originale, mais Bonneville et ses amis ne surent pas très bien la mettre en oeuvre. Ils laissèrent passer des quantités de textes bizarres, qui leur valurent d’être traités de fous. Mais Bonneville avait lui-même des idées particulières et fortes : il prônait la liberté de la presse, la suppression du culte catholique, le partage des terres en faveur des plus pauvres. Il souhaitait également l’établissement d’une « religion universelle », dont les prêtres seraient les philosophes et les savants. Les sources de sa réflexion sont bien entendu à rechercher dans la pensée maçonnique, mais il alla parfois plus loin : il conseilla ainsi la mise en commun des femmes. Quant il ne méditait pas le bonheur de l’humanité par des méthodes radicales, Bonneville s’occupait avec zèle des subsistances de la ville de Paris, ce qui lui valut d’être décoré par le comte de Provence en personne de l’ordre du Mont-Carmel (la Révolution est pleine de ces détails cocasses). Il publia en 1790 une lettre ouverte à Louis XVI, qu’il apostrophait en termes émus  « O mon père ! O Louis XVI !» Il lui donnait des conseils de conduite.Son journal, trop original, disparut assez tôt, dès juillet 91, et il ne put se faire élire ni à la Législative, ni à la Convention. Epouvanté par la violence révolutionnaire, et spécialement par celle des massacres de septembre, il s’associa aux Girondins pour la dénoncer. Il assistait aux débats parlementaires dans les tribunes, il se disputa parfois avec Marat, qui n’avait pas oublié leur rivalité et un jour le traita aimablement, depuis son siège de député, d’ « aristocrate infâme et entremetteur de Fauchet ». Les deux ennemis vociférèrent si fort que ce fut un scandale... Arrêté avec les Girondins, Bonneville ne fut pas jugé et fut libéré après Thermidor. Il lança un peu plus tard un nouveau journal, en association avec Mercier, Le Bien Informé, où il attaquait violemment Bonaparte. Cela lui valut de retourner en prison. Il resta sous surveillance jusqu’à la fin de l’Empire, puis devint bouquiniste au quartier latin. Il n’abandonna jamais ses idées étranges et généreuses, qui en font un des personnages les plus curieux, mais aussi des plus touchants de la Révolution.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier révolution française