François CHABOT (1756-1794)
[33 ans en 1789]

Né le 23 octobre 1756 à Saint-Geniez d’Olt (Aveyron), mort à Paris le 5 avril 1794.
Né aux abords d’un monastère dans une famille très modeste (son père était cuisinier du couvent), il entra « naturellement » dans les ordres, à seize ans, chez les Capucins de Rodez. Ses qualités intellectuelles lui permirent de faire rapidement carrière. Ordonné prêtre, il occupe la maîtrise des novices dans son monastère. Mais il était plus porté aux lectures profanes, et même philosophiques, c’à celle des ouvrages de piété. A partir de 1788, suite à un prêche particulièrement sulfureux, il fut censuré par l’épiscopat de Rodez et se retrouva prisonnier et condamné au silence.
La suppression des ordres monastiques lui permit de quitter son couvent ; il adhéra avec enthousiasme à la Constitution Civile du Clergé, tout en figurant parmi les fondateurs de la Société des Amis de la Constitution de sa ville ; en 1790, il répondit à l’abbé Grégoire lors de l’enquête de ce dernier sur les patois, ce qui permit d’entretenir une correspondance avec lui et de faire bonne impression ; lorsque Grégoire fut élu au siège épiscopal du Loir-et-Cher, il offrit à Chabot le poste de vicaire général.
Elu par son département à la Législative, Chabot acquit rapidement une réputation brillante mais équivoque. Spécialisé, avec ses amis Merlin de Thionville et Basire, dans la dénonciation outrancière de la Cour et du « Comité autrichien », membre du Club des Cordeliers, il devint une personnalité parisienne en vue, suscitant admiration ou sarcasmes. Des épigrammes circulaient sur les trois Cordeliers, comme celle que rapporte Hua dans ses Mémoires.
Connaissez-vous rien de plus sot
Que Merlin, Basire et Chabot ?
Non je ne
connais rien de pire
Que Merlin, Chabot et Basire
Et personne n’est plus coquin
Que Chabot, Basire et Merlin.
Patriote prononcé, il siégea à l’extrême gauche de l’Assemblée et se fit un nom aux Jacobins, attaquant La Fayette, réclamant la déchéance du roi en juillet 92. Son rôle dans les massacres de septembre n’est pas clair. Il se rendit dans les prisons à la demande de l’Assemblée, mais semble avoir plutôt encouragé qu’enrayé les massacres.
Il fut réélu à la Convention peu après, et siégea naturellement sur la Montagne. Mais il jouait déjà double jeu : lors du procès du Roi, où il vota la mort, il servit d’intermédiaire occulte entre la Convention et l’agent espagnol Ocariz, dont il reçut une somme énorme pour acheter les votes des députés. Il entra au Comité de Sûreté Générale, ce qui lui permit d’organiser un fructueux trafic de passeports et de décrets de libération : menant grand train, peu scrupuleux, il avait de considérables besoins d’argent et ne craignit pas de tomber dans l’escroquerie la plus sordide. Il partit bientôt en mission, en compagnie de Bô, dans l’Aveyron où il se signala par de curieux prêches « patriotiques » comme celui qu’il fit dans l’église de Castres : « Quelle est ma loi ? demanderez-vous ? Je réponds, la loi naturelle, celle qui dit : pauvres, allez chez les riches, filles, allez avec les garçons. Obéissez à tous vos instincts. »
Ces belles paroles ne lui valurent guère de succès et il fut bientôt rappelé.
Il multiplia toujours d’avantage les dénonciations, contre Fauchet qu’il accusa en juillet 93 d’avoir commandité le meurtre de Marat, contre Lasource,
Condorcet et tant d’autres : sa déposition mensongère au procès des Girondins, d’un ignoble cynisme, est restée célèbre. De nouveau en mission, cette
fois à Amiens soulevée contre la Convention, il échoua à pacifier la ville et dut s’enfuir peu glorieusement. De retour à Paris, il se lança dans la spéculation
boursière, aventure où il fut soutenu par les frères Frey, riches aventuriers autrichiens, émissaires secrets du roi de Prusse chargés d’acheter des partisans à la
coalition. Il épousa leur soeur Léopoldine, sans la connaître, mais pour une dot de deux cent mille livres, et leur procura en retour sa protection, les faisant libérer
lorsqu’ils furent arrêtés comme espions. Le procès de la Reine lui fut l’occasion de reprendre ses activités secrètes et de tirer de nouveau de l’argent des royalistes,
en faisant semblant de soutenir le projet d’évasion concocté par Batz : comme en janvier 93, les sommes versées pour l’entreprise restèrent dans sa poche. Mais le scandale de
la Compagnie des Indes le perdit. Avec Delaunay, Julien de Toulouse et probablement Fabre d’Eglantine, il avait spéculé sur la baisse des actions de la compagnie et connu, voire
initié, la falsification du décret de liquidation. Quand l’affaire tourna mal, il espéra s’en tirer en dénonçant ses complices et quelques autres, sans scrupules mais non sans un certain sens de la mise en scène : Robespierre a raconté comment Chabot
l’avait un matin tiré du lit pour lui dénoncer en vrac Fabre, Delaunay, Julien, Hébert, mêlant une histoire de falsification de décret à une romanesque tentative d’évasion de
Marie-Antoinette, et lui montrant une somme de cent mille livres reçue selon ses dires pour corrompre Fabre. L’Incorruptible écouta le bavard en silence et le renvoya au Comité de
Sûreté Générale où il fit enregistrer sa dénonciation. Puis il le fit arrêter, ce qui paraissait prudent. Mis en prison au Luxembourg, Chabot tenta de se justifier en continuant ses
dénonciations, notamment dans une série de lettres dont il bombarda l’Incorruptible pendant que celui-ci préparait son rapport (qui ne fut jamais lu ni publié) sur l’affaire. Malgré des
déclarations de bonne volonté assez déplorables, notamment le rejet de ses beaux-frères qu’il vilipenda et voua sans scrupules à la mort en tant qu’étrangers après avoir tant reçu d’eux,
croyant sans doute se racheter en flattant les tendances xénophobes de son correspondant, il ne parvint à se disculper ni aux yeux de Robespierre, ni à ceux du Tribunal Révolutionnaire.
Il tenta sans succès de se suicider en apprenant sa mise en accusation, et fut condamné à mort en même temps que Danton et ses partisans.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier
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