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Sébastien Roch Nicolas, dit CHAMFORT (1741-1794)
[48 ans en 1789]
Clermont-Ferrand 1741- Paris1794Il était bâtard
et ne connut jamais ses parents. Mais il fut recueilli par une femme, Thérèse Ceuset, et bénéficia d’une bonne éducation. Il fit des études au collège des Grassins à Paris,puis devint précepteur. Il eut
un grand succès dans les salons, pour son esprit et sa beauté, qui passait pour éblouissante, pour sa légèreté aussi.Rivarol le surnomma charitablement « un brin de muguet monté sur un pavot ».Il
publia de nombreux textes en vers et en prose, reçut des prix, dont celui de l’Académie. Ses pièces de théâtre, comme
Le marchand de Smyrne,eurent beaucoup de succès. Mais une grave maladie (sans doute
une syphilis mal soignée) le défigura horriblement et l’affaiblit. Néanmoins, grâce au soutien de Madame Helvétius, il put se remettre au travail, et en 1776 sa tragédie
Mustapha et Zéangir lui valut
une pension du Roi (qui avait pleuré,dit-on, en la voyant représentée).
Il devint secrétaire du prince de Condé,puis de Madame Elizabeth, et fut reçu à l’Académie Française en 1781.Ami de Mirabeau, proche de Talleyrand,
il accueillit la Révolution avec joie, bien qu’elle lui ait fait perdre sa place et sa pension. Il fit partie des « faiseurs » de Mirabeau, dont il écrivit les plus célèbres discours. Il inventa
dit-on, le titre de la célèbre brochure de Sieyès,
Qu’est-ce que le Tiers Etat ?Il collabora au
Mercure, et fonda avec La Fayette, Talleyrand, Sieyès,Condorcet et Brissot,
la « Société de 1789 ».Les Girondins l’apprécièrent fort, et Roland le fit nommer en 1792 administrateur de la Bibliothèque Nationale.
Il polémique cruellement contre les Académies, dénonçant leurs tares et réclamant leur suppression. Mais il ne put se résoudre à suivre les Montagnards dans leur politique de violence, et il les attaqua avec
force à partir de 1793, notamment dans les
Tableaux historiques de la Révolution Française, brillante satire des chefs et des milieux terroristes, où il analyse avec clairvoyance le rôle de la bêtise
et de la colère dans les excès de la période. Dénoncé, il fut emprisonné aux Madelonnettes, puis bientôt libéré. Mais il fut à nouveau dénoncé, et de crainte d’être encore emprisonné il tenta de se suicider
en se coupant la gorge. Il n’y réussit pas, mais ne s’en remit jamais, et en avril 1794 il mourut des suites de ses blessures. Seul Sieyès eut le courage de suivre son cercueil. Chamfort fut la victime de la
bêtise qu’il avait tant dénoncée, car il était toujours demeuré fidèle à la Révolution, lui qui avait écrit : « Moi,tout ; le reste, rien : voila le despotisme et l’aristocratie, leurs
partisans. Moi, c’est un autre ; un autre, c’est moi : voila le régime populaire et ses partisans. Choisissez. »En 1795 parut son
chef d’œuvre, posthume :
Maximes et
pensées, caractères et anecdotes.Il s’agit de fragments, écrits au jour le jour sur des carrés de papiers,que publia son ami Guinguené, sous le titre de
Produits de la civilisation perfectionnée.
On sait aujourd’hui que les fragments publiés ne représentent qu’une petite partie de ce qu’avait écrit Chamfort, et que les textes ont été expurgés par prudence. Il n’y a rien sur Danton, sur Marat, sur
Robespierre, ni sur la Terreur alors même que c’était le sujet de prédilection de Chamfort. On est en droit de le regretter, mais il reste heureusement ce que Chamfort avait consacré à l’Ancien Régime,
et la critique d’un « siècleinfâme », où le pouvoir se fonde sur la misère et le renversement systématique de la morale au profit des forts, y est celle d’un moraliste, même doublé
d’un misanthrope désenchanté : admirable et magnifiquement moderne.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier
