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François Athanase CHARETTE de la Contrie, dit "Le Roi de la Vendée"

(1763-1796)
[26 ans en 1789]
François-Athanase Charette de
la Contrie est le troisième enfant d’une famille dont la descendance italienne par le marquis de Final, Galeas Caretto, n’a jamais été prouvée (la femme de Perrot Caretto, fils du marquis,
serait issue de la branche bretonne de la famille Charette). Le premier Charette dont l’existence est certaine, est seigneur de Trévignez et a vécu en 1334. Il est armé chevalier par
Duguesclin à la bataille de Chisey en 1370.
François-Athanase, né le 2 Mai 1763 à Couffé, appartient à la treizième génération.Il entre à
l’école des Gardes de la Marine en 1779 et compte en 1790, onze campagnes à son actif. Les rapports de ses supérieurs militaires sont parfaitement contradictoires : nonchalant et
dépourvu d’ambition pour certains, intrépide pour les autres.Il épouse le 25 Mai 1790 Madame Marie-AngéliqueJosnet de la Doussetière et ils
s’installent au manoir de Fonteclause, prèsde La Garnache. Très vite, le chevalier s’ennuie. Il satisfait son besoin d’activités par des chasses et ne manque aucun bal des châteaux environnants.
Bien qu’il désapprouve le principe de l’émigration, il part finalement pour Coblentz. Il ne tarde pas à revenir en France pour défendre la famille royale aux Tuileries, le 10 Août 1792.
Il échappe au massacre mais sur le chemin du retour, il est arrêté à Angers et relâché grâce à l’intervention de Dumouriez.
Le 14 Mars 1793, les maraîchins et les Paydrets(habitants du marais et du pays de Retz) viennent le chercher pour le mettre à leur tête.
Armés de fusils de chasse, puis de piques enlevées aux Gardes Nationaux qui leur vaudra le surnom " d’armée des piques", ils se dirigent vers Machecoul qui
a été envahie et pillée quelques jours plutôt.
Les premiers mois, hormis quelques coups de main de peu d’intérêt stratégique,Charette témoigne d’une certaine prudence.
Il semble avoir peu d’autorité devant ces hommes qui sont difficiles à conduire. Intrépides buveurs, ils vont au feu en chantant mais sont également prompts à la panique.
Plus tard,Charette aura de meilleurs éléments dont des déserteurs républicains, et une cavalerie d’élite composée de nobles et de bourgeois équipés à leursfrais.
Les revers éprouvés à la
fin d’avril ont accru autour de lui la méfiance des soldats, l’animosité des autres chefs. Il a besoin d’un succès. Les Républicains lui apportent le 30 Avril 1793 lorsqu’ils veulent prendre Legé.
Cette victoire nécessaire pour Charette augmente la confiance des paysans, elle procure des fusils et des munitions.Après la prise de Saumur par la Grande
Armée Catholique et Royale, Lescure demande le concours de Charette pour l’attaque de Nantes. Le 29 Juin, à deux heures du matin, le chevalier est seul en ligne au sud de La Loire. La Grande Armée est
retenue dans un combat entre Ancenis etNantes. La mauvaise synchronisation des armées vendéennes et la défense acharnée des patriotes conduiront à l’échec de la prise de Nantes par
les" blancs ".Le 14 Août, quinze jours après un premier échec à Luçon, une nouvelle attaque est programmée et le concours de
Charette est de nouveau demandé. La veille de la bataille, le chevalier assiste au conseil de guerre. M. de Lescure expose le plan : l’aile gauche sera commandée par Charette et soutenue
par lui-même, D’Elbée commandera le centre avec Stofflet, La Rochejaquelein dirigera l’aile droite.
Tout comme à Nantes, les corps d’armée ne sont pas synchronisés. D’Elbée et La Rochejaquelein
sont en retard. Charette, impatient, se lance dans la bataille et enlève deux canons, mais D’Elbée n’est toujours pas en ligne.Le général républicain Tuncq profite de l’occasion et porte ses forces sur
le centre. Charette doit battre en retraite. Les pertes vendéennes sont importantes et c’est l’armée du chevalier qui en subit la plus conséquente.Le 5 Septembre,
Charette apprend l’arrivée des Mayençais. Le 18 Septembre, aux environs de Tiffauges, Charette et la GrandeArmée Catholique et Royale sont de nouveau rassemblés à Torfou. Le lendemain,les premiers coups de
feu sont échangés. Kléber lance un bataillon à droite et un autre à gauche de Torfou pour l’encercler. Les Vendéens battent enretraite. Kléber alors appelle de nouvelles réserves et fait battre la charge ;cette
fois-ci, les Vendéens pris de panique s’enfuient. D’Elbée entre enligne et Bonchamps tente de déborder la gauche des Républicains. C’est une armée montante qui submerge le plateau de Torfou. Kléber fait avancer
quatre pièces de canon mais il est atteint d’une balle à l’épaule. Il s’aperçoitalors que son centre a fléchi et voit pour la première fois, fuir ses Mayençais !
Les Royalistes décident de profiter de la
victoire en poursuivant l’ennemi.Ils attaquent Montaigu où le général Beysser se laisse surprendre. Le 22 Septembre, les chefs royalistes décident qu’il faut soutenir Bonchamps qui talonne Kléber. Mais Charette et
Lescure décident de marcher sur Saint-Fulgent où l’armée Républicaine des Sables est arrivée. Cette désobéissance aune conséquence immédiate : de retour à Montaigu, Charette apprend queKléber a échappé à
Bonchamps. Il rassemble son armée et retourne à Legé.Charette vise maintenant un point stratégique enl’île de Noirmoutier. Cette île présente une particularité :
elle est accessible à pied sec à marée basse par une chaussée appelée le Gois. Ce chemin, constitué d’une succession de bancs de sable, a été découvert en1770 et n’est connu que de passeurs de la région. Mais
lorsque la mer revient, c’est un courant très violent qui recouvre rapidement le Gois.Le 30 Septembre, Charette aborde la chaussée à la tête de son armée. Un coup de canon
jette le trouble parmi eux et lechevalier les ramène à Legé.
Le 12 Octobre, il dirige une nouvelle expédition contre Noirmoutier. Il fait entrer ses hommes dans le Gois à marée montante, et ceux-ci ne peuvent
donc qu’avancer ou ... être engloutis par les eaux.
Les Vendéens mettent vite en déroute deux compagnies de canonniers et le bataillon de volontaires qui défendent l’île.
Le chevalier Tinguy est nommé
commandant. Trois cents républicains sont faits prisonniers. Charette se propose de les échanger contre des Royalistes mais lagarde en est confiée à Pajot qui les fait tous fusiller.
Le 8 Novembre, Haxo quitte Nantes à la tête de 6000 hommes pour reprendre Noirmoutier. Poursuivi pendant le mois de Novembre,Charette est refoulé jusqu’à Bouin où il est
encerclé par les Républicains.Avec ses hommes, ils s’échappent par une issue non gardée signalée par unhabitant.
Le chevalier entraîne ses soldats et épuisés, après plusieurs jours demarche, ils arrivent
aux Herbiers. Puisque toutes les bandes du marais et du Pays de Retz sont réunies, l’élection du général en chef peut être proposée.Le chevalier Couëtus est choisi mais refuse. Il propose d’élire le chevalier
Charette.
Le 9 Décembre 1793, les officiers et chefs de canton de l’Armée Catholiqueet Royale du Bas-Poitou reconnaissent le chevalier Charette de la Contrie pour général en
chef.Le 2 Janvier 1794, les Républicains revenus enforce, prennent le bourg de Machecoul. N’ayant plus que 500 hommes, Charette bat en retraite vers la forêt de Gralas.
Cette forêt comme d’autres forêts vendéennes (Touvois, Granlande, Gâts) servent d’asiles sûrs, d’arsenaux et d’hôpitaux.
Alors qu’il prépare une autre expédition vers Noirmoutier, il apprend que toute la
garnison a été massacrée et M. D’Elbée à qui il avait donné l’hospitalité, fusillé. Les jours suivants, plusieurs combats sont livrés face aux Républicains.C’est le
temps de la grande épouvante. Turreau vient de lancer sur la Vendée, douze colonnes pour tout incendier et tout massacrer. En même temps, Haxo a reçu l’ordre de former huit colonnes d’observation destinées à
cerner complètement les Vendéens et à les refouler vers le centre. Charette se trouve dans une situation critique, obligé sans cesse de battre en retraite.Le 5 Mars 1794,
Haxo approche à la tête de 4500hommes. Les soldats de Charette épuisés, obéissent mal à ses ordres. La dérouteva se déclarer lorsque débouchent 300 paydrets commandés par Guérin. Les républicains reculent.
Mais Haxo redouble d’efforts
et le 20 Mars, il rencontre de nouveau Charette. Une vive fusillade met le désordre dans les rangs Républicains et Haxo est mortellement blessé.Stofflet, qui a repassé
la Loire, propose que toutes les troupes royalistes se réunissent au château de La Boulaye. Le 22 Avril 1794, Charette, Stofflet, Marigny et Sapinaud tiennent séance et se jurent fidélité sous peine de mort.
Cette belle entente fait défaut dès le 24 Avril où Marigny n’est pas présent à la bataille. Le 29 Avril, un conseil de guerre accuse Marigny d’avoir violé le serment. Charette vote la mort, 22 membres suivent
son exemple et 10 proposent une peine moins sévère.Les soldats de Stofflet découvriront Marigny et il sera fusillé le 10 Juillet1794.Début Juin, le chevalier de
Tinténiac fait partaux Royalistes d’une communication du cabinet britannique . Mais Charette repousse la demande faite par les Anglais, d’un port de la côte où ils pourraient débarquer. Le chevalier souhaite
de l’or, des munitions et les émigrés.Pendant le mois de Septembre, Charette s’empare de quelques camps républicains qui lui fournissent des vivres pour son armée.
Il s’installe alors à Belleville. Mais en Octobre, il entre dans une violente colère en apprenant que Stofflet fabrique du papier-monnaie. Charette fait alors afficher dans les paroisses une proclamation qui
défend aux habitants d’accepter ce papier-monnaie sous peine de mort.Le 2 Décembre 1794, la Convention accorde une amnistie à ceux qui déposeront les armes dans un
délai d’un mois. Très peu de combattants se soumettent.
Le 25 Décembre, Bureau-Batardière vient de la part des Représentants du Peuple faire verbalement à Charette des offres de paix. Le chevalier se
décide à engager les pourparlers et envoie à Nantes, deux de ses officiers. Les négociations sont longues et laborieuses. Il est décidé que Charette rencontrera les Commissaires de la Convention au château
de La Jaunaye, le 12 Février 1795.Les exigences des Royalistes font l’objet de 22 articles parmi lesquels l’amnistie pour les Vendéens, la liberté du culte,le
retrait des troupes républicaines, des indemnités pour les incendies et autres pertes, le remboursement des bons et assignats, l’exemption du service de la milice,... La paix est signée le 17 Février 1795.
Le 28 Février 1795 est une journée mémorable pour la ville de Nantes, on y célèbrela Fête de la Pacification. Royalistes et Républicains sont réunis dans un même cortège et se trouvent le soir autour d’un
banquet à l’hôtel de Villestreux où avait habité Carrier.Les cinq mois de paix qui suivent ce traité sont pour le chevalier Charette des plus pénibles. Dans les milieux
royalistes de Paris et de l’étranger, on l’accuse ouvertement de trahison. Il souligne qu’il a été obligé d’accepter les propositions des Républicains car il n’a plus d’argent, ni vivre, ni poudre et il attend
toujours en vain le débarquement d’émigrés venus d’Angleterre.
L’émissaire du comte d’Artois presse Charette de reprendre les armes mais le chevalier préfère attendre que ses adversaires lui en offrent
l’occasion.Par une publication de l’Agence Royaliste secrète de Paris, Charette apprend que le captif du Temple, Louis XVII, a expiré le 8 juin. Du 20 au 24 Juin,
les paysans de la Vendée appelés par de mystérieuses convocations rejoignent leurs points de rassemblement. 4000 seulement répondentà l’ordre du chevalier.
La guerre recommence. En Août 1795, les Anglais
se décident enfin à faire débarquer des armes et des munitions à Saint-Jean-De-Monts : 40000 livres de poudre,12000 fusils, 3000 sabres, 250 habillements,...Le
Directoire nomme Hoche général en chef le 31Août 1795. Il inaugure alors contre Charette, le système des colonnes mobilesde 50 à 60 cavaliers qu’il fait marcher la nuit. Mais le chevalier est toujours
insaisissable. S’étant rendu compte que le système de terreur de Turreau n’a eu d’autre résultat que de grossir les troupes de Charette,Hoche fait adopter par le Comité de Salut Public, la méthode
contraire.Beaucoup déposent les armes et de nombreuses paroisses font leur soumission.Mais les combats se poursuivent avec des fortunes diverses pour les Royalistes.
Le 30 Septembre, le marquis de Rivière annonceà Charette que le comte d’Artois, déposé à l’Ile d’Yeu par lesAnglais, va débarquer sur le continent à la pointe de
l’Aiguillon le 12Octobre. En quelques jours, 15000 hommes viennent se grouper autour de Charette !!!
Le 12, l’armée arrive en vue de la mer ... mais c’est l’aide de camp ducomte d’Artois qui
débarque pour annoncer que son maître ne viendra pas. Lesoir même, départs et désertions se succèdent dans l’armée de Charette.Le 18 Janvier 1796, Travot est
informé que Charette erre de ferme en ferme. Le 21 Février, Charette signe son dernier ordre de rassemblement et prend la tête d’une colonne de cent cavaliers et trois cents fantassins. Les Vendéens tombent
dans une embuscade. Charette peut avec quelques hommes se réfugier dans le bois de Grammont.
Le 27 Février, le chevalier réunit de nouveau quatre cents fantassins et cinquante cavaliers. Ils sont surpris
à leur cantonnement mais Charette réussit à s’échapper.
Le 23 Mars, Charette blessé à l’épaule, est à la tête d’une quarantaine d’hommes. Une colonne Républicaine marche droit sur eux, commandée par Gautier.
Le chevalier dépiste facilement les bleus mais se trouve face à unenouvelle troupe. Charette prend aussitôt un autre chemin mais le Républicain Valentin le rejoint. Le chevalier échappe à ses poursuivants pour
se heurterà une troisième colonne commandée par Dupuy. Après une courte fusillade,Charette se croit sauvé mais Travot apparaît à la tête d’une quatrième colonne. Le chevalier fait prestement demi-tour mais une
vive fusillade l’accueille. Il revient sur ses pas pour se rendre compte qu’il est complètement cerné.C’est le dernier combat du Roi de la Vendée.
Travot reçoit l’ordre de diriger le prisonnier sur Angers où il arrive le 25 Mars. Puis, le 28, il est à Nantes. Il paraît devant le général Duthil. L’interrogatoire terminé, il
est promené avec ungrand cortège à travers Nantes avant de regagner la prison du Bouffay.
Le Tribunal le condamne à la peine de mort selon l’Article 3 de la loi du 30Prairial.
Le 29 Mars 1796, la
sentence est exécutée sur la place des Agriculteurs. Soncorps est jeté dans une carrière au bord du chemin de Rennes, parmi ceux des pestiférés et des soldats qui mourraient dans les prisons et les
hôpitaux.L’acte de décès de Charette est signé par Pierre Haudaudine. Ce soldat républicain avait été envoyé à Nantes avec deux autres compagnons, par Charette
pour demander un échange de prisonniers.Il avait été le seul à revenir au camp du général qui l’avait remit enliberté.Quelques sources :
- Lucas de la Championnière, Mémoires sur LaGuerre de La Vendée, 1904
- Gilbert Charette, Le chevalier Charette Roi de la Vendée, 1951
- Michel Saint Pierre,
Monsieur de Charette Chevalier du Roi, 1977
- Emile Gabory, Les guerres de Vendée, 1989
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Christine Duranteau
