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Pierre-Gaspard CHAUMETTE ,dit Anaxoras (1763 - 1794)
chaumette
[26 ans en 1789]

Né à Nevers le 24 mai 1763,mort à Paris le 13 avril 1794
Chaumette, le procureur de la Commune aux grandes heures de 92 et de 93, est une des très belles figures dela « Révolution des pauvres » et du culte de la Raison. Mais c’est aussi un personnage ambigu, dont toute l’action ne se limita pas à la protection des pauvres. C’est un terroriste violent, adepte d’une répression sans pitié, et un puritain étroit d’idées. Par là encore sans doute,c’est un apôtre, mais dans ce que l’idéal religieux a de moins glorieux.Enfin, sans que sa sincérité d’ensemble puisse être mise en doute, il faut convenir qu’il n’a pas toujours été exempt de servilité à l’égard des pouvoirs qu’il avait comme interlocuteurs. Pourtant c’est une figure attachante, jusque dans ses limites et malgré ses aspects effrayants, et qui mérite d’être suivie de près.

Avant la Révolution

Il était né à Nevers, fils d’un cordonnier. Son enfance fut agitée, difficile. A treize ans, il fut chassé du collège pour mauvaise conduite. Il s’enfuit de chez lui et s’engagea comme mousse. Il fut marin jusqu’à l’age de vingt ans, puis rentra à Nevers, où il suivit, jusqu’en 1786, les cours d’anatomie de l’Hôtel-Dieu,tout en étant maître d’étude dans un collège. Il voyagea également à travers la France, alla à Moulins, puis à Marseille, rêva de partir pour l’Egypte.Il commença d’écrire, dans des journaux clandestins, et un de ses articles lui valut un bref séjour à la Bastille.Des Etats Généraux au 10 aoûtA la veille des Etats Généraux,il monta à Paris, et y vécut petitement, d’expédients divers, tout en suivant de vagues études de médecine et de botanique. En septembre 90, ilentra au club des Cordeliers où il se signala rapidement par sa conviction et son éloquence. Peu après, il se rendit aux Jacobins comme orateur d’une délégation du club et attaqua Mirabeau sur la question des prérogatives royales. Il fut fort remarqué à cette occasion, et s’il faut l’en croire, Mirabeau lui-même lui fit compliment.Il multiplia alors les écrits anonymes, surtout contre les prêtres, qu’il détestait depuis sa jeunesse, et contre Lafayette. En décembre 90, juste après la mort de Loustalot, il devint journaliste aux Révolutions de Paris. A la même époque, il se maria avec une jeune couturière, et devint peu après père d’une petite fille.Il continua son activité de clubiste jusqu‘en 92. Très au fait de la misère et de l’ignorance du peuple, qui le torturaient comme une injustice profonde, il s’attacha systématiquement à la défense des plus pauvres. Après Varennes, il réclama aux Jacobins la suppression de la royauté qu’il appela « un rouage inutile ». Il fut parmi les signataires de la pétition du Champ-de-Mars, qu’il signa,« Chaumette, étudiant en médecine ». A la veille de la journée du 20 juin, il s’engagea pour convaincre le bataillon de la garde nationale de Saint-André-des-Arts de prendre le parti des insurgés.Il prit une part importante à la préparation du 10 août. Le trente juin, il rédigea et signa, avec Dantonet Momoro, une déclaration qui supprimait d’autorité la distinction entre citoyens passifs et actifs dans la section du Théâtre Français. Ce fut lui qui reçut à la permanence de sa section les fédérés marseillais, dans la nuit du 5 août. Le 9, il fut nommé membre du Conseil Révolutionnaire, et le lendemain matin, il prit part à l’attaque des Tuileries. Le 28 août il partit comme commissaire dans le Calvados, pour surveiller les réquisitions.De retour à Paris, il défendit la Commune à la barre de la Convention lorsque Roland la mit en cause à propos des massacres de septembre, prenant violemment parti contre les « anarchistes »,non sans une certaine bassesse.

A la Commune

Lorsque de nouvelles élections eurent lieu, en décembre, il fut élu, le 4, officier municipal, et le 12,procureur-syndic. C’était une énorme responsabilité. Il devint dès lors le principal interlocuteur de la Convention, ce qui l’obligea par la suite à des précautions et des calculs qui peuvent le faire apparaître comme hésitant,voire hypocrite. Ainsi lorsqu’en décembre 92, à la suite de l’assignationpar la Commune de Villette, un député suspect de monarchisme :l’assignation était illégale, et la Commune fut attaquée :  Chaumette désavoua aussitôt l’action de la municipalité et multiplia les déclarations d’allégeance à l’Assemblée. Il setrouvait, en fait, dans une position très délicate, d’autant plus que, bienqu’il eût Hébert comme substitut, il dirigeait seul le conseil général.Lors du procès de Louis XVI,il ne craignit pas, à la différence d’autres municipaux, de manifester du respect à l’ancien roi. La petite histoire en a retenu une scène caractéristique :après la première comparution de l’accusé, il partagea avec lui un morceau de pain et discuta aimablement.Il entreprit par la suite de satisfaire les aspirations populaires, sans toutefois mettre en péril les structures politiques existantes, ce qui n’était pas facile. En février, il ne soutint aucunement le mouvement populaire du 25, et tenta même de le réprimer. Mais le 27, devant la Convention, il prononça un discours généreux où il réclamait hautement  contre l’injustice d’un système qui proclamait des droits sans se donner les moyens d’en faire bénéficier réellement tous les citoyens. Il dénonçait surtout le mensonge d’une révolution qui n’avait bénéficié que pour une partie de ses acteurs : « Le pauvre a fait, comme le riche, et plus que le riche,la Révolution. Tout a changé autour du pauvre, lui seul est resté dans la même situation et il n’a gagné à la Révolution que le droit de se plaindre de sa misère. (…) Citoyens, le pauvre, le riche, tout être raisonnable ne change de situation, ne fait une révolution que pour être heureux. La Révolution, en procurant au riche, la liberté, lui a donné immensément ; elle a aussi donné au pauvre la liberté, l’égalité, mais pour vivre libre, il faut vivre, et s’il n’existe plus de proportion raisonnable entre le prix du travail pauvre et le prix des denrées nécessaires à l’existence, le pauvre ne peut plus vivre… » La critique était juste, la pensée réellement courageuse. Il réclamait, du point de vue pratique, une loi contre les accapareurs, le retrait  de la circulation des assignats excédentaires, et l’entreprise de grands travaux qui donneraient du travail aux ouvriers. Il était,par contre, opposé à la taxation préconisée par les Enragés. En mars, lorsque Varlet, à la suite de l’appel à l’insurrection du faubourg Poissonnière, tenta de rallier la Commune, il lui résista. Mais en accord avec Pache et Hébert, il réclama la création d’un « Tribunal Révolutionnaire pour juger et contenir les traîtres et les mauvais citoyens », ce qui était une des principales revendications populaires. Toutefois le mois suivant, il prit âprement parti,à la barre de la Convention, contre le prétendu « Comité Insurrectionnel » de la Commune , qu’Hébert avait déjà vertement condamné dans le Père Duchesne (numéro 222).Lors de la préparation du 31 mai et du 2 juin, il prêcha l’apaisement et se montra plutôt hostile au Comité de l’Evêché, même s’il est probablement faux qu’il ait empêché,comme on le lit parfois, le tir du canon d’alarme. Lorsqu’il fut question,aux Jacobins, de la création d’une armée révolutionnaire « à 40 sols par jour », il s’y opposa en s ‘écriant « Et tout cela, où le prendrons-nous ? ».Pendant l’été, il conserva cette ligne de conduite. Il fit libérer Prudhomme quand il fut arrêté par sa section pour avoir condamné les mouvements sectionnaires, et s’opposa systématiquement aux Enragés. Le 28 juin notamment, il accabla Jacques Roux quand celui-civoulut se justifier à la Commune, et ne craignit pas de s’écrier avec mépris:« Votre pétition, c’est le tocsin du pillage et de la révolution despropriétés ! » Mais le 4 septembre, ce fut luiqui reçut la foule des faubourgs qui réclamait du pain. Il courut à la Convention, et tenta de rassurer les émeutiers par un discours violent contre les riches. « Et moi aussi j’ai été pauvre, je sais ce que c’est que les pauvres. Ils veulent nous écraser, eh bien, il faut les prévenir, il faut les écraser nous-mêmes… » Il s’engagea alors en faveur de l’armée révolutionnaire, et promit l’arrestation des administrateurs de subsistances.Il rédigea une pétition en ce sens, qui réclamait aussi la réorganisation du Tribunal Révolutionnaire en vue d’une plus grande sévérité.Peu de temps après, il partit pour la Nièvre , et il y assista aux premières mesures déchristianisatrices de Fouché, qu’il devait bientôt imiter. Dès son retour, il se mit àappliquer avec rigueur le décret de la Convention qui plaçait, selon la formule de Royer, « la terreur à l’ordre du jour ».

De septembre 93 à avril 94 : le défenseur des pauvres et le terroriste

·        Faire de la Révolution la « chose du pauvre »  Toute son activité à la Commune est orientée dans cette direction, mais c’est surtout à partir del’automne 93 que les dispositions gouvernementales lui permirent d’agir avec efficacité. Ses interventions et ses initiatives sont très nombreuses, et onne peut en citer que quelques unes. Le 26 septembre, il demanda et obtint la construction d’un hospice qui serait le « Temple de l’Humanité ».Il fit constituer des bibliothèques, prendre en charge les infirmes, décider l’organisation de secours systématiques aux pauvres financés par la taxationdes riches. Il alla même, lors d’une scène demeurée fameuse, jusqu’à faire voter l’adoption par la nation des enfants des guillotinés : un soldat présenta un jour à la Commune une fillette, dont le père venait d’être condamné, et demanda à l’adopter. Chaumette le reçut, prit l’enfant dansses bras et l’assit sur ses genoux pour présider la séance, en disant :« Citoyens, joignez-vous tous à ce bon et vieux soldat ! Orpheline par la loi, qu’elle reçoive, cette enfant, dans vos embrassements paternels, l’adoption de la Patrie ! »La Convention le suivit et décréta aussitôt la création d’un Hospice des Enfants de la Patrie, qui recueillerait les enfants laissés sans ressource par la condamnation de leurs parents…L’activité de Chaumette alla parfois plus loin, d’ailleurs, que des mesures de pur secours. Ainsi le 14 octobre, il dénonça les résistance à l’application du maximum, et commença à parler de nationalisation des fabriques : « Ce sont des bras et non de l’or qu’il faut pour faire mouvoir les fabriques et manufactures. Ehbien, si ces individus (les industriels) abandonnaient les fabriques, la République s’en emparera et mettra elle-même en réquisition les matières premières.(…) Que le géant du peuple écrase les spéculations mercantiles ! »Il demanda même, le 23 octobre, que les terres des « ennemis de la chose publique » soient distribuées aux indigents, idée dont Saint-Just et Couthon se souvinrent au moment des décrets de Ventôse.  ·       Mettre la Terreur à l’ordre du jourOn ne peut dissocier l’actionsociale de Chaumette de son action répressive et terroriste, qui fut intense,quoique plus mesurée qu’on ne l’a parfois affirmé. Elle s’exerça à plusieurs niveaux. Dès septembre, il avait réclamé une répression accrue, etque la guillotine accompagne dans tous les départements l’armée révolutionnaire.A Paris, il participa activement aux grands procès politiques d’octobre :il fut parmi les témoins de l’accusation au procès de Marie-Antoinette (c’est d’ailleurs lui qui, en tant que procureur de la Commune, mena lesinterrogatoires au Temple, qui permirent à son substitut Hébert de lancer sa célèbre accusation d’inceste contre l’ancienne reine). De même, il chargea lourdement les Girondins quelques jours plus tard.Il se lança par ailleurs dansdes « croisades » moralisatrices : contre l’agiotage, le jeu,et surtout contre les prostituées. Le 1er octobre, il prononça un violent réquisitoire contre les filles publiques, si outrancier que le Conseille refusa et qu’il dut l’atténuer. L’arrêté qu’il envoya finalement aux quarante-huit sections contenait des termes terribles : « Que votre œil sévère devienne un objet de terreur pour ces monstres, l’opprobre de leur sexe et le fléau de la société. Après avoir nettoyé les rues de cette peste publique, purgez-en également les maisons où vous aurez vu empreints quelques signes de ce poison. » Le résultat fut à la mesure deces propos. Des rafles furent organisées, de nombreuses prostituées emprisonnéeset beaucoup moururent sur l’échafaud. Chaumette fut directement responsablede la mort de plusieurs d’entre elles, qu’il poursuivit avec acharnement.Ainsi Catherine Halbourg, connue sous le nom d’Eglé. Il essaya d’abord de la comprendre dans le procès de la reine, mais le Comité de Salut Public l’en empêcha, et Robespierre protégea momentanément la jeune femme. Mais Chaumette s’obstina, sans raison valable, et la fit condamner, quelques temps plus tard, pour propos contre-révolutionnaires… Le 10 octobre, il publia une liste de « caractères » auxquels on devait reconnaître les suspects. Il y avait là, selon le mot de Michelet, « de quoi faire arrêter la France entière ».Pourtant ce serait une erreur que de voir dans Chaumette un ultra-terroriste sans scrupule ou sans réflexion.Dès octobre, il dénonça le risque de vengeances et de dénonciations arbitraires que créait le trop grand pouvoir des comités révolutionnaires de section : « Ceux qui dénoncent, dit-il, ne veulent le plus souvent que détourner les regards d’eux-mêmes, reporter le danger sur d’autres. On arrête le dénoncé, il faudrait arrêter pareillement le faux dénonciateur. »Aussitôt attaqué par Hébert, il se sépara de lui et milita dès lors, avec courage, pour que les comités soient subordonnés à la Commune, ce qu’il n’obtint jamais…

·        Raison et déchristianisation

A partir d’octobre 93,Chaumette engagea son activité dans une voie nouvelle, celle de la déchristianisation et du culte de la Raison. Associé à Léonard Bourdon, il commença par réclamerla suppression de la rémunération du clergé, et posa les bases d’une séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le 28 octobre, il prit un arrêté sur l’égalité des sépultures, qui réorganisait les funérailles de manière égalitaire, en dehors de tout aspect religieux. Il essaya d’ailleurs de lier la lutte contre le christianisme à des mesures sociales : il demanda, le 4 novembre, la réquisition pour la Monnaie des objets d’or de toutes les églises, et une avance,remboursable sur les fruits de ce transfert, de 100 000 livres au bénéfice exclusif  des citoyens pauvres.Ensuite, appuyé de Clootz, il poussa l’évêque de Paris, Gobel, ainsi que tout son clergé à l’abjuration, qui eut lieu à la Convention, le 7 novembre. Ce fut lui qui demanda que la fête de la Raison, votée à cette occasion par la Convention, se déroule à Notre-Dame. Le 10 novembre, il conduisit lui-même la « déesse Raison » à l’Assemblée, et c’est derrière lui que les députés se rendirent en corps à la cathédrale pour assister à la fête. Il ordonna deux jours plus tard la destruction des saints du portail de Notre-Dame, mais heureusement Dupuis, un astronome membre de la Commune, parvint à le faire changer d’avis.

Le 23, il durcit encore saposition en prenant un arrêté qui ordonnait la fermeture des églises et menaçaitles prêtres. Mais il recula dès le 29, rappelant l’article 7 de la Déclaration des Droits, qui garantissait la liberté du culte. Il assurait aux citoyens la liberté de louer des maisons et de rémunérer des ministres pour un culte privé.Le 21, Robespierre avait tonné aux Jacobins contre les persécutions religieuses, et Chaumette, comme Hébert, avait sans doute pris peur. Tout cela était assez incohérent,et la reculade venait de toute façon trop tard. Les Cordeliers commencèrent à s’en prendre à lui, ce qui ne le protégea pas des foudres gouvernementales.Desmoulins le chargeait violemment, en même temps que Clootz, dans le Vieux Cordelier, et l’Incorruptible se persuada bientôt qu’il agissait sciemment pour déconsidérer la Révolution. Dès lors Chaumette était perdu. Il refusa de soutenir le mouvement Cordelier de début mars, ce qui ne l’empêcha pas d’être arrêté le 18. Il ne fut pas jugé avec les Hébertistes, dont ils’ était dissocié, mais les prétendus « complots des prisons »permirent bientôt de l’envoyer à l’échafaud. Les commis de Fouquier-Tinville bâclèrent un acte d’accusation absurde, où il étaitaffirmé que « l’or de Pitt payait Chaumette de son infâme trahison. »Il fut guillotiné le 13 avril, en même temps que les veuves d’Hébert et de Desmoulins. Malgré une certaine versatilité,qui tient probablement à sa difficile position de « tampon » entrela Convention et la Commune, Chaumette fut incontestablement un des plus généreux parmi les montagnards, l’infatigable défenseur des petites gens. Son activité répressive, parfois trop violente, ne doit pas cacher cette dimension primordiale de son action. Les témoignages concordent tous sur sa profonde bonté,qui toucha même des royalistes comme Hue, le valet de chambre du dauphin. Plus effrayant apparaît, aujourd’hui, son activisme dans le domaine des moeurs, le seul aspect de son « terrorisme » qui soit réellement démesuré. Même si son réquisitoire sur la corruption des moeurs parisienne était à bien des égards justifié, rien n’autorisait la persécution insensée des prostituées à laquelle il se livra (et qu’interrompirent en partie, heureusement, les« robespierristes » qui lui succédèrent à la Commune). On aparfois tenté d’en fournir des raisons personnelles peu convaincantes,surtout à la suite d’une controverse du début du siècle : un érudit de l’école d’Aulard révéla qu’il avait eu des liaisons masculines,attestées par sa correspondance. Après une période où certains, comme Mathiez, essayèrent sans succès de nier le fait, il devint à la mode d’en déduire facilement que derrière sa haine des prostituées se cachait une névrose liée à sa haine des femmes en général… C’est une explication qu’on lit encore souvent, bien qu ‘elle paraisse peu fondée. Chaumette partageait le goût des hommes avec de nombreux révolutionnaires qui, de Couthon à Barras, en passant par Hérault de Séchelles et Tallien, n’ont jamais manifesté la même violence dans ce domaine précis. Et sa fameuse misogynien’est guère qu’un rousseauisme, « primaire » certes, mais sanshaine. Sans doute faudrait-il plutôt chercher les causes des violences à l’égard des prostituées dans certaines tendances générales de l’époque, et réfléchir sur les aspects puritains de la Révolution, dont témoignent également des hommes comme Fouquier-Tinville ou Billaud-Varennes.Mais par delà ses zones d’ombre, la figure de Chaumette est belle et mérite le respect. Michelet l’appelait « l’apôtre Chaumette », et de tous les surnoms que l’historien romantique a attribués aux révolutionnaires, c’est peut-être le plus convaincant. Il y a de la religion chez Chaumette, une certaine religion de la pauvreté, de la raison et de l’humanité, et de cette religion il s’est voulu l’apôtre. Il a assumé les tâches de l’apostolat, prêcher,enseigner, agir aussi : « faire des miracles » comme il ledisait lui-même, mais des miracles matériels et simples. Son souci premier fut, dans les moments les plus difficiles de la Révolution, de nourrir, loger,vêtir les plus démunis, et de leur assurer leur juste part des conquêtes révolutionnaires.Tel est le sens global à retenir de son action à la Commune de Paris de 1792à 1794, et il reste, à ce titre, un des plus admirables parmi les hommes del’An II.SOURCES Les renseignements sur Chaumette doivent être recherchés dans divers travaux sur la Révolution, parmi lesquels les principaux à lui accorder une placeimportante sont Michelet, Histoire de la Révolution Française, Jaurès,Histoire socialiste de la Révolution Française, et surtout A. Mathiez, La vie chère et le mouvement social sous la Terreur, 1929. Son action sociale a été analysée plusieurs fois, notamment par Regnard, « Chaumette et la Commune de 1793 », Revue Socialiste, 1890, XI. La polémique sur savie privée est partie de la publication de F. Braesch, Papiers de Chaumette,1908. Aulard a publié, en 1893, ses Mémoires sur la Révolution du 10 août,consultables sur ce site. Récemment, Nicole Bossut a signé un ouvrage sur lui : "Chaumette, porte-parole des sans-culottes", CTHS, 1998.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier révolution française