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Jean-Baptiste CLOOTZ ou CLOOTS, dit
Anarchasis (1755-1794)
[34 ans en 1789]
Né près de Clèves en 1755,mort à Paris le 24 mars 1794h3Il naquit dans le pays de Clèves,d’un père ancien conseiller
secret de Frédéric II. Sa famille, d’origine hollandaise, accéda à la baronnie l’année de sa naissance. Son oncle était un philosophe célèbre du temps, Cornélis de Pauw. Il reçut une éducation enfrançais,
imprégnée des idéaux les plus modernes de l’époque. « Ce fut dans les livres français que j’appris à lire », dira-t-il. Il étudia à Bruxelles, puis à Paris, au collège du Plessis. Rentré en Prusse,
il passa plusieurs années à l’Ecole militaire de Berlin.h3En 1775, à la mort de son père,il hérita de sa considérable fortune, accumulée dans le commerce
avec les Indes, et retourna à Paris. Il y fréquenta les salons, se lia avec Mably,Mercier, Soulavie, ainsi qu’avec des scientifiques, dont l’astronome Bailly,futur maire de Paris. En 1780 il fit paraître ses
deux premières œuvres, un drame anti-catholique,
Voltaire triomphant ou les prêtres déçus, et une parodie de traité scientifico-théologique,
La Certitude des preuves de la religion mahométane.
A partir de 1781, il prononça des conférences au Musée, toujours sur le thème des errements des religions révélées.h3Il s’intéressait déjà à la politique, et était alors partisan de
Calonne. Les
Vœux d’un gallophile, de 1785, un texte chauvin et belliqueux, développait le thèmedes « frontières naturelles » de la France. En 87-89, il voyagea dans toute l’Europe mais rentra
en France à l’annonce de la prise de la Bastille.h3Dès lors il devint un « des plus ardents brochuriers du parti patriote » selon ses propres
termes.Journaliste et pamphlétaire, il fit campagne aux Jacobins, dès 1790, pour une séparation complète de l’Eglise et de l’Etat. Le 17 juin 90, il présenta à la Constituante une députation composée d’hommes de
tous les pays (ou presque) pour réclamer que la fête de la Fédération fût aussi la « fête du genre humain ». Il déclara : « Un nombre d’étrangers detoutes les contrées de la terre demandent à
se ranger au milieu du Champ-de-Mars, et le bonnet de la liberté qu’ils élèveront avec transport sera le gage de la délivrance prochaine de leurs malheureux concitoyens… »h3
Il se décerna à lui-même,pour l’occasion, le titre d’ « Orateur du genre humain »,et se rebaptisa Anacharsis, mais sa position n’était pas sans contradiction.Il prit
fortement parti, en 91, pour le maintien de l’esclavage et contre les droits des hommes de couleur, soutenant Barnave contre Robespierre et Brissot.Attaqué sur ce point délicat par la députation d’hommes de
couleur venue des colonies, il ne daigna pas se justifier. Proche à cette époque des monarchiens, il finit par se rallier à la Gironde après Varennes, mais s’en détacha assez rapidement. Très opposé à toute
législation sociale,pourfendeur de la « loi agraire » dès les débuts de la Révolution,il fut en revanche un partisan enthousiaste de la guerre. A cette occasion, il développa le thème qui devait le rendre célèbre,
celui de République Universelle,qu’il justifiait en ces termes : « Il en est du genre humain divisé en peuplades comme de l’anarchie féodale qui
métamorphose de paisibles donjons en châteaux forts, en repaires de voleurs et d’assassins. Il importe donc au propriétaire, au négociant, à l’habitant de la ville et de la campagne d’abolir la féodalité
universelle, après avoir aboli la féodalité intérieure ou nationale. »h3Le 25 août 92, il reçut de la Législative le titre de citoyen français,
et fut élu à la Convention par deux départements, l’Oise et la Saône-et-Loire, où il avait acheté devastes biens nationaux. Très ferme défenseur du droit de propriété et de la liberté illimitée du commerce,
il attaqua violemment Robespierre, déclarant par exemple,« le crédit de ce Tartuffe est la honte de notre Révolution. »Il ne prit aucune part au 10 août, ni probablement aux massacres de septembre,
mais il justifia abondamment ces derniers, qu’il appela « la grande mesure révolutionnaire du 2 septembre ». Ce fut le premier pas qui lerapprocha des Montagnards. Le 17 novembre, il lut aux Jacobins
un discours intitulé
Ni Marat ni Roland, où il déclarait « A bas les hommes !A l’ordre du jour les choses ! » Il y couvrait d’injures, souvent très cruelles, les Girondins,
et particulièrement Brissot.h3Au procès du roi, il vota pourla mort (ajoutant, toujours excessif, « Je condamne pareillement à mortl’infâme
Frédéric-Guillaume », c’est-à-dire le roi de Prusse) et contre l’appel au peuple et le sursis. Dans sa
Harangue sur le procès deLouis-le Dernier, du 7 janvier, il avait déclaré: « Nous
enverrons Louis à l’échafaud au nom du Genre Humain et l’on voudra étouffer notre voix par les clameurs de l’Europe esclave et le tumulte des assemblées primaires… Quant à moi, je me croirais le plus inique
des juges si je ne prononçais pas formellement la mort du directeur de tous les conjurés que la loi punit chaque jour. »h3En mars 93, il reprit ses attaques
contre la Gironde, attaquant surtout leur politique extérieure commetrop timorée, et les accusant de complicité avec Dumouriez. Le 5 mai, il appela explicitement à
l’insurrection.h3A l’automne 93, il fut parmi les adeptes et les organisateurs du culte de la Raison. Avec Pereira,
il fut l’un des instigateurs de l’abjuration de Gobel. Elu président des Jacobins au plus fort de la vague de la déchristianisation, il fut rapidement attaqué par Robespierre
et Camille Desmoulins. Le 22 frimaire (12 décembre 93),Robespierre prononça contre lui un réquisitoire extrêmement violent et le fit exclure du club. Il l’accusait d’être étranger,
noble, partisan caché des Girondins et coupable de trafics financiers illicites. Cloots tenta de sejustifier dans un
Appel au Genre Humain, mais en vain. Le 6 nivôse, il fut
arrêté et incarcéré au Luxembourg, puis à Saint-Lazare. Il envoya plusieurs requêtes au Comité de Sûreté Générale, qui ne l’empêchèrentpas d’être adjoint aux Hébertistes lors du procès
de germinal. Il semble bien n’avoir pourtant eu aucun lien avec eux. Condamné à mort, il fut guillotiné le 4 germinal.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier
