L’intérêt n’est peut être pas d’entrer dans le détail de ce que fut la carrière politique du tribun mais de rechercher quel fut son rôle véritable et son influence effective sur les événements. Orateur de la canaille, homme du 10 août, sauveur de la République,septembriseur.... que sais-je encore, vénal, voleur, faux patriote, authentique royaliste.... Peut être Danton fut il tout cela.
Très tôt orphelin d’un procureur, son enfance sera celle d’un gamin dissipé, il sera blessé par un taureau
qu’il avait provoqué. Il fréquentera les Oratoriens de Troyes, avant un court séjours à Reins pour y obtenir une licence de droit. Notons que cette faculté était connu pour délivrer facilement ses
diplômes contre espèces sonnantes et trébuchantes. Notons encore qu’il ne sera pas le seul dans ce cas, Couthon ou Saint-Just par exemple suivront son exemple. Avocat à Paris, il deviendra Monsieur d’Anton.
Je n’ai jamais été convaincu par les régularité des moyens qu’il utilisa pour acquérir une charge d’avocat
aux Conseils du Roi, le montage financier peut étonner. Quoiqu’il en soit c’est en toute régularité et très efficacement qu’il occupera cette charge importante de 1787 jusqu'à la suppression des
offices de judicature. Maître d’Anton était un bon avocat.
Très vite il va entrer en Révolution devenant le président
quasi inamovible du populaire district des Cordeliers.C’est dans ce cadre qu’il défendra Marat qui de son coté commence sa carrièrede persécuté. Autour de lui apparaissent des hommes qui ont de
l’avenir,Desmoulins, Paré, Fabre d’Eglantine, Fréron, Legendre, mais aussi Laclos,l’homme du duc d’Orléans. Trop populaire, il fait peur aux autorités parisiennes encore très conservatrices, qui
refuseront de le confirmer comme membre du Conseil Général de la Commune constitutionnelle. Pourtant de janvier à septembre 1791, il siégera en qualité d’administrateur du département de
Paris.
Après Varennes, et peut être pour la première fois, la politique de double jeu de Danton se dessine. Il
appuie en effet une motion plutôt orléaniste tout en semblant s’engager dans le mouvement révolutionnaire qui réclame la déchéance du roi. Ainsi, au lendemain du massacre du champs de Mars, le 17
juillet il n’hésite pas à abandonner ses amis et à quitter Paris pour l’Angleterre, soit disant pouraffaire. Décrété de prise de corps il bénéficiera de l’amnistie voté parl’Assemblée Constituante,
mais rentré à Paris il ne parviendra pas à sefaire élire député par le cops électoral de Paris, il faut le reconnaître,de tendance très modéré.
Il obtiendra tout de même un lot de consolation en se faisant élire second substitut du procureur de laCommune. Son rôle sera relativement effacé, mais encore une fois, ses
positions seront fluctuantes. D’abord tout comme Robespierre opposé à la guerre, il suivra le courant
belliciste dès que celui ci lui apparaîtra majoritaire et cessera alors d’attaquer la Gironde. Un moment même il sera question de la faire entrer au ministère. Desmoulins reconnaîtra alors qu’il est du
parti opposé au sien. Par la suite, n’étant pas ministre, il redeviendra hostile à la Gironde.
Lorsqu’il comparaîtra devant
le Tribunal Révolutionnaire, il se targuera d’avoir « fait » le10 août. La vérité est peut être légèrement différente de cette affirmation. Mathiez a pu constater que la préparation des événement
en ce qu’elle apparaît être l’œuvre de Danton ne ressort que de son propre témoignageet de celui de Villain d’Aubigny qui lui même, longtemps après, cite les paroles d’un tiers. Ajoutons que le 6 août, Danton
était à Arcis et qu’ilne rentra à Paris que le 9. S’il a vraiment « fait » le 10 août force est de constater que l’on ne sait rien de son rôle effectif. Ce qui est sûr, c’est que comme Robespierre,
il imposera plus ou moins sa présence àla Commune insurrectionnelle.
Mais il est toujours le tribun populaire, le représentant
des Cordeliers et c’est à ce titre que l’Assemblée Législative moribonde le désigne au ministère de la Justice et dans les faits aux fonctions de Premier ministre. Son autorité naturelle lui fera éclipser les
autres ministres, Roland en particulier, et contribuera fortement à lui aliéner encore un peu plus la bouillante épouse de celui-ci.S’il ne sera pas l’instigateur des massacres de septembre, c’est en toute
connaissance de cause qu’il les laissera se commettre, pouvait il faire autrement ? en avait il envie ?
A cette époque l’ennemi s’apprête à envahir la France, Danton alors sera l’un de ceux qui sauvera le pays, il sera
l’âme et le symbole de la lutte contre les coalisés.Dumouriez et Kellermann, seront vainqueurs à Valmy, la France sera sauvée.Danton s’est dépensé sans compter, il a aussi largement utilisé les fonds secrets.
Il ne pourra pas justifier la plus grande partie de ses dépenses. Les Girondins, continuellement lui en feront le reproche, le rapprochant ainsi, peut être contre son gré de Robespierre. Mais en cette époque
tragique, l’ennemi aux portes de Paris, les traîtres prêts à détruire le pays de l’intérieur,devait-il demander quittance de la moindre dépense ? C’est à cette époqueque Danton fut grand, et même si
cette période est la seule positive de sa carrière, par ce qu’il a fait en août et septembre 1792, il mérite l’Immortalité.
Je
citerais le discours qu’il prononça devant l’Assemblée Législative le dimanche 2 septembre 1792 :
Il est bien satisfaisant, Messieurs, pour les ministres du peuple libre, d’avoir à lui annoncer que la patrie est sauvée. Tout s’émeut, tout s’ébranle,tout brûle de
combattre. Vous savez, Verdun n’est point encore au pouvoir de nos ennemis.
Vous
savez que la garnison a jurée d’immoler le premier qui proposerait de se rendre. Une partie du peuple va se porter aux frontières, une autre vas creuser des retranchements et la troisième, avec des piques
défendra l’intérieur de nos villes. Paris va seconder ses grands efforts. Les commissaires de la commune vont proclamer, d’une manière solennelle, l’invitation aux citoyens de s’armer et de marcher pour la
défense de la patrie. C’est en ce
moment Messieurs, que vous pouvez déclarer que la capitale a bien mérité de la France entière. C’est en ce moment que l’Assemblée nationale va devenir unvéritable comité de guerre.
Nous demandons que vous concouriez avec nous à diriger le mouvement sublime du peuple, en nommant des commissaires qui nous seconderons dans ces grandes mesures. Nous demandons que quiconque
refusera de servir de sa personne, ou de remettre ses armes, soit puni de mort.
Nous demandons qu’il soit fait une instruction au citoyens pour diriger leur mouvement. Nous demandons qu’il soit envoyé des courriers dans tout les
départements pour les avertir des décrets que vous aurez rendus. - Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur l’ennemi dela patrie. - Pour les vaincre,
Messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée.
Ces paroles avaient touché juste, alors que l’on ne donnait pas chère des armées françaises, chaque soldat saura se sublimer de telle manière que surpris par un
adversaire jusquelà tourné en dérision, les Prussiens abandonnerons leurs positions presque sans combattre. La France était sauvée. Tout au moins momentanément. Mais pourquoi les Prussiens sont
ils laissés libre de retraiter, pourquoi leur armée n’est elle pas détruite ?Négociations secrète et double jeux de Danton diront certains.
Danton est alors au fait de sa popularité, et le jeudi 6 septembre, il est élu second député de Paris par 638 voix sur
700 électeurs. Il sera ainsi le mieux élu de la Capitale, mieux que Robespierre élu le premier par 338 voix sur 525. Le 9 octobre il quittera ses fonctions
ministérielles tout enconservant une grande influence sur les affaires diplomatiques. On sait maintenant que Danton jouait le double jeu, que ses prises de positions officielles étaient sans rapport avec
la diplomatie secrète qu’il menait. Acette époque, ils avait à faire face aux virulentes attaques de la Gironde qui lui reprochait faussement d’avoir encouragé les massacres de septembre, alors que
des membres de ce parti, et pas des moindres, les avaient approuvé à l’époque sans beaucoup se poser de question. De plus, il est mis en difficulté concernant la remise de ses comptes de ministre ;
à vrai dire il se tirera mal de cette épreuve, mais pouvait-il faire mieux, pouvait-il justifier des dépenses faites dans l’urgence d’une situation exceptionnelle ? Peut être aussi, certaine sommes
n’ont elles pas toutes été utilisées honnêtement. Là on touche à la réputation sulfureuse du tribun, celle de l’homme vénal.
Il n’empêche que Manon Rolland qui n’aimait pas Danton, en inspirant ses amis, commettra une grave faute politique qui la conduira, elle et son parti à la guillotine.
Ulcéré,Danton n’oubliera les attaques persistantes dont il fait l’objet et s’ensouviendra lors des journées des 31 mai 2 juin 1793.
En mission en Belgique de fin novembre à février 1793, il poursuivra ses opérations occultes, négociant pour obtenir la neutralité de
l’Angleterre et poursuivant une politique annexionniste, rendant impossible cette neutralité. Le résultat de son actionsera catastrophique, la Belgique sera perdue, Dumouriez qu’il soutenait,trahira,
enfin l’ennemi passera à nouveau les frontières.
Entre temps, lors du procès duroi, après avoir semble-t-il promis de
jouer l’indulgence et peut être après avoir touché de l’argent, il votera pour la mort et contre le sursis.
Malgré son
échec en Belgique,il a encore la confiance des Montagnards et de Robespierre en particulier,ainsi, le 25 mars 1793, il entre au Comité de Défense Générale. A la créationdu Comité de Salut Public, il est
appelé à y siéger le 6 avril et prend en charge la diplomatie.
Il poursuivra alors sa politique de négociation secrète alors qu’il n’est pas mandaté pour le faire. En réalité, il est le vrai chef du Comité et il faut bien le dire sa politique est globalement
un échec,insurrection en Vendée, ennemis aux frontières, insurrection fédéraliste dans de nombreux département. Marat pourra parler de « Comité de la perte publique ». Petit à petit,
il perd la confiance des patriotes, on lui reproche ouvertement son double jeu et les comptes ministériels toujours pas rendus. Le 10 juillet il est éliminé du Comité de Salut public. Les nouveaux
dirigeants de la France rompront alors avec la politique d’atermoiement et de diplomatie secrète, ne comptant plus que sur la victoire. Pourtant, peut être à titre de consolation, le 25 juillet 1793,
il sera élu Président de la Convention.
Le 6 septembre, au lendemaindes journées des 4 et 5 quand la Commune de Paris
appelle, à l’initiative deChaumette, à des mesures populaires, il sera appelé au Comité en même temps que Collot et Billaud, mais il refusera cette nomination. Il est intéressant de noter qu’en appelant
Danton en même temps que des personnalités de gauche,la Convention entendait, si je puis dire jouer une position centriste. Il s’agissait très probablement d’une initiative de Robespierre et il est dommage
que le tribun ait refusé.
Mais à cet époque, l’homme de l’audace n’est plus le même ; veuf depuis quatre mois, il vient
d’épouser le 10 juillet, Louise Gély, jeune fille de 16 ans. Danton est amoureux, j’aurais de plus tendance à penser comme Louis Madelin l’un de ses biographes, qu’il est las du pouvoir parce qu’il est en
pleine dépression.Il n’assume pas les conséquences de l’évolution de la situation, et en particulier l’exécution des Girondins le 31 octobre. Aussi, comme on dirait aujourd’hui, ayant obtenu un congé de la
Convention, il part se ressourcer à Arcis à partir du 12 octobre.
Mais l’affaire Chabot éclate, Basire le met plus ou moins en cause. Aussi, alors que rien ne permet de penser que Robespierre ait à cet époque pensé le frapper, Danton rappelé par ses amis qui ont dû
noircir le tableau pour se défendre eux même, va rentrer à Paris fin Novembre.
Pour se défendre, ses amis compromis, doivent
attaquer les Hébertistes et avec eux les excès de la Terreur, mais pour ce faire il doivent aussi attaquer la position du Comité,ils exploitent contre lui le mécontentement né de la situation imposé par la
politique de guerre, maximum, levé en masse. Sur ce est ouverte par Desmoulinsla campagne des Indulgents dans son journal Le Vieux Cordelier. Danton ne se posera pas comme étant le chef de ce parti,
mais ne le combattant pas, il en devient la caution morale. Or la politique modérantiste qu’il n’attaque pas, n’as pas encore sa raison d’être, à l’époque où elle fut entreprise, elle risquait de réduire la
mobilisation encore indispensable. G.Lefebvre l’a fort bien vu, la guerre était alors loin d’être gagné.
Aussi, une fois les
Hébertistes éliminés, le Comité devait liquider les modérés, même si ce faisant, il se séparait d’une partie de sa base populaire. Danton et ses amis tomberont doncle 10 germinal de l’an II (29 mars 1794).
Arrêtés, il seront traduit devantle Tribunal Révolutionnaire le 13 germinal. Je ne reviendrai pas sur le procès bien connu, l’amalgame fait entre les accusés - politiques et escrocs jugés ensembles -
les témoins récusés,les accusés exclus de l’audience.
Le 16 germinal de l’an II Danton portera sa tête sur l’échafaud.