
Né le 15 juillet 1753 et mort le 23 juillet 1794, à Paris.
Louis-Marthe Gouy d'Arsy (ou d'Arcy) fait ses études au collège d'Harcourt, puis à l'école d'artillerie de Strasbourg, avant de gravir rapidement les échelons des distinctions d'Ancien régime, privilèges facilement accordés aux enfants bien nés des familles qui fréquentent la Cour. En 1788, il est ainsi chevalier de Saint-Louis, grand bailli d'épée des baillages de Melun et Moret, et administrateur de la compagnie des Eaux de Paris. Marié depuis 8 ans à Anne-Aimable Hue de Bayeux, une riche créole de Saint-Domingue, il est un des grands propriétaires de l'île, se vante d'y posséder 500 nègres, et détient un quart des parts de la grande sucrerie Bayeux et de la grande cafetière Provence (toutes deux estimées à plus d'un million de livres).
Il est un des promoteurs des réunions régulières des colons résidants à Paris, réunions qui formalisent la création du comité colonial de Saint-Domingue, le 15 juillet 1788. Un des travaux fameux de cette commission, qui réunit avec Gouy et 5 autres grands propriétaires quelques futurs constituants (Choiseul-Praslin, Reynaud et Pérrigny) est la distribution de la brochure qu'elle fait rédiger par M. de la Croix : Voeux patriotiques d'un Américain sur les prochains Etats généraux. Les colons y manifestent leur envie, sommes toutes légitime, de participer davantage à l'élaboration des lois régissant les colonies.
Les commissaires du comité auront pourtant beau batailler ferme dans les cabinets ministériels : le 8 août 1788, les Etats-généraux sont convoqués pour le 5 mai 1789, sans représentants des colons. C'est une sacrée déception pour Louis-Marthe qui, après s'être vu refuser la confiance de la Noblesse de Melun, avait du se rabattre sur ses collègues du comité pour être élu deuxième député de Saint-Domingue (l'actuel Haïti), où il n'avait pourtant jamais résidé.
Mais la Révolution offre une carrière aux initiatives. Les députés des colonies, sans pouvoirs, sont bien présents aux séances des députés officiels. Gouy est même admis à siéger, de fait, le 13 juin 1789. Une semaine plus tard, dans ce moment d'extrême tension où les députés du tiers se réunissent, renforcés de quelques nobles et de quelques ecclésiastiques pour déclarer le serment du Jeu de Paume, les députés des colonies s'y trouvent encore. Ils prêtent serment. Dès lors il sera vain de leur rappeler l'irrégularité de leur présence au sein de l'Assemblée nationale. La Société des Amis des noirs, et ses sympathisants parmi les députés s'y casseront les dents. Tout au plus arriveront-ils à limiter le nombre de représentants des colons à l'Assemblée : Arguant la richesse des productions des îles et le nombre de ses habitants, Gouy réclame pour 20 députés. Mirabeau rappelle qu'aucun homme de couleur des îles n'a pu avoir la possibilité de participer à l'élection de ces grands propriétaires, et signale perfidement que les régions françaises n'ont pas compté le nombre de leurs chevaux et mulets pour y proportionner leur nombre de députés ; que si alors ce sont bien à des bêtes de sommes que sont assimilés les nègres, cette députation doit être ramenée à 4 représentants. L'assemblée tranche le 4 juillet 1789. Ils seront six. Gouy en fait partie. Siégeant d'ordinaire à gauche, il interviendra une cinquantaine de fois entre juillet 89 et septembre 91.
Cette anicroche avec Mirabeau est le prélude des nombreuses, intenses et tumultueuses discussions qui permettront à Gouy d'Arsy de s'illustrer dans la matière, où, comme il se doit, il est le plus prolixe tout au long de sa carrière de Constituant : la question des colonies et le statut de ses habitants.
Arc-bouté sur la défense des intérêts économiques des colons blancs, en cela proche des aspirations de la droite parlementaire, contre l'exécutif royal et contre les "démagogues", il fait feu de tous bois pour s'opposer à l'admission des hommes de couleur libres aux droits politiques. Pour y parvenir, Gouy peut compter ses atouts, et le club Massiac en est un, de taille. Fondé le 20 août 1789 par Moreau Saint-Méry, un autre richissime colon, voilà une société influente, construite sur les bases du feu comité de Saint-Domingue prérévolutionnaire. Gouy en est un membre éminent, il y trouve des partenaires politiques puissants pour le suppléer dans ses joutes parlementaires, des pamphlétaires obstinés, et les contacts utiles auprès d'armateurs et de commerçants influents dans les îles et en France. Autre atout : Le club est en lien étroit avec la majorité des députés qui composent le comité colonial à l'Assemblée, c'est à dire le groupe de députés appelé par les constituants à lui proposer des lois sur toutes les questions relatives aux colonies. Troisième atout : une assemblée frileuse, consciente du poids économique des colonies, inquiète de leur possible perte, et mise justement en face d'une situation explosive dans les îles.
Feu de tous bois donc. Et tout y passe : Si émeutes il y a dans les colonies, c'est que la philosophie y fait des ravages ! que la Société des Amis des Noirs y fait passer en cachette armes, écrits incendiaires et bandits stipendiés pour y soulever les esclaves noirs ! que les propriétés des colons blancs qui ne brûlent pas encore sont toutes en péril ! que la guerre civile va y faire rage ! que les esclaves vont tout massacrer ! que la perte des colonies va s'en suivre ! que la ruine des grands ports français et de leur économie s'y profile déjà ! que voilà les ouvriers des ports sans travail, des millions de français déjà bientôt morts de faim ! (11 mai 1791).
Qu'est-ce donc alors, en face de ces malheurs, que de refuser à une portion infime de citoyens ce qui a été refusé à tant d'autres, et notamment aux juifs de France ? Et puis pourquoi, que diable ! Gouy l'a dit lui-même : Ces nègres n'ont jamais eu d'amis plus officieux, plus tendres que mes collègues et moi-même...."
A côté de ses imprécations, et de celles d'un Saint-Méry ou d'un Arthur Dillon, le soutien sérieux et austère, froidement idéologique, et pour tout dire d'une autre portée intellectuelle des membres du comité colonial, Malouet et Barnave en tête, arrive comme la seconde lame qui succède à la terreur panique et donne la caution scientifique et philosophique aux idées conservatrices de Gouy. L'extrême gauche parlementaire, celle qui tonne à l'Assemblée mais aussi aux Jacobins, encore celle qui, par l'intermédiaire de Brissot dans la presse, entame une longue et violente polémique avec Gouy, en sera pour ses frais. De débat sur l'esclavage, de débat sur la traite, il n'y aura point.
A peine l'Assemblée nationale, épuisée mais toujours frileuse, lâche-t-elle le 15 mai 1791 un décret accordant aux hommes de couleur libres de deuxième génération le droit de participer aux prochaines assemblées provinciales. C'en est déjà trop pour Gouy : Le lendemain, un des secrétaires de la Constituante lit un courrier qu'il cosigne avec quelques collègues d'infortune, parce que "dans l'état actuel des choses", il croit "s'abstenir des séances de l'Assemblée."
Il est cependant de retour pour participer à la révision de la Constitution et à l'abrogation du décret du 15 mai en septembre 91. A cette date, il est depuis deux mois et demie passé des Jacobins aux Feuillants.
Moins en vue après la séparation de la Constituante, il revoit Moret, en est nommé maire, puis commandant de la garde nationale de Fontainebleau, puis maréchal de camp le 6 février 1792. C'est une carrière de militaire qui succède dès lors à son activité de politique. En mars 1793, la Convention lui donne l'ordre de mater une révolte contre la réquisition à Noyon. L'affaire tourne mal, Marat dénonce son action, et le 6 avril 93, sur proposition de Robespierre-jeune, il est réintégré en prison après une courte libération.
Il ne retrouvera plus la liberté et fera partie du lot des malheureux sacrifiés de la prétendue conspiration des prisons de 1794.
Il meurt guillotiné le 5 thermidor an II (23 juillet 1794).