Zalkind HOURWITZ
(1740-1812)
[49 ans en 1789]
Lublin 1740, Paris 1812
Né en Pologne, il vécut en Allemagne, où il se lia avec Mendelssohn et Mirabeau, puis vint à Paris vers 1780. Il étudia à Metz auprès du grand talmudiste Reb Aryeh Loeb ben Asher. Lorsque la société royale des Sciences et des Arts de Metz mit au concours une dissertation sur « les moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France », il envoya une Apologie des Juifs qui fut distinguée et couronnée en même temps que les textes de l’abbé Grégoireet de Tierry. Il s’agissait de loin du plus radical des trois essais, car il préconisait l’émancipation complète, et surtout la dissolution des communautés juives et la limitation du pouvoir des rabbins. Il y avait chez lui un rigoureux universalisme, assorti d’un anti-cléricalisme ironique qui le fit surnommer le « Voltaire juif ». Il défendait les philosophes contre les talmudistes, bien qu’il fût lui-même un connaisseur éminent de la tradition juive. Son texte fut publié en 1788 et le rendit célèbre.
Il fut nommé au printemps 89 conservateur des manuscrits orientaux à la Bibliothèque royale, et secrétaire interprète du Roi pour les langues orientales. Ces charges lui furent conservées(avec quelques changements de titres) pendant toute la Révolution, par tous les gouvernements successifs : il fut notamment le premier conservateur du département des manuscrits orientaux à la Bibliothèque Nationale et y accomplit sous la Terreur un énorme travail. Mais il avait deux champs d’activités différents : à côté de son œuvre de savant, c’était également un redoutable activiste politique. Il s’engagea fortement en faveur de la Révolution dès ses débuts, fit partie de la Garde Nationale et surtout écrivit dans de nombreux journaux révolutionnaires, surtout les Révolutions de Paris dePrudhomme et la Chronique de Condorcet. Ses textes humoristiques,brillants et souvent polémiques eurent beaucoup de succès, à juste titre car il avait beaucoup de talent. Ainsi lorsqu’il dénonçait en ces termes les mesures discriminatoires envers les Juifs prises par les administrateurs de police parisiens :
« J’ai l’honneur,Messieurs, d’être votre parent, quoique à un degré fort éloigné, étant comme vous descendant d’Adam en ligne directe. Malgré cette parenté, je n’ai pas comme vous le droit de citoyen. La raison en est que l’homme et la femme qui m’ont produit, sans me consulter, priaient l’Être Suprême , que je ne suis ni l’un ni l’autre. Car j’y lis :« M. Perron, administrateur, pour les cafés, les auberges, les étrangers et les juifs. » Cela rappelle la plaisanterie de Cicéron qui distinguait Julius de César. Mais le bureau de la ville, qui n’a sûrement pas voulu plaisanter, pourquoi nous traite-t-il comme une espèce d’ amphibien et demeuraient en Pologne, c’est-à-dire hors de barrières de Bordeaux et d’Avignon. N’étant pas citoyen, je me suis regardé comme étranger. Quel fut mon étonnement de voir, par la liste des administrateurs insérés dans votre feuille d [1] »
Il participa à la lutte pour l’émancipation, notamment aux côtés de Godard : il fit partie de la délégation de juifs qui se rendit à la Commune en janvier 1790 et fit circuler dans les sections une pétition en faveur des droits de citoyens pour les juifs allemands. Sous l’Empire, il participa aux travaux préparatoires du Sanhédrin,sans y siéger lui-même. Déçu par les prises de positions de Napoléon, il se retira ensuite de la politique.