
Bazentin-le-Petit 1744 - Paris 1829
Dernier des onze enfants d’une famille de petite noblesse, il fit de bonnes études au Collège des Jésuites d’Amiens. A 16 ans il s’enfuit, et rejoignit l’armée en Silésie. Nommé officier presque aussitôt, sur le front de Westphalie, il se retrouva, après le traité de Paris, en garnison en Provence. Il commença d’y faire des excursions botaniques. Mais un accident le contraignit à abandonner rapidementla carrière militaire, et pour vivre, il devint employé de banque à Paris,tout en suivant des études médicales. La rencontre de Jean-Jacques Rousseau,qui en fit un de ses compagnons d’herborisation, le convainquit de s’adonner définitivement à la botanique. Remarqué par Buffon, il rédigea la section debotanique de l’Encyclopédie, et en 1778 parut son premier ouvrage, la Flore Française, qui le rendit aussitôt célèbre. L’année suivante, il fut élu à l’Académie des Sciences.
En 1781, il devint botaniste du Roi, et en 1789 conservateur de l’herbier du Jardin des Plantes. Il y constitua , au cours des années qui suivirent, la collection qui porte aujourd’hui encore son nom, riche de 19 000 spécimens.
En 1790, il participa à l’Assemblée délibérante des officiers du Jardin du Roi et du Cabinet d’Histoire Naturelle, qui, présidée par Daubenton, rédigea un nouveau règlement pour ces institutions. En 91, il fut membre adjoint au Comité d’Instruction Publique de la Législative, et il le demeura sous la Convention. A ce titre, et bien qu’il ne fit guère de « politique », il fournit un énorme travail. Il joua un rôle important dans les décisions révolutionnaires en matière de nouvelles institutions scientifiques, et surtout dans la création du Museum d’Histoire Naturelle (10 juin 1793). En 1794, il en devint l’un des douze professeurs-administrateurs, à l’une des trois chaires de zoologie. En même temps, il faisait paraître la monumentale Encyclopédie Méthodique de la Botanique, dont Pierre-Joseph Redouté dessina les planches.
En 1795 il fut nommé membre de l’Institut National des Sciences, créé par la Convention à sa séparation.
Il se mit à classer les 150000 espèces connues alors de « sans vertèbres ». Pour ce faire, il créa la notion d’invertébrés (depuis Aristote, on ne faisait de différence qu’entre les animaux à sang rouge et à sang blanc) et la divisa en 13 groupes, encore usités de nos jours. En 1801 parut le Système des Animaux sans Vertèbres, et en 1809, la première édition de la Philosophie Zoologique, où il affirmait la variabilité des espèces. Une violente controverse l’opposa dès lors à Cuvier, son collègue au Museum, champion du fixisme, car il attaquait sa théorie des bouleversements universels, pour proclamer au contraire la longue durée des ères géologiques et la continuité des êtres biologiques. Bien qu’il souscrivît à la distinction des trois règnes linéens (lapides crescunt, vegetalia crescunt et vivunt, animalia crescunt,vivunt et sentiunt), il jeta les bases d’une théorie de la matière organique végétale et animale qui devait révolutionner la pensée scientifique. En 1816, il formula dans une nouvelle édition du Systèmesa célèbre théorie de l’évolution, qui tenait en quatre « lois » :l’accroissement perpétuel du vivant, la production de nouveaux organes enfonction de besoins suscités par l’environnement, le rapport rationnel entre le développement de ces nouveaux organes et leur emploi, enfin la transmission héréditaire des caractères acquis.
Bien qu’il ait été, avec Jussieu, le plus grand botaniste de son temps, puis un formidable innovateur en matière taxinomique, il ne put convaincre de la valeur de sa théorie. Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire l’emportèrent momentanément sur lui, et il mourut relativement oublié. Mais les avancée qu’ils avaient permises étaient énormes,et Darwin devait faire son profit de l’idée de continuité et d’évolution.