Né à La Roche-Guyon en 1747,mort à Paris en 1827
D’une famille de très ancienne noblesse, titulaire d’un duché depuis le XVIème siècle, il fit des études au collège de la Flèche avant de devenir mousquetaire en 1762. A partir de 1770, il commanda le régiment familial, la Rochefoucauld-dragons. Chevalier de Saint-Louis en 1781, il succéda en 1783 à son père comme grand maître de la garde-robe. Outre sa carrière militaire et son rôle de courtisan, il s’intéressait à l’industrie et à l’agriculture dans un but de philanthropie. En 1784, il fonda une filature de coton, puis une école des arts et métiers, à Liancourt, destinée aux enfants des militaires pauvres.
En 1787, il participa à l’Assemblée provinciale de Soissons. Lié aux milieux intellectuels parisiens, notamment à Necker et à Condorcet, il fut membre de la Société des Trente et s’intéressa à la question du crédit national. En 1789, il fit paraître un traité sur ce sujet : Finances, crédit national, intérêt politique et de commerce ;forces militaires de la France, où il préconisait une refonte totale du système.
Élu par la noblesse de Clermont-en-Beauvaisis, il siégea avec les libéraux et fut favorable à la réunion des ordres. Proche du Roi, il servit à plusieurs reprises d’intermédiaire entre la Cour et l’Assemblée. La légende veut que ce soit lui qui ait annoncéla prise de la Bastille à Louis XVI et donné à la question du roi :« C’est une révolte ? » la célèbre réponse « Non Sire, c’est une révolution ! ». Mais le fait n’est pas attesté.
A la Constituante, il siégea au centre. Favorable à un pouvoir royal fort, et notamment à la sanction royale, il essaya toujours, un peu comme Mirabeau mais par de tout autres moyens, de préserver l’autonomie royale dansla nouvelle Constitution. Membre du Comité des Finances de la Constituante,ainsi que du Comité de mendicité, il déploya une vaste activité notamment dans la réorganisation des hôpitaux parisiens. Il s’occupa aussi de questions sociales, point sur lequel il se montra peu libéral : il préconisait l’ouverture d’ateliers pour employer les vagabonds et la mise en place d’un système de passeports destiné à surveiller leur circulation. Il fallait selon lui interdire et punir sévèrement la mendicité. Néanmoins, le vaste projet d’assistance publique auquel il travailla à cette période, etqui ne fut jamais mis en œuvre, annonçait à certains égards celui qui serait plus tard développé par les Montagnard, et il réclama que les biens du Clergé fussent employé à assurer à tous une éducation minimale, sans distinction de fortune.
Il intervint en faveur des Juifs portugais et espagnols lors de la mémorable séance du 28 janvier 90. Sur la question coloniale, il se prononça en faveur des droits des hommes de couleur. Jacobin, il passa aux Feuillants en 1791.
Après la séparation de la Constituante, il reprit du service dans l’armée tout en se préoccupant du sort de Louis XVI. Il tenta d’organiser une nouvelle fuite en 1792, qui aurait conduit le roi chez lui en Normandie. Il démissionna de l’armée après le 10 août et s’enfuit en Angleterre. Il avait au préalable mis son immense fortune (c’était un des hommes les plus riches de France) à la dispositionde la famille royale.
Pendant la Terreur, il voyageaen Amérique et au Canada, pendant que ses biens étaient confisqués et missous séquestre. A son retour en France, en 1799, il revint à ses activités industrielles et ne se mêla plus guère de politique. La restauration le fit Pair de France. En 1816, il fonda une toute nouvelle institution, destinée à une longue carrière : la Caisse d’Epargne. Il consacra la fin de sa vie des œuvres de bienfaisance, n’ayant jamais abandonné son idée d’éradiquerla pauvreté par les bienfaits de la prospérité et d’un plus juste partage du travail et des richesses.
Ces idées trop libérales le firent mettre à l’écart par le régime de Charles X.