Paris 1743-Paris 1794
Fils d’un avocat au parlement, il fit preuve dès l’enfance d’aptitudes exceptionnelles. Elève au collège Mazarin, réputé pour son enseignement scientifique, il y suivit les cours de la Caille, mathématicien et météorologue. Il s’engagea ensuite à la fois dans des études de droit et des études de sciences. Licencié endroit en 1764, il devint avocat en parlement. En même temps, il suivit les cours de physique de Nolet, ceux de botanique de Bernard de Jussieu, et surtout ceux de chimie de Rouelle, qui l’initia aux techniques de la manipulation des« airs » (on ne disait pas encore des gaz). A partir de 1763, il entreprit ses propres expériences dans divers domaines, notamment en géologie.Ses premiers travaux (qui datent de 1765) portèrent, à la suite de Guettard qui établissait la première carte géologique de la France, sur les roches sédimentaires,et spécialement sur la solubilité du gypse. Il multiplia par la suite les observations diverses, et fut nommé à l’Académie, au poste d’adjoint-chimiste,en 1768. La même année, il entra dans la ferme générale, en achetant un tiers de part (il n’eut une part entière qu’à partir de 1779). Inspecteur régional en Lorraine, il profita de ses voyages d’inspection pour faire des observations géologiques et météorologiques.
En 1771, il épousa la fille d’un autre fermier général, immensément riche, et en 1775, il fut nommé par Turgot inspecteur de la Régie des Poudres. Ses travaux scientifiques sont innombrables, mais sa principale innovation consista à détruire la théorie du phlogistique, qui expliquait le feu par l’émanation d’un fluide « igné »,et à établir la première théorie moderne de la combustion. Il mit fin également au système des quatre éléments, en démontrant le caractère composite de l’air et de l’eau. Il eut la plus grande peine à faire valoir sa « révolution »chimique auprès des autres grands scientifiques de son temps. Il ne convainquit Berthollet qu’en 1785, Guyton de Morveau et Fourcroy qu’en 1786 . Ils purent dès lors élaborer tous ensemble, à partir des bases conçues par Guyton, la nomenclature chimique moderne. Ils inventèrent alors les noms d’oxygène,d’hydrogène et d’azote pour nommer les nouveaux éléments issus de l’analyse de l’air et de l’eau… La nouvelle nomenclature fut publiée en 1787 : Méthode de nomenclature proposée par MM. De Morveau, Lavoisier,Berthollet, et Fourcroy. C’est la nomenclature actuelle.
Lavoisier s’intéressaitaussi à l’agriculture : il était proche par ses idées desphysiocrates, et publia plusieurs mémoires sur les parcages des bêtes et surles engrais. A partir de 87, il fut représentant du Tiers Etat à l’assembléeprovinciale de l’Orléanais. Il fournit un très grand travail, préconisantl’abolition de la corvée et la création d’une caisse d’épargnepopulaire, destinées à procurer aux travailleurs une rente viagère à partir de l’age de soixante ans. Il était pourtant très impopulaire, à cause deson rôle dans la ferme générale, où il se montra toujours implacable :dès 1775, il avait contribué à la chute de Turgot en refusant d’accepter laréforme des taxations, et il fut le promoteur de la construction du mur autour de Paris pour empêcher les fraudes. En mars 89, quand il se présenta aux élections,il fut rejeté par le Tiers, mais parvint à se faire élire député suppléant par la noblesse (son père avait acheté,en 1772, un office anoblissant). Membre de la Caisse d’escompte, il s’intéressa à la question des assignats, et publia en 1790 des Réflexions sur les assignats et sur la liquidation de la dette. Il entreprit ensuite une énorme enquête sur les revenus des français, d’après les statistiques de la ferme générale, et en tira un mémoire sur les impositions, De la richesse territoriale du royaume de France, qu’il présenta à la Constituante en1791. Il demeurait chargé de la régie des poudres et des entrées de Paris, et continuait ses travaux scientifiques. Il participa notamment à l’établissement des bases du système métrique, et détermina en 93 (par une approche à 1/20000 près par défaut) la nouvelle unité de masse, le grave, qui s’appellerait plus tard le kilogramme. Mais il était très hostile au nouveau régime, et se retira des affaires publiques après le 10 août. Le 28 novembre 93, il fut emprisonné en même temps que les autres fermiers généraux. Son procès eut lieu six mois plus tard, et il fut condamné à mort et guillotiné le 8 mai 1794.
Sa mort devait faire grand tort, par la suite, à la mémoire de la République, qui avait guillotiné le plus grand scientifique de l’époque. Le fait est indéniable, mais il a été travesti. On forgea une phrase absurde, « la République n’a pas besoin de savants », qu’on attribua à Dumas lors du procès. Ensuite, quand il apparut qu’il ne pouvait l’avoir prononcée (il ne prit aucune part à la condamnation de Lavoisier), elle fut réattribuée à Coffinhal. Fausse historiquement, elle contribua à faire oublier certaines vérités : desgrands savants de l’époque, Lavoisier fut un des très rares à avoir pris parti contre la République : le seul, par exemple, des quatre fondateurs de la chimie moderne cités plus haut, les trois autres ayant été des républicains convaincus (deux, Guyton et Fourcroy, furent conventionnels et Montagnards). Et la Convention honora toujours les savants et leur créa des cadres de travail sans précédents dans l’histoire européenne. La condamnation de Lavoisier,qui fut probablement une erreur politique, fut souvent présentée comme ungeste purement démagogique, car il était profondément haï des milieux populaires. Pourtant elle eut lieu sur un dossier réel et pour des faits politiques avérés.