Louis LEGENDRE (1752-1797)
[37 ans en 1789]
Ce fils de boucher, matelot pendant dix ans avant de s’établir lui même comme boucher à Paris est un homme sans instruction mais doté d’un courage certain. Il embrasse la Révolution et entraîne le peuple à l’attaque de la bastille le 14 juillet 1789. Très populaire dansles bas quartiers de Paris, il fonde le club des cordeliers avec Danton qui l’appelle" mon lieutenant ". Orateurs des cordeliers comme des jacobins à la fin de 1791, il participe très activement à l’attaque des tuileries, le 10 août 1792, ou il est de ceux qui forcent Capet à boire au goulot.
Paris l’élit à la Convention. Il y siège à gauche et vote la mort du roi avant de partir pour Lyon. A son retour, il est dénoncé comme modéré aux jacobins mais arrive à se justifier. D’abord partisan d’une réconciliation entre montagnards et girondins, il finit par s'exaspérerer de ces derniers. Le 2 juin 1793, il lance à Lanjuinais qui occupe la tribune de la Convention :" Descend ou je t’assomme " ce à quoi Lanjuinais lui répond :" Fais d’abord décréter que je suis un bœuf ! ".
Peu après, il est exclu du club - de son club - des cordeliers pour avoir critiqué les mesures terroristes d’Hébert. Très peiné par ce renvoi, il part en mission à Rouen ou il sévit avec modération contre les royalistes et les girondins. A son retour à Paris, il épouse la faction dantoniste et est constamment traité de contre-révolutionnaire dans cette fosse septique qu’est le journal d’Hébert. Il tente de convaincre le tribun de partir avec sa famille, Danton lui répondra ce mot mythique : " On emporte pas la Patrie à la semelle de ses souliers ! "
Après la mort de son héros, il se tait et attend la chute de Robespierre qu'il sent proche. Le 9 thermidor, il hurle à un Robespierre exténué : " C’est le sang de Danton qui t’étouffe ! " et Robespierre de lui répondre :" Ah ça, c’est Danton que tu veux venger ? lâche, pourquoi ne l’as tu pas défendu ? ".
Il devient ensuite le " bras armé " de la réaction thermidorienne en dénonçant les terroristes et en réprimant les insurrections de germinal et de prairial avant de s’inquiéter de la montée des royalistes.
Plus tard, c’est un homme usé physiquement qui siège au conseil des anciens. Baudot dira de lui : " C’était un spectacle à fendre le cœurde voir ce bœuf, si furieux à la Convention, verser des larmes de repentir en présence de la tombe prête à s’ouvrir ".
Legendre s’éteint le 13 décembre 1797 à Paris. Cet homme sorti du peuple, ce patriote naïf mais sincère a attiré successivement l’amitié deDanton, la haine d’Hébert, le mépris de Marat, la méfiance de Robespierre puis l'oubli des générations à venir.