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Jean-Siffrein Maury, dit L'ABBÉ MAURY
[43 ans en 1789]
Né à Valréas en 1746, mort dans les États du Pape en 1817 .
Sa famille était originaire du Dauphiné : c’étaient des protestants. Son grand-père s’enfuit de France en 1685 tandis que le reste de la famille se convertissait.
Le père du futur abbé Maury, cordonnier, mit cependant son fils au collège de Valréas.Après de bonnes études, il entra au séminaire d’Avignon. Ordonné prêtre en 1769, il témoigna aussitôt d’une
formidable ambition, et gravit avec une rapidité extraordinaire tous les échelons d’une carrière qui demeure une des plus étonnantes de la fin de l’Ancien régime. De nombreux éloges et panégyriques le
firent remarquer du haut clergé, et il se retrouva prédicateur du roi,titulaire d’une des plus riches charges de France et membre de l’académie Française.
Elu aux Etats généraux par le clergé de Péronne, il fut un des membres les plus remarqués de la Constituante : outre son physique imposant, sa force colossale, et sa voix éclatante, il frappait par son éloquence, son érudition souvent
teintée d’une ironie mordante et son obstination à parler sur tous les sujets.Terrible polémiste, redoutable bien que trop verbeux et pédant, il siégea à la droite la plus extrême et mit son
talent au service de la réaction. Il fut un des rares Constituants capables de tenir tête à Mirabeau, avec lequel il possédait, assez paradoxalement, un certain nombre de points communs bien qu’il
lui fût inférieur sur le plan intellectuel. Leurs affrontements constituèrent quelques-uns des grands moments de la Constituante. Il
est difficile d’imaginer aujourd’hui sa popularité, les engouements mais aussi les haines qu’il suscita. Les patriotes l’attaquèrent dans des pamphlets d’une violence extrême,souvent très vulgaires :
il est vrai qu’il prêtait (comme Mirabeau) le flanc à la satire par ses manières, ses mœurs (il ne cachait ni ses maîtresses ni ses amants) sa violence et ses opinions ultra-conservatrices. Il fut un
des adversaires les plus acharnés des juifs, se montra systématiquement défavorable à toutes les avancées démocratiques et défendit les privilèges et les institutions traditionnels sans jamais désemparer.
Il faut toutefois signaler qu’il essaya toujours de défendre également les petites gens, les pauvres dont il avait fait partie. Sans doute le fit-il maladroitement, mais il était probablement convaincu que
le système monarchique traditionnel leur était favorable.Il émigra dès la fin de la session parlementaire et gagna Rome. Pie VI l’accueillit favorablement,
et il devint après la mort de Louis XVII le représentant de Louis XVIII auprès du Saint-Siège. Mais il estima trop faibles les chances de réussite du frère de Louis XVI, et décida subitement de regagner la France
pour se rallier à l’Empire. Incorrigible ambitieux, il oublia ses engagements précédents et courut se jeter aux pieds de Napoléon. Cardinal, anobli, il entra àl’Institut et
fut chargé du diocèse de Paris. La chute de l’« usurpateur »mit brutalement fin à sa carrière. Louis XVIII le chassa dès son retour, et il ne put obtenir le pardon de Pie VII. Emprisonné au Château
Saint-Ange, il fut un peu plus tard transféré dans un couvent où il ne tarda pas à mourir.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier
