
Il naquit dans le Gâtinais,fils de Victor Riquetti, marquis de Mirabeau, philosophe et théoricien physiocrate. Son enfance fut difficile. Défiguré, à trois ans, par des soins maladroits à la suite d’une petite vérole, d’une intelligence et d’une mémoire hors du commun, mais d’un caractère agité, il fut en butte très tôt à la haine de son père qui écrivait de lui, alors qu’il n’avait pas sept ans :« Il penche vers le mal avant de le connaître et d’en être capable. »
En 1767, il entra dans l’armée,mais le marquis refusa de lui acheter une charge, et il fit des dettes. A la suite d’une intrigue avec la maîtresse de son colonel, il s’enfuit à Paris et fut bientôt arrêté et incarcéré à l’île de Ré. Libéré rapidement,il prit part à l’expédition d Corse contre Paoli. En 1771, il fut reçu à la cour, mais se brouilla violemment avec son père. En 1772, il épousa Emilie de Marignane, sans dot mais avec des « espérances » qui reposaient sur le décès de sa belle-mère. Il spécula dessus et s’endetta lourdemen tpour mener à Aix un grand train de vie. Son père déposa contre lui une demande d’interdiction auprès des juges du Châtelet, et il fut à nouveau emprisonné, au Château d’If cette fois.
Libéréet assigné à résidence, par lettre de cachet, à Manosque, il s’enfuit à Grasse chez sa sœur, la marquise de Cabris. Là, sur la plainte d’un notable local avec qui il s’était battu, il fut poursuivi à la demande de son père et transféré dès son arrestation au fort de Joux en Franche Comté. Bénéficiaire grâce au gouverneur du fort, Monsieur de Saint-Mauris, d’un régime de semi-liberté, il fréquenta les salons et rencontra et séduisit Sophie de Monnier, jeune épouse du président honoraire de la cour des comptes de Dôle,qui avait cinquante ans de plus qu’elle. Il écrivit à cette époque son premier texte important, l’ Essai sur le despotisme, qu’il fit publier anonymement à Neuchâtel. Il y écrivait, entre autres, « Le despotisme est une manière d’être effrayante et convulsive. Le devoir,l’intérêt et l’honneur ordonnent de résister aux ordres arbitraires du monarque, et de lui arracher le pouvoir dont l’abus peut entraîner la destruction de la liberté, s’il n’est point d’autres ressources pour la sauver.(…) Le roi est un salarié, et celui qui paie a le droit de renvoyer celui qui est payé. » L’anonymat du brûlot fut rapidement levé, et Mirabeau fuit le fort de Joux et se cacha à Pontarlier. Il suivit ensuite Sophie de Monnier à Dijon, où elle s’était retirée dans sa famille après avoir quitté son mari. Là, il fut arrêté et sollicita l’aide de Saint-Germain et de Malesherbes, qui lui furent favorables. Mais son père demanda son internement à Lyon, puis à Doullens en Picardie.Il s’enfuit, une fois encore, en Suisse, à Genève puis à Thonon, dans une cavale rocambolesque où l’accompagna sa sœur. Repassés en France assez rapidement, ils se réfugièrent tous deux à Lyon puis à Lorgues en Haute-Provence. Mais il finit par repartir, seul, en Suisse où le rejoignit Sophie de Monnier. Ils mirent le cap sur la Hollande, où il écrivit pour les Francs-Maçons d’Amsterdam, qui le reçurent dans la loge « La Bien-Aimée »,un Plan de réorganisation de la Franc-Maçonnerie, où il déconseillait l’admission de « gens de peu » dans les loges. Il composa également un Avis aux Hessois, qui dénonçait les déportations en Amérique faites par le roi d’Angleterre, à l’occasion de la guerre, de sujets allemands vendus par leurs princes. A la suite d’une violente polémique avec son père, il fut à nouveau poursuivi, et le baillage de Pontarlier le condamna pour enlèvement à avoir la tête tranchée après avoir payé 40 000 livres au président de Monnier. Sophie fut condamnée à la réclusion à perpétuité dans une maison de correction, avec annulation de son contrat de mariage. L’exécution eut lieu par contumace, mais il fut rapidement extradé, et interné au donjon de Vincennes. Il y écrivit de nombreuses lettres à Sophie, un traité Des lettres de cachet et des prisons d’Etat, qui est non seulement une âpre dénonciationdes pratiques judiciaires de la monarchie française, mais aussi sa critique structurelle : « Dans tout état où les citoyens ne participent point au pouvoir de la législation par la délégation d’un corps de représentants librement élus par la plus grande partie de la nation, et sujets au contrôle de leurs constituants, il n’y a point, il ne saurit y avoir de liberté publique. »
Ilécrivit également plusieurs ouvrages érotiques, tous très mauvais. En 78 mourut son fils légitime, Victor-Gabriel-Emmanuel, et en 80 la fille qu’il avait eue de Sophie, Gabrielle-Sophie, qui avait été retirée à sa mère et mise en nourrice. Cette même année il fut libéré, ou plutôt « dédonjonné »comme l’écrit le marquis, et placé « sous la main de son père »par lettre de cachet. Il obtint en 82, à coup de Mémoires provocateurs et de transactions avec Monnier, l’annulation de la sentence de Pontarlier. En 83,il intenta à sa femme le célèbre « procès d’Aix » pour tenter de la forcer à reprendre la vie commune et surtout pour bénéficier de la fortune dont elle avait finalement hérité. Il fut débouté mais devint célèbre à cette occasion, son extraordinaire éloquence ayant frappé les spectateurs au cours des débats. Il passa en Suisse, où il travailla pour Clavière et fit la connaissance de Brissot, puis en Angleterre, où il publia de nombreux ouvrages polémiques contre l’agiotage (il dénonça les spéculations del’abbé d’Espagnac sur les actions de la Compagnie des Indes), la Compagnie des eaux (au sujet de laquelle il affronta Beaumarchais), et les visées deJoseph II sur les bouches de l’Escaut.
En85, il partit en Prusse, chargé d’une vague mission officieuse par Calonne,qui voulait tester auprès de Frédéric II, à l’insu de Louis XVI, la possibilité d’un nouveau renversement des alliances. Il emmenait un de ses enfants adultérins, Lucas de Montigny, et celle qui devait être sa dernière compagne, Henriette-Amélie Van Haren, plus connue sous le surnom qu’il lui avait donné de Yet-Lie. Frédéric II, mourant, le reçut à Postdam mais le rembarra poliment. A la mort du vieux roi, il offrit ses services à son successeur, Frédéric-Guillaume II, à qui il écrivit une lettre « ouverte »où il prônait le pacifisme et le libéralisme de la part du prince, la gratuité de la justice, le droit à l’emploi, l’instruction publique). Déçu, il écrivit alors l’Histoire secrète de la cour de Berlin, satire du despotisme éclairé,qui fut un des derniers écrits brûlés en place publique sous l’Ancien Régime.Rentré en France, il fut sous le coup d’une lettre de cachet de Louis XVI,que Calonne, plus lucide que le roi, intercepta. Il écrivit un mémoire, Sur Moses Mendelssohn et sur la réforme politique des Juifs où il était partisan de l’émancipation totale et diffusait les idées de Dohm dont il était devenu l’ami à Berlin. Il souhaita, à l’annonce de l’Assemblée des notables, en faire partie, mais ce fut un nouvel échec.
Apartir de 89, il fit campagne contre les privilèges en Provence, ce qui le rendit très populaire auprès des pauvres qui l’appelaient « notre petite mère Mirabeau. » Il fonda le Courrier de Provence, adhéra à la Société des amis des Noirs, et publia plusieurs brochures, dont un Appel à la Nation provençale qui dénonçait les injustices liées aux privilèges. En mars, il fit une entrée triomphale à Aix et, « obéi comme un père adoré » selon ses propres termes, apaisa les émeutes qui marquèrent les processus électoraux en Provence.
Elu représentant du Tiers à la fois par Marseille et par Aix, il opta pour cette dernière. A Paris, il tenta sans succès de s’entendre avec Necker, et ce fut lui qui refusa, devant Dreux-Brézé, que les députés du Tiers quittent la salle de délibération, même s’il n’a sans doute jamais vraiment prononcé la célèbre phrase qui le fit entrer dans l’histoire : « Noussommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes. » le 17 août, il présenta un projet de Déclaration des Droits de l’Homme, et le 19 septembre, fit voter la « contributionpatriotique » du quart des revenus. Il appuya le vote de la nationalisation des biens du clergé, le 2 novembre.
Partisan d’une monarchie constitutionnelle à exécutif fort, où le pouvoir du roi pourrait contrebalancer celui de l’Assemblée, il défendit les prérogatives royales, notamment le veto. Dès octobre 89, il remit au roi un mémoire où il lui conseillait de partir pour Rouen. Il aurait voulu accéder au ministère,mais l’Assemblée vota contre lui, le 7 novembre, le décret qui interdisait le cumul des mandats de député et de ministre. A partir de mai 90, il conseilla régulièrement la Cour, contre le paiement de ses dettes ( 208 000livres) et 6000 francs par mois, plus un million à la fin de la session parlementaire. Il appuya le droit de paix et de guerre au roi, mais en vain. Dès lors il fut partisan de mesures extrêmes. Il soumit au roi un vaste plan de corruption et de propagande, destiné à créer une agitation violente. Le roi quitterait alors Paris, dissoudrait l’Assemblée et ferait appel à la Nation,quitte à écraser la capitale par un blocus et la famine. Il continuait pendant ce temps à tenir des propos libéraux à l’Assemblée.
Néanmoins,à la suite d’une entrevue secrète avec la reine, il fut accusé de trahison,et des pamphlets circulèrent contre lui, tandis qu’aux Jacobins sa popularité commençait à être concurrencée par celle de Robespierre, son exact contraire, à qui le soutien des milieux populaires donnait de l’autorité. Il fut malgré tout élu, le 21 janvier 91, membre du Directoire du département deParis, et le 29 janvier, président de l’Assemblée. Epuisé par une vie d’excès, il mourut le 2 avril, non sans avoir eu au paravant la douleur d’apprendre le suicide de Sophie de Monnier. Son corps fut immédiatement portéau Panthéon, mais en fut retiré en 94, après que la découverte de l’armoire de fer eut révélé ses rapports avec la Cour.