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Jeanne-Marie ou Manon Phlipon, dite MANON ROLAND (1754-1793)
[35 ans en 1789]
Paris 1754-Paris 1793
Fille d’un graveur parisien,elle acquit, seule ou presque, une importante culture littéraire et philosophique. Elle découvrit,
à huit ans, Plutarque et fit des
Vies Parallèlessa Bible. Plus tard elle lut Rousseau et Montaigne, puis des traités économiques.A vingt-six ans, elle épousa, après beaucoup d’hésitation,
Jean-Marie Roland. En 1781 naquit leur fille Eudora. En 1787, Manon composa des
Réflexions sur Plutarque, où elle associait dans un même hommage l’auteur grec et Rousseau. Elle commença également
de recevoir des amis, comme Bosc d’Antic,Lanthenas, Bancal des Issarts, etc. Brissot s’y joignit peu avant la Révolution.A Paris, à partir de
1791,elle tint un salon régulier (elle donnait à dîner deux fois par semaine).S’y rencontraient beaucoup d’hommes en vue de l’époque, du parti « patriote » :Brissot, Pétion, Buzot, mais aussi Robespierre ou Couthon.
Détestant Mirabeau et les Monarchiens, favorable à tous les combats pour l’égalité civique(celle des hommes de couleur, des citoyens passifs, etc.) elle commença de jouer de son influence.
Varennes la poussa
à un républicanisme ardent, dont elle ne devait plus se défaire.Toutefois, après le massacre du Champ-de-Mars, les Roland rentrèrent
à Lyon et Madame Roland renonça momentanément à la politique.Quand son mari fut nommé ministre, elle reprit ses réceptions, dans son salon de
la rue Guénégaud,mais sans les Montagnards dont elle s’était peu à peu détachée. Le 10 juin 92, elle écrivit, sous le nom de son mari, une lettre au roi lui demandant de sanctionner les décrets de l’Assemblée,
lettre qui fut imprimée par la suite et la rendit célèbre.Après le 10 août, elle prit,semble-t-il, de plus en plus de pouvoir sur le ministère et sa
gestion. Elle subit alors de très violentes campagnes de presse de la part des Montagnards,qui la surnommaient la « Reine Coco » et la couvraient de sarcasmes.A côté de certains griefs justes, notamment
en matière politique et sociale,elle
était accusée par la presse« patriote » d’accaparement et d’étalage de luxe, ce qui était faux. La campagne d’Hébert,
où se mêlent
politique et grivoiserie misogyne, est caractéristique à cet égard.Epouvantée par les massacres de
septembre, elle devint très favorable au fédéralisme, et hostile au pouvoir populaire. Elle poussa Buzot et Roland à attaquer toujours plus violemment Robespierre et Danton. Ce dernier répliqua vertement : « Nous avons besoin de ministres qui voient par d’autres yeux que ceux de leur femme. »Madame Roland fut réellement, quoique dans la coulisse, un membre éminent des Girondins.
En même temps, elle ne cessa jamais de sociétés idéales de cultivateurs philanthropes, à la Clarens, et tenta même d’en organiser une réelle,en pleine agitation de 1792, dans un bien du clergé où elle et
ses amis auraient vécus en patriarches détachés de la politique…Après la démission de Roland,le 23 janvier 93, elle se retira à peu près de la
vie publique. Elle s’était éprise de Buzot, mais restait fidèle à son mari, à qui elle révéla sa passion. Elle échangeait toute fois avec le député de la Gironde une remarquable correspondance. Le 31 mai,
elle refusa de fuir et fut arrêtée à la place de Roland. Incarcérée à Sainte-Pélagie, elle s’y consacra à sa correspondance et à l’écriture de ses
Mémoires (destinées à sa fille), qui, quoi que partiales,
sont un des plus exceptionnels documents decette époque. Elle continuait d’écrire à Buzot, et soutint la tentative de soulèvement de la Normandie, fidèle à ce qu’elle avait affirmé à Bosc :« Il faut
veiller ou prêcher jusqu’au dernier souffle, ou ne pas se mêler de Révolution. »Traduite au Tribunal Révolutionnaire en novembre, elle fut
condamnée à mort et exécutée le 8. S’il n’est pas assuré qu’elle ait réellement prononcé la célèbre phrase : « Liberté,que de crimes on commet en ton nom », son courage et sa dignité
firent grande impression.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier
