ETTA PALM
(1743-1799)
[46 ans en 1789]
Groningue 1743, La Haye 1799
Elle naquit dans une famille de riches bourgeois de Groningue, aux Pays-Bas. Son père,
Jacob d’Aëlders,fabriquant de papiers peints, portait le titre de baron. Elle reçut une très bonne éducation, apprit plusieurs langues et acquit une culture remarquable. En 1762 elle épousa
Christian Palm, un étudiant en lettres. Très tôt veuve,elle se lança dès avant la Révolution dans une carrière de « correspondante officieuse », c’est-à-dire d’espionne, au service
de divers gouvernements. A partir de 1773, elle s’établit à Paris : elle était lors payée par Anne d’Orange, fille du Stathouder des Pays Bas, pour renseigner son père sur les secrets
diplomatiques français. Mais en même temps elle renseignait Maurepas sur les projets des Provinces-Unies. En 1788,elle fit paraître des Réflexions, qui étaient une réfutation du pamphlet de Mirabeau Aux
Bataves sur le Stahoudérat. Elle s’y engageait contre les révolutionnaires hollandais et y dénonçait les patriotes hollandais réfugiés en France.Pendant la
Révolution, elle continua son métier d’espionne des Provinces-Unies, tout en étant chargée d’agir en tant qu’ « agent d’opinion », c’est-à-dire de précipiter les événements révolutionnaires.
Aussi s’engagea-t-elle dans le courant le plus révolutionnaire. Membre de la Société Fraternelle des Deux Sexes, proche de Fauchet, elle écrivait dans La Bouche de Fer. En 1791, elle fut brièvement arrêtée par
le gouvernement français. Relâchée, elle fut dénoncée par Cerisier, dans un pamphlet intitulé Détail exact du complot formé au milieu de Paris par les puissances étrangères, avec le nom des conspirateurs.Il
l’accusait d’être un agent du Stathouder, ce qui était exact. Mais elle se justifia dans le journal de Gorsas, le Courrier des 83 Départements,et elle poursuivit sa carrière révolutionnaire. Elle l’orienta
surtout dans le sens des revendications féminines, et à cet égard son activité est remarquable. Elle fonda le premier club exclusivement féminin, la Société des Amies de la Vérité. Amie de Louise de Kéralio, elle se
dépensa fort pour la cause des femmes, s’écriant dès 1790 au Cercle Social : « Messieurs,les femmes sont vos supérieures par la vivacité de l’imagination, la délicatesse des sentiments, par la
résignation dans les revers, la fermeté dans les douleurs, la patience dans les souffrances, enfin en générosité d’âme et zèle patriotique ». En janvier 1792, elle présenta à la Législative une motion pour que
l’adultère féminin soit mis sur le même plan que celui des hommes. Le 1er avril, elle se présenta à la tête d’une députationde femmes, et demanda que « l’éducation publique, qui devait être établie pour
tous les hommes, soit étendue à (son) sexe, que les filles soient déclarées majeurs à 21 ans, qu’il règne entre elles et les garçons une parfaite égalitéde droits, que le divorce soit décrété ». Après la déclarationde guerre elle demanda l’admission des femmes à tous les emplois civiles et militaires.
En 1792, elle tenait un salon où elle recevait de nombreux députés, et plusieurs affairistes étrangers qui leur étaient liés, dont les frères Frey. C’est chez elle que Chabot rencontra
la sœur de ses derniers, qu’il devait épouser. Bazire, dont elle était la maîtresse, renseigna involontairement, par son intermédiaire, le gouvernement hollandais sur les activités des clubs
révolutionnaires... Mais à partir de novembre 1792, elle se mit en rapport avec le gouvernement Girondin : elle était liée à Clavière, et par
son intermédiaire elle proposa ses services d’agent double à Lebrun. Elle proposait de repartir en Hollande et d’y faire de l’espionnage pour la France... Lebrun accepta son offre, et elle correspondit
avec le ministère des Affaires Etrangères français jusqu’à ce que la chute de la Gironde mette fin à ses activités dans ce domaine. Les Montagnards, plus méfiants ou plus honnêtes, la remercièrent.
En octobre 1793, la saisie de ses papiers, restés en France, pesa lourd dans les dossiers d’accusation de Bazire, Chabot, Delaunay et d’autres. Elle-même fut arrêtée en 1795 par les Bataves victorieux,
et emprisonnée jusqu’en1798, où elle fut amnistiée. Réfugiée à La Haye, elle y mourut peu après.Agent double, fausse révolutionnaire,Etta
Palm est un personnage trouble , mais elle est aussi une des premières et des plus actives féministes modernes, et s’il est certain que ses prétendues
convictions « révolutionnaires » étaient de commande, il n’est pas certain qu’on puisse en dire autant de son féminisme.Ses engagements en la matière méritent
de toute façon considération par leur netteté et leur radicalisme.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier
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