Né le 13 décembre 1754 à Saint-Maixent.
Fils d’un artisan, il fit ses études au collège des Oratoriens de Niort où,peut-être, il fit la connaissance de Fouché, en effet
son futur collègue à la Convention y fut préfet en 1782. Il exercera ensuite la profession d’homme de loi à St-Maixent. Dés le début de la Révolution il se montrera partisan des idées nouvelles, aussi en
juillet 1790, il sera élu administrateur du Directoire du nouveau département des Deux-Sèvres.
Le 3 septembre 1791, il fut élu député à la Législative, le troisième au troisième tour de scrutin par 169 voix contre 116 à Lucien Jounault
et 14 bulletins nuls sur 299 votants. Piet-Chambelle secrétaire du département, fera de lui à cette époque un portrait peu flatteur : « jeune homme, de l’effervescence, du verbiage, du pédantisme, le
cœur mauvais. » Il prendra rapidement des positions très extrémistes soutenant les sections de Paris contre les ministres et dénonçant Duportail. Il attaquera également les prêtres insermentés et fera
prendre contre eux un décret de déportation le 25 mai 1792. Le 21 juin, il soutiendra une motion visant à ce que les pétitionnaires soient autorisés à venir armés à la barre de l’Assemblée. Le 10 juillet,il
approuvera Collot d’Herbois venu demander aux législateurs de déclarer la patrie en danger.
En septembre, avec Albitte, il sera envoyé en Normandie pour y annoncer la déchéance du roi. La mission des deux législateurs étaient également de surveiller l’enrôlement des volontaires, ils auront à ce propos
de grands reproches à adresser aux autorités du département. Le 19 septembre, ils écriront à la Convention dans les termes suivant :
Nous sommes maintenant dans la ville de Rouen où nous voyons avec chagrin abonder une
multitude d’ennemis de la Révolution,et, ce qui ajoute à nos inquiétudes, c’est que les lois relatives au Salut public n’y sont point ou très mal exécutées ; l’esprit public dont les germes existent
sans doute parmi les habitants est plutôt étouffé qu’excité par les corps constitués et nous ne pouvons qu’applaudir à la sage mesure prise par l’Assemblée électorale de procéder au remplacement des
administrateurs.
Le 2septembre 1792, il est élu député à la Convention le premier sur sept, au premier tour par 322 voix sur 403 électeurs. Fut-il écœuré par
les massacres de septembre, ou impressionné par la puissance grandissante des sections parisiennes, toujours est-il que dés le début de la session il évoluera vers des positions plus modérées.
Dés le 4 octobre, il attaquera très violemment Marat en ces termes :
Un de ces hommes qui ne cesse de tapisser les murs de ses productions envenimées, qui répand dans le public ses écrits incendiaires, qui ne sont plus dangereux, faisait annoncer le soir même le soir même de la dénonciation du comité de surveillance de la
commune par ses crieurs à gage qu’un grand complot de la faction brissotine venait d’être découvert. Citoyens, je ne me dis pas l’
ami du peuple, mais je le fréquente, mais je l’aime véritablement, mais j’en défendrai les intérêts,et, au prix de mon sang j’en démasquerai les
ennemis. (... ) Citoyens, tout homme qui dénonce un fait doit en apporter la preuve. Et lorsqu’on a élevé sur des citoyens irréprochable le poignard de l’accusation, il n’est plus temps de
dire : attendez, je vais chercher les preuves ; et si j’entrouve, je vous les donnerai, quand je le trouverai bon.
Il va ainsi se rapprocher
des Girondins sans qu’il soit vraiment possible de le rattacher à ce groupe.
Des troubles liés aux subsistances avaient, en novembre 1792, éclaté dans l’Eure et Loir, la Sarthe et le Loir et Cher, il fut avec
Biroteau et Maure envoyé en mission à Chartres où ils eurent, dira Jaurès, une «attitude assez piteuse ».Ils durent en effet le 29 novembre à Gourville, faire face à une manifestation populaire et
la peur pour leurs vies, c’est du moins ce qu’ils dirent, les poussa à accepter de signer une taxation illégale et à la revêtir de l’autorité de la Convention. La lecture de l’arrêté que les représentants du
peuple durent signer permet de se faire une idée de la situation difficile dans laquelle se trouvait le petit peuple :
Arrêté aujourd’hui, le 29 novembre 1792,l’an premier
de la République, par les commissaires de la Convention nationale que le prix des denrées ci-après sont à jamais fixés ainsi qu’il suit, savoir :
La tête
de blé, le setier à 17 livres, 6 sous. Qualité moyenne, le setier à 16 livres. Dernière qualité, le setier à 14 livres.
L’orge, le setier à 8 livres.
La chandelle, à 16 sous le livre.
Bœuf, 5 sous
la livre.
L’aune de toile à 2 livres. Celle de serge blanche à 55 sous.
Le fer à 20 livres le cent.
Les souliers à 4 livres 10 sous la paire. Ceux à forte semelle et à deuxrands de clous à 45 sous
la paire.
Desle
lendemain, les trois commissaires étaient de retour devant l’Assemblée et pour s’expliquer accusèrent les prêtres d’avoir excité le peuple. La Convention blâma les trois députés qui avaient cédé à l’émeute,
annula la taxe et envoya la troupe réprimer les troubles.
Bien qu’un peu long, il m’apparaît intéressant de citer tout au moins en partiele texte des explications que lecointe
donna à la Convention lors de sa séance du 30 novembre :
Hier vos commissaires envoyés dans le département d’Eure et Loir ont été à chaque minute entre la vie et la mort ;aujourd’hui la ville de Chartres
et peut-être incendiée ; c’est pour elle que nous venons vous demander des secours prompts. Le retour précipité et inattendu de vos commissaires vous jette sans doute dans l’étonnement ;en voici la cause.
Partis de Paris aussitôt que nous eûmes en notre pouvoir
les pièces nécessaires pour remplir notre commission, nous arrivâmes à Chartres le 28 ; nous assemblâmes les administrateurs, et cherchâmes à connaître d’eux la cause de ces actes de
malveillance. Nous n’en obtînmes que ce que nous savions déjà,que la colonne rebelle parcourait les communes environnantes, pillant et même égorgeant les magistrats ; on ajouta
qu’elle devait le 29 se rendre à Courville. Nous nous déterminâmes à partir pour ce dernier lieu ; hier matin 29, nous y étions. Là nous trouvâmes des attroupés en armes, et au nombre
de plus de six mille ; nous allâmes droit à eux, car on nous dit qu’ils étaient disposés à nous entendre, quoique tout annonçât qu’une étrange prévention les dominait contre la Convention
nationale. Le citoyen More, notre collègue, parla le premier au milieu d’un bataillon carré, oùnous avait placé la nécessité de nous rapprocher d’eux. Je pris après la parole, et nous ne fûmes
pas heureux ; des cris horribles, des imprécations violentes nous fermèrent la bouche. Biroteau essaya, lui aussi, de parler ;mais interrompu à son deuxième mot, nous n’entendîmes
plus autour de nous que des huées, que ce cri à la hart !à la hart ! On nous environne, déjà on nous
presse ; un citoyen de Châteauneuf me dit : « Retirez-vous...Il est là pour vous de grands dangers... » Je m’obstine à remplir mon devoir ; lui insiste... A l’instant
on me saisit ; je crie que je suis un représentant du peuple ; haches, bésaiguës, fourches, faux, sontlevées sur ma tête, sont dirigées sur ma poitrine. Le citoyen Biroteau es taussitôt
l’objet d’un grand mouvement ; on déchire ses vêtements, on veux le précipiter à la rivière ; mon heure dernière est venue, ou du moins je le pense d’après le traitement qu’éprouvent mes collègues.J’ai déjà de la peine à respirer ; on me presse la gorge, on me presse les flancs ; un homme en habit de garde chasse me menace de son fusil ;il
allait le tirer, lorsque le même citoyen qui m’avait déjà témoigné de l’intérêt espère me sauver en disant : « Il faut le garder pour taxer les blés. » Alors on me rend l’usage de mes pieds ;
jecherche des yeux mes collègues ; on me dit que je n’échapperai pas plus qu’eux. On me hisse sur les sacs de blé, on me crie plusieurs prix de taxe.Dans ce moment on traîne vers moi mes deux collègues ;
leur présence me rend un peu d’espoir. On exige de nous de ne pas démarrer(c’est leur terme) que nous n’ayons signé la taxe. Je réponds que nous n’avons aucun
caractère pour le faire... Des hurlements, des rugissements s’élèvent ; on va nous ressaisir, notre mort est assurée ;volontiers nous en aurions fait le sacrifice, si ce sacrifice eût été
utile ;mais nous pensâmes qu’il ne serait qu’un crime de plus. La tête sous la hache menaçante, nous allons subir l’arrêt. Alors nous accédons à la demande de ces furieux pour empêcher le
sang de couler, pour venir nous même vous instruire ; car, si on nous eût massacrés, vous eussiez ignoré la cause et peut-être même l’événement de notre mort.
Fidèle à ses amitiés
girondines, lors du procès du roi il votera pour l’appel au peuple. Sur la peine, il s’expliquera de la façon suivante :
Je déclare que je ne me présente point en qualité de juge, mais avec le caractère
de représentant du peuple. Mardi,j’ai voté pour l’appel au peuple. Vous avez rejeté cet appel ;je respecte votre décision, le peuple la jugera. Je représente le peuple ;le peuple a été assassiné par le tyran, je vote la mort du tyran.
Ilvotera
contre le sursis.
Le 21mars 1793, il interviendra à nouveau contre Marat :
Je déclare que s’il y avait dans la France dix hommes comme Marat, la République
serait perdue. Je ne dirais pas que sa conduite soit le résultat de sa coalition avec nos ennemis, mais je dirai qu’elle tient de la démence. Je demande donc que Marat soit déclaré en état
de démence.
Absent lors
du vote, il n’aura pas à se prononcer sur l’accusation de l’Amidu peuple.
En mars 1793, il est envoyé en mission en Deux-Sèvres et en Vendée avec son compatriote
Jard-Panvilliers pour accélérer la levée des 300 000 hommes décidée par la Convention. Devenu par la suite représentant en mission à l’armée des Cotes de La Rochelle, il sera rappeléle 18 juin. Pendant
sa mission, il assistera impuissant à la défaite des Républicains à Fontenay le Comte, mais tentera de faire face à la panique de l’armée. A Niort, son attitude le fera suspecter de fédéralisme. Il est probable que son absence de Paris lors des journées des 31 mai-2 juin, lui évitera la mise en accusation ou la proscription.
A la Convention, il défendra des positions généralement modérées,
s’opposant à ce que ceux qui vendaient à un prix élevé des produits de première nécessité soient considérés comme suspects. Par lasuite, le 17 brumaire de l’an II (7 novembre 1793),
Amar demandera sa mise en accusation en même temps que celle des chefs Girondins. Il lui sera reproché d’avoir reçu de Rouen une lettre anonyme pouvant faire penser qu’il etait satisfait
des troubles qui sévissaient dans cette ville. Il réussit à démontrer que la lettre était fausse et Amar dut retirer son accusation. Cependant,l’alerte avait été chaude, et lecointe
fit de son mieux pour se faire oublier en se contentant de participer à la commission des secours.
Ce n’est qu’en germinal de l’an III, le12 (1er avril 1795) qu’il
recommencera à faire parler de lui enattaquant les Jacobins, le 13 fructidor (30 août), se sera le tour des émigrés,puis après vendémiaire des royalistes. Le 15 vendémiaire (7 octobre),
il demandera que les biens des rebelles soient utilisés pour indemniser les familles des citoyens morts en défendant la Convention.
En vendémiaire an IV, il fut élu député au Corps législatif du Directoire
et siégea au Conseil des Cinq-Cents. Il semble bien que c’est comme représentant des Deux-Sèvres qu’il siégea, mais seulement comme ayant été élu sur la liste supplémentaire exigée par la loi.
Il eut généralement des positions extrémistes, ce qui laisse à penser,quelle que soit l'opinion que l’on ait de lui, qu’il était encore un fervent républicain. En effet, il demanda la destitution des fonctionnaires refusant le serment de haine à la royauté, la déportation des prêtres
réfractaires et l’exclusion des parents d’émigrés des fonctions publiques. Il fut président du Conseil des Cinq-Cents pour le mois germinal an V (21 mars-19 avril 1797). Ilne sera pas réélu au Corps
législatif n’obtenant que peu de voix dans son département.
Il
sera alors, le 25 floréal de l’an V (4 mai 1797), nommé Commissaire du Directoire pour le département des Deux-Sèvres en remplacement de René Morand. Il occupera ce poste jusqu’au 25 germinal
del’an VI (14 avril 1798), date de sa réélection au Corps législatif. A la demande du gouvernement, il rédigera un rapport intitulé : « Etat du Département
des Deux-Sèvres en l’an VI ».Ce document qui comporte quatre parties sera expédié au ministre de l’intérieurdu 13 au 19 ventôse de l’an VI (3 au 9 mars 1798). Outre une description du département,de ses habitants, de ses productions, etc., le rapport de Lecointe comporte une analyse intéressante de sa situation politique peu de temps après le coup d’état de Fructidor.
Le 25 germinal de l’an VI (10 avril 1798),ses attaches avec les « fructidoriens » feront que les électeurs des Deux-Sèvres le renverront pour trois ans au Conseil des Cinq-Cents, ausecond tour par 127 voix sur 226 votants. Il s’élèvera contre le mépris qui à son sens affecte les institutions républicaines et votera la confiscation des biens des déportés de fructidor. Il sera une nouvelle fois président du Conseil des Cinq-Cents pour le mois de
thermidor de l’an VI (19 juillet-17 août 1798). En cette qualité, il lui appartiendra de prononcer un discours pour l’anniversaire de la journée du 10 août 1792 qui avait vu la chute de la monarchie.
lecointe restera jusqu'à la fin fidèle au Directoire, mais considérant
probablement que le régime n’avait aucun avenir, c’est sans difficulté qu’il acceptera le coup d’état du 18 brumaire. Il siégera au Tribunat jusqu’en 1802 tout en étant commissaire général de police à
Marseille puis dans l’Ouest. Rentré dans la vie privée aprèsavoir refusé le poste de gouverneur de la Louisiane, il ne réapparaîtra quelorsque Napoléon reviendra de l’île d’Elbe pour accepter le
poste de lieutenant général de police dans les départements du sud-est. Après Waterloo, il s’embarquera à Toulon, mais son bateau sera pris par les Anglais ;de retour en France, il échappera
de peu à l’assassina, il se cachera dans les Alpes puis sera enfermé au château d’If. Condamné à la déportation par la Cour d’assise de la Dordogne pour ne pas s’être conformé à la loi dite d’amnistie,
il sera autorisé à quitter la France et ira se fixer en Belgique et décédera à Ixelles le 15 janvier 1827.
Dans ses notes, Baudot dira de lui :
Il avait à sa mort, dans son secrétaire, quatre mille napoléons en
or pour son service et quatre cents épigrammes toutes faites contre ses collègues. Voilà un homme qui avait su mettre à profit les bonnes occasions ! ! Il avait été préfet de police à
Marseille et métis à la Convention.
Plus récemment, dans son ouvrage sur les présidents des Assemblées depuis la Révolution, Philippe Séguin fera lui aussi preuve d’une sévérité qui ne me paraît pas forcement justifiée,
il écrira en effet :
De 1791 à 1802, Michel lecointe-Puyraveau a collectionné les assemblées : Législative,Convention, Cinq-Cents, Tribunat, toujours vitupérant, rappelant à l’ordre,dénonçant, proscrivant. La Révolution a « libéré » ainsi de ces tempéraments vipérins d’accusateurs publics, qui, en des temps plus sereins,passent inaperçus. Un de ses proches écrivit qu’il avait le « cœurmauvais ». Peut-être ne fut-il qu’un bavard dangereux.