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Charles Philippe RONSIN (1751-1794)
ronsin
[38 ans en 1789]



Soissons 1751, Paris 1794

Il était né dans la famille d’un tonnelier de Soissons. Engagé à dix-sept ans dans l’infanterie, sous le nom de Darius, au régiment d’Aunis, il renonça aux armes à vingt-deux ans pour se lancer dans la littérature. Son premier texte politique, un violent pamphlet paru sans nom d’auteur, date d’août 89 : la Ligue Aristocratique ou les Catilinaires françaises dénonce Marie-Antoinette et l’Autriche, mais vénère en Louis XVI « le meilleur des rois ». Lors de la fête de la Fédération, Ronsin fit jouer une pièce en vers, la Fête de la Liberté, où il célèbrait la réconciliation nationale. Il semble ensuite avoir rencontré un certain succès au théâtre, avec des pièces révolutionnaires d’un ton plus « avancé », comme La ligue des fanatiques et des tyrans, représentée en 1791. En 1792, à la veille du 10 août, il fit jouer Arétaphile, ou la révolution de Cyrène, tragédie en cinq actes violemment anti-royaliste, qui fit ensuite partie du répertoire de propagande de l’An II.

Capitaine dans la garde nationale, membre des Cordeliers, il se lia avec Danton et Marat. Après le 10 août, obtint des missions importantes : le 29 août, il fut chargé d’accélérer la levée de 30 000 hommes dans les départements voisins de Paris,  le 12 septembre, il s’occupa de l’évacuation du camp de Soissons, et le 26 septembre, il fut chargé du maintien de l’ordre chez les volontaires de cinq départements (l’Oise, la Somme, l’Aisne, le Pas-de-Calais et le Nord) : il fit preuve de zèle, d’intelligence et de désintéressement. Aussi Pache le nomma-t-il commissaire du pouvoir exécutif à l’armée de Belgique. On l’a beaucoup accusé, dès lors, d’intrigues, de dénonciations abusives, de pillages et de malversations. Est-ce exact ? C’est en partie probable, mais sans doute les faits on-t-ils été exagérés, et il faut de souvenir que les dénonciations émanent surtout de royalistes, comme Mallet du Pan ou Dumouriez. Plus sérieux paraissent les reproches qui lui furent faits d’incapacité administrative, ou de mauvaises moeurs, ainsi que de violences excessives envers les populations de Belgique. Il est certain qu’il fit souvent du tort aux fournisseurs de l’armée de Belgique, mais peut-être davantage par bêtise et par violence irraisonnée que par calcul.

Nommé adjoint de Bouchotte, ministre de la guerre de tendance « hébertiste » qui succéda à Beurnonville après la trahison de Dumouriez en avril 93, il connut dès lors une ascension fulgurante et paraît s’être enfoncé dans la surenchère et la démagogie outrée. Les administrateurs de Tours, où il fut envoyé pour fournir en subsistance et matériel l’armée des Côtes de la Rochelle, le prirent pour un fou, ce qui ne l’empêcha pas de s’emparer de la direction des opérations contre les insurgés, déclarant Saumur en état de siège, organisant une petite « levée en masse » dans les environs, tout en laissant Berthier reconstituer l’armée. La prise de la ville, malgré ces mesures extrêmes, lui causa des ennuis, et le Comité de Salut Public le suspendit un moment au profit de Biron. Mais Choudieu prit sa défense, ce qui lui valut de retrouver sa place. Grâce à ses appuis au ministère de la guerre, il fut successivement nommé, en quatre jours, capitaine, chef d’escadron, adjudant général, chef de brigade, et pour finir général de brigade, grade qu’il obtint le 4 juillet. Cette promotion démesurée provoqua l’indignation de beaucoup de gens. Merlin de Thionville écrivit au Comité : « Après avoir désorganisé l’armée des Côtes de la Rochelle, il voulait désorganiser celle des côtes de Brest, nous lui avons imposé silence. Il vient d’être fait général de brigade, et Grammont (son adjoint), de comédien qu’il était, vient d’être nommé adjudant général. Des hommes qui n’ont jamais fait aucun service militaire, élevés à des grades supérieurs ! » Il contribua au plan de destruction de la Vendée qui fut finalement adopté par la Convention le 1er août. Fin septembre, vainqueur face à La Rochejaquelein, il rentra à Paris, et devint général de l’Armée Révolutionnaire, en partie grâce à la campagne que fit en sa faveur Hébert dans son Père Duchesne ; il repartit pour Lyon, à la tête d’un détachement de 1950 hommes, et il contribua à la répression sanglante organisée par Collot d’Herbois, Fouché et Albitte. Il aurait semble-t-il souhaité pire encore, écrivant à Vincent : « Il n’y a pas quinze-cents hommes qui méritent de vivre à Lyon ».  Rappelé assez rapidement à Paris, il fut arrêté le 27 frimaire, sur dénonciation des dantonistes, mais remis en liberté. Les attaques de Philippeaux contre lui étaient si absurdes dans leur aigreur qu’elles lui attirèrent le soutien de Choudieu, et même celui, plus surprenant,  de Robespierre. Mais le vent tourna rapidement : Ronsin prit part au mouvement cordelier de ventôse, et multiplia les déclarations antigouvernementales. Prévoyait-il d’organiser un coup d’Etat militaire, appuyé sur de nouveaux massacres dans les prisons ? Ce n’est pas impossible, bien que les historiens n’aient jamais pu s’accorder sur la réalité du « complot » cordelier. Il est du moins certain qu’il se livra à une inspection en règle des prisons parisiennes, au nom d’un prétendu pouvoir du Comité de Sûreté Générale.

Ces activités suspectes lui valurent d’être arrêté de nouveau. Jugé avec les hébertistes, il fut condamné à mort après un procès bâclé, et montra beaucoup de courage au tribunal et face à l’échafaud.


D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier révolution française