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Pierre Amable de SOUBRANY (1752-1795)
[37 ans en1789]
Riom le 17 septembre 1752-Paris le 17 juin 1795 .
Né dans une famille de très vieille noblesse du Puy de Dôme, fils du trésorier général de France, Soubrany fit la carrière normale d’un homme de son milieu. Il entra en 1774 au régiment du Royal-Dragons : mais il ne s’entendit guère avec les autres officiers, se battit en duel et finit par donner sa démission en 1789 alors qu’il était sous-lieutenant et qu’une promotion qu’il estimait mériter venait de lui être refusée. Il se lia, durant ces années, d’amitié avec son compatriote Gilbert Romme qui le guida lors de ses premiers pas en Révolution. Il fut toujours un patriote ardent, successivement commandant de la garde nationale riomoise puis maire. Elu à la Législative comme Romme, il ne s’y signala guère : c’était fondamentalement un militaire et non un politique. Réélu à la Convention, il siégea sur la Montagne, vota la mort du roi et fut un adepte de toutes les mesures de coercition politiques qui menèrent à la Terreur. Mais il fut surtout un grand représentant en mission. Membre du Comité militaire de la Convention, il passa presque tout son temps aux armées à partir du printemps 93 : envoyé en Moselle en avril, il signala le premier à la Convention les actes suspects de Custine. En décembre, il repartit pour l’armée des Pyrénées-Orientales où il put donner toute sa mesure dans une mission de huit mois. En compagnie de Milhaud, il s’occupa d’approvisionner l’armée avec efficacité et se battit en personne à la tête des troupes avec un héroïsme admirable. Partageant la vie et même la nourriture des simples soldats, il devint l’idole des troupes, bien qu’il ait été un des plus rigoureusement terroristes des représentants en mission. Sous son commandement, tout l’état-major de l’armée fut épuré selon les critères définis par la Convention ; suite à des défaites, trois généraux, d’Aoust, Delattre et Ramel ainsi que d’autres officiers furent déférés au Tribunal Révolutionnaires ou à des juridictions d’exception locales, et condamnés à mort. L’action de Soubrany fut également politique, lorsque avec Dugommier et Milhaud il publia en février 94 l’ Avant-garde de l’armée des Pyrénées Orientales, un journal militaire et patriote qui devait durer jusqu’à la fin de sa mission. On y trouvait côte à côte les adresses des sociétés populaires locales, les arrêtés et proclamations de représentants, et le strict décompte des condamnations frappant officiers et soldats supposés infidèles. Il réorganisa également la justice révolutionnaire, créant un tribunal militaire révolutionnaire, fusion du tribunal criminel militaire et du tribunal criminel du département des Pyrénées orientales, dont l’efficacité fut redoutable. S’y ajouta au printemps 94 une commission militaire, qui jugeait aussi bien les cas de vol ou d’insubordination que ceux de désertion. En tout, vingt-deux officiers furent condamnés à mort par ces juridictions, ainsi que trente soldats. L’emploi de la Terreur fut payant dans ce cas, car l’armée connut un net redressement et les victoires s’ensuivirent. De retour à Paris en octobre 94, après la chute de Robespierre, Soubrany fut horrifié par la réaction bien qu’il n’ait jamais été lié aux robespierristes : au contraire, il détestait l’Incorruptible et s’était brouillé avec son compatriote Couthon. Il comprit rapidement qu’il serait malgré tout victime du changement de cap politique mais dédaigna toujours de se justifier. La première occasion de le supprimer fut la bonne pour ses collègues repentis de la Terreur. Des émeutiers ayant, au cours de l’insurrection de prairial an III, réclamé qu’il fût nommé commandant de l’armée parisienne, il fut décrété d’accusation par la Convention, alors qu’il était absent et n’avait pris aucune part à l’insurrection. Il aurait pu fuir, mais se précipita à l’Assemblée pour se mettre à sa disposition en apprenant que son cher Gilbert Romme avait été arrêté. Emprisonné avec son ami au château de taureau, il fut condamné à mort en même temps que lui après un simulacre de procès. En accord avec Romme et les trois autres condamnés (Goujon, Bourbotte et Duroy), il se poignarda à l’annonce de la condamnation, mais ne parvint pas à se tuer immédiatement. On le coucha dans la charrette pour le mener au supplice, mais il mourut pendant le trajet et la guillotine décapita un cadavre.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier révolution française