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Anne-Josèphe Terwagne, dite THÉROIGNE de Méricourt
(1762-1817)
[27 ans en 1789]
THÉROIGNE de Méricourt
Marcourt 1762 – Paris 1817
Elle était la fille d’un paysan aisé, propriétaire de sa ferme, mais son enfance fut malheureuse. Sa mère mourut quand elle avait cinq ans, et elle fut élevée par une tante, puis placée dans un couvent. Plus tard, quand elle rentra chez elle, sa belle-mère la maltraita et elle s’enfuit. Elle vagabonda, fut gouvernante, dame de compagnie. A seize ans, elle apprit à lire et à écrire, et à lire la musique. Elle prit divers amants, dont un officier anglais dont elle eut une petite fille qui mourut en bas age. Elle tenta sans succès de faire carrière dans le chant, puis, à la suite de sa liaison avec le marquis de Persan, elle bénéficia d’une rente confortable et fut remarquée dans le demi-monde parisien sous le nom de Madame Campinado. Elle voyagea, notamment en Italie, et revint se fixer en France en mai 1789.Dès le début de la Révolution,elle s’enthousiasma pour l’ « aurore des temps nouveaux ».A partir de juillet 89, elle assista régulièrement aux débats parlementaires,et entreprit de jouer un rôle dans ces événements sans précédent. Elle se rendit à la cérémonie de réception du roi à l’Hôtel de Ville, le 17 juillet : pour la première fois la presse signale qu’elle portait le costume d’amazone qui devait entrer dans la légende. Il n’y a aucune preuve qu’elle ait participé aux journées d’octobre, bien que le fait ait été souvent affirmé. En novembre, la presse royaliste lança contre elle une violente campagne. Les Actes des Apôtres publièrent des textes orduriers à son sujet, où ils commencèrent à la nommer « Théroigne de Méricourt », appellation forgée sur la francisation de son nom et de celui de son village natal. Les royalistes proposaient par exemple cette délicate définition : « Théroigne : Courtisane de second rang, habitant en hôtel garni, vivant conjugalement avec Populus, Mirabeau, et tous les faquins qui se présentent une bourse à la main… »En janvier 90, elle fonda avec Gilbert Romme la Société des Amis de la Loi, qui ne subsista que trois mois.Elle se lia avec de nombreux révolutionnaires, dont Marat et Chalier. Elle tenta de se faire admettre aux Cordeliers avec voix consultative. Bien qu’accueillie chaleureusement, notamment par Danton et Desmoulins, elle n’obtint pas satisfaction.A la suite de faux témoignages,qui affirmaient qu’elle avait pris part aux journées d’octobre, elle se trouva menacée de prise de corps, et quitta la France pour Marcourt. Dénoncée comme révolutionnaire, elle fut enlevée sur l’ordre de Mercy-Argenteau, au lendemain de l’écrasement de la « révolution brabançonne », et enfermée à la forteresse de Kufstein, où elle fut longuement interrogée. Transférée à Vienne, elle y rencontra Kaunitz, et Léopold II lui-même, qui finit par la faire libérer. Elle rentra à Paris début 92. Le 1er février, reçue triomphalement aux Jacobins, elle raconta les persécutions qu’elle avait subies, et appela à la guerre contre l’Autriche. Elle fit campagne auprès des sociétés populaires, et demanda la création de bataillon féminins d’amazones. En mars, elle rassembla des femmes au Champ-de Mars et les harangua, puis prononça un discours à la Société fraternelle des Minimes, où elle s’écriait : « Armons-nous !Nous en avons le droit par la nature et même par la loi. Montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures  ni en vertu, ni en courage : montrons à l’Europe que les Françaises connaissent leurs droits, et sont à la hauteur des lumières du dix-huitième siècle, en méprisant les préjugés, qui par cela seul qu’ils sont préjugés,sont absurdes, souvent immoraux, en ce qu’ils nous font un crime des vertus. »Sa prise de parti pour la guerre la rapprocha des Girondins, mais elle conserva toujours des liens avec les Montagnards.A nouveau victime d’attaques de la presse royaliste, elle s’engagea activement dans la préparation desjournées insurrectionnelles du 20 juin et du 10 août. Le 10 août, elle marcha sur les Tuileries avec les insurgés. A cette occasion, elle se trouva en présence,à la section des Tuileries, de Suleau, le principal pamphlétaire des Actes des Apôtres. Il venait d’être arrêté sous un déguisement de garde national, avec d’autres royalistes : elle le reconnut, le dénonça et poussa la foule à le massacrer ainsi que ses compagnons. La scène, devenue célèbre,est le seul épisode réel qui justifie sa réputation de criminelle. En revanche, elle ne participa pas aux massacres de septembre.Dès l’ouverture de la Convention, elle recommença à suivre les débats. En 93, elle fit placarder des affiches qui réclamaient une « magistrature de paix » pour les femmes : « Je propose qu’il soit nommé, dans chaque section, six citoyennes les plus vertueuses et les plus graves par leur age pour consilier et réunir les citoyens, leur rappeler les dangers de la patrie. Elles porteront une grande écharpe où il sera écrit AMITIE ET FRATERNITE . Chaque fois qu’il y aura assemblée générale de section, elles s’y rassembleront pour rappeler à l’ordre tout citoyen qui s’en écarterait, qui ne respecterait pas la liberté des opinions (…) » En mai, elle fut fouettée sur la terrasse des Tuileries par des femmes,admiratrices de Robespierre, qui l’accusèrent d’être « brissotine ».Marat intervint et la protégea, mais trop tard pour lui éviter une humiliation qui la poussa à se retirer de la vie publique.En juin 94, elle fut victime de la Grande Terreur et arrêtée. De sa prison, elle écrivit à Saint-Just des lettres où apparaissent pour la première fois des traces de déséquilibre mental. Son frère demanda alors sa mise sous tutelle. Rapidement libérée,elle fut internée en septembre. Le reste de sa vie se passa dans divers asiles,et à la Salpetrière à partir de 1807. Son « cas » devint célèbre :il fut étudié par Pinel, puis par Esquirol, mais ils ne purent la soigner.Comme elle avait conservé le vocabulaire de l’An II, et refusait d’admettre que la Révolution fût terminée, les aliénistes rapportèrent sa folie aux épisodes révolutionnaires de sa vie, qui auraient ébranlé son esprit et l’auraient poussée au délire. Mais il est aujourd’hui certain qu’il s’agissait des séquelles d’une syphilis contractée dans sa jeunesse. Elle mourut en 1817.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier révolution française