
Né esclave dans la plantation Breda, il fut berger, puis cocher de son maître, Bayon de Libertas. Il ne travailla jamais dans les plantations.
Acquitté en 1776, il apprit à lire et un peu à écrire, put louer et exploiter des terres et des esclaves, et passa du groupe des esclaves « nègres » à celui des « libres de couleur ».
Lorsque la Révolution éclata, il s’abstint longtemps de prendre parti en faveur d’un groupe contre un autre : il ne se rallia finalement aux esclaves soulevés de la plaine du Nord que lorsque les espoirs
placés dans la monarchie constitutionnelle en faveur des libres de couleur parurent illusoires, à cause des ambiguïtés du nouveau régime et de la détermination des colons à repousser toutes les mesures
novatrices. Après la mort de Boukman, il entreprit de le remplacer à la tête des insurgés, et y parvint assez rapidement ; se rapprochant de Biassou et Jean-François, les deux chefs des esclaves survivants,
il se rendit indispensable au premier, devint son « médecin » et entreprit de donner une dimension non plus guerrière mais politique à l’insurrection. Forgeant le mythe du Roi adepte de l’abolition de l’esclavage mais retenu en otage par ses ennemis affiliés aux colons,
il unifia le front de la lutte sous la bannière du « royalisme ». Sous son influence, les esclaves soulevés déclarèrent officiellement qu’ils avaient « pris les armes pour la défense du
roi, que les Blancs retenaient prisonnier à Paris parce qu’il avait voulu affranchir les Noirs, ses fidèles sujets ; qu’ils voulaient donc cet affranchissement et le rétablissement de l’Ancien Régime.
» Mais peu de temps après, des défaites subies par les révoltés et l’arrivée des commissaires nationaux chargés de faire appliquer les
décrets accordant l’égalité de droit aux libres de couleur le conduisirent à changer de cap et à essayer la voie des négociations avec la monarchie constitutionnelle. Il délégua, en accord avec Biassou
et Jean-François, des envoyés aux représentants et aux colons, pour leur proposer un traité de paix à trois conditions : la stricte application des décrets nationaux, le préparation de mesures
d’abolition globale de l’esclavage et la libération immédiate de cinquante esclaves. Les colons répliquèrent par une fin de non recevoir humiliante, et Toussaint, devant l’échec de sa tentative,
parvint de justesse à éviter que les prisonniers blancs détenus par les esclaves ne soient massacrés sur l’ordre de Biassou. Il parvint à convaincre Jean-François de se rendre à une entrevue secrète
avec les commissaires et des représentants des colons : le chef noir consentit, après des tractations difficiles, à rendre les otages en échange de sa propre épouse détenue au Cap et condamnée
à mort par les colons. Mais lorsqu’il libéra, dès le lendemain, ses prisonniers, sa femme ne lui fut pas rendue. Les esclaves se sentirent joués, et peu de temps après la prétendue « amnistie »
accordée aux insurgés par les colons finit de les convaincre que le conflit ne pourrait trouver de règlement politique négocié avec la métropole. Toussaint décida donc, mettant à profit la récente déclaration de guerre entre l’Espagne et
la France, de passer une alliance avec les Espagnols qui détenaient la partie orientale de Saint-Domingue. Ceux-ci lui permirent de se constituer une armée personnelle ; c’est alors qu’il révéla ses qualités
de tacticien et de meneur d’hommes, et prit le surnom de Louverture qu’il employa désormais dans toutes ses proclamations. Il rallia peu à peu la plus grande partie des diverses bandes d’esclaves révoltées et
souleva le personnel de nombreuses plantations, qu’il appelait au combat au nom d’une nouvelle idéologie, celle de la liberté et de la souveraineté pour les noirs : « Frères et amis, je suis
Toussaint-Louverture, mon nom s’est peut-être fait connaître jusqu’à vous. J’ai entrepris la vengeance. Je veux que la liberté et l’égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister.
Unissez-vous à nous... » Mais lorsqu’il essaya de convaincre les Espagnols de s’emparer de la totalité de l’île puis de libérer les esclaves, il se heurta à un refus catégorique.
Au même moment, les choses d’accéléraient autour du Cap, où les commissaires nationaux, devenus commissaires de la République suite au 10 août, se
heurtaient au nouveau gouverneur, Galbaud, un royaliste favorable aux colons blancs et aux aristocrates. Pour le vaincre, ils durent faire appel aux bandes d’esclaves de Pierrot et Macaya, qui tenaient
la campagne autour de la ville, et offrirent la liberté à tout esclave qui combattrait pour la République. Toussaint pour sa part refusa de se rallier à eux malgré leurs avances, même après que
Sonthonax eut finalement proclamé la liberté générale par le décret du 29 août 1793. Il ne se décida à passer dans le camp des français et à renoncer à ses proclamations de royalisme intransigeant
qu’une fois que la Convention, le 4 février 1794, eut entériné et étendu à toutes les colonies la décision de ses Commissaires. Au même moment, les parties de l’île tenues par les colons mulâtres étaient livrées par leurs
soins aux anglais, qui effectuaient un débarquement en force dans la colonie et menaçaient de l’envahir. Le ralliement de Toussaint permit de reprendre progressivement les parties perdues du territoire,
mais elle allait aussi entraîner la perte de la colonie pour la France. >En effet si les motivations des fluctuations politiques du chef des
esclaves sont demeurées obscures, elles mêlaient sans doute à de complexes calculs personnels une volonté politique longuement mûrie : faire passer l’île au pouvoir des Noirs contre les Blancs
et les métis et proclamer l’indépendance sous sa propre dictature. Un fois rallié à la République, Toussaint n’épargna rien pour atteindre son but : il massacra ses anciens alliés espagnols,
écrasa les métis et réprima sans merci toutes les insurrections ; au cours des années qui suivirent, il se débarrassa progressivement de l’emprise des gouvernants français, négociant en
secret une alliance avec l’Angleterre : il prit le pouvoir au Cap par un coup de force militaire en 1797, et finit par renvoyer en France Sonthonax, puis par obtenir le vote, par une assemblée
fantoche élue à son service, d’une constitution qui le proclamait gouverneur à vie de Saint-Domingue. Il ouvrit dès lors le commerce de l’île aux navires anglais et américains, ce qui lui donna
la puissance nécessaire pour l’unifier, vaincre son rival métis Rigaud qui tenait le Sud et même occuper la partie espagnole. Il se révéla partisan d’une système autoritaire, fondé sur la création
d’une nouvelle forme de féodalité à partir de la redistribution des grands domaines fonciers à ses proches et de l’asservissement sous un nouvel ordre des anciens esclaves, qu’une série
de « règlements de culture » rivèrent à la terre et soumirent au travail forcé. Mais Bonaparte, décidé à reprendre le pouvoir dans la grande île et à y rétablir l’esclavage au profit des planteurs métropolitains, envoya en février 1802 un corps expéditionnaire
de 10 000 hommes, commandé par Leclerc, contre le nouveau régime.Après avoir résisté avec vaillance, mais aussi tenté de soumettre
l’île au régime de la terre brûlée pour empêcher la progression de l’ennemi, Toussaint tomba dans un piège et fut capturé et déporté en France, au fort de Joux, où il mourut peu après de froid et
de maladie.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier
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