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Mary WOLLESTONECRAFT (1759-1797)
wollestone
[40 ans en 1789]

Londres 1759, Londres 1797.
La féministe anglaise Mary Wollstonecraft est aujourd’hui relativement oubliée, surtout en France, et son nom n’apparaît que rarement parmi ceux des grandes figures de femmes de l’époque, plus rarement encore parmi ceux des commentateurs et premiers historiens de la Révolution ; or c’est injuste, car cette militante républicaine, de loin la plus radicale et la plus virulente des féministes de son temps et l’ennemie acharnée des conceptions rousseauistes de la féminité, fut un défenseur fervent de la Révolution française en Angleterre, où elle polémiqua avec Burke, mais aussi une observatrice attentive et souvent lucide des événements français, qu’elle vécut sur place.Mary Wollstonecraft naquit dans une famille de petits entrepreneurs en textile de Londres. Son père faisait mal ses affaires, et la vie familiale était difficile : Mary, parce qu’elle était une fille, ne reçut pas d’instruction au delà du primaire, à la différence de son frère qui devint avocat. Mais dès l’adolescence elle s’attacha à s’instruire par elle-même, apprenant seule le français et l’allemand et lisant de nombreux auteurs classiques et modernes. C’est à cette époque qu’elle prit la décision (qu’elle ne devait pas tenir) de ne jamais se marier, voyant dans le mariage la base d’une tyrannie légale de l’homme sur la femme, et dans la famille le lieu d’origine de toute domination. Désireuse de devenir indépendante, Wollstonecraft, après une brève carrière de dame de compagnie, fonda avec une amie, Fanny Blood, une école de filles à Londres. L’éducation des filles fut toujours pour elle une priorité absolue : elle la voulait semblable à celle des hommes, n’admettant aucune différence d’aptitude entre les sexes. L’école fonctionna bien, et fut rejointe par les soeurs de Wollstonecraft, Eliza et Everina : la première avait due être arrachée par son aînée à son mari qui la maltraitait, épisode qui renforça Mary dans son désir de lutter contre l’oppression subie par les femmes. Mais après un séjour en 1785 au Portugal, où Fanny Blood s’était mariée et était morte en couches, elle trouva à son retour l’école en déclin et dut s’engager comme gouvernante en Irlande. Les voyages dans ces pays politiquement soumis à des systèmes très durs, profondément inégalitaires, firent d’elle une militante politique. Liée avec ceux qui seront plus tard les Revolutionnists  anglais, Richard Price, William Blake, Tom Paine ou Wilberforce, elle se lança dans le journalisme grâce à l’appui de l’éditeur londonien Johnson Son premier ouvrage, un traité sur l’éducation féminine, parut en 1786, et fut suivi en 1788 d’un roman, Mary, a fiction, en partie autobiographique. Wollstonecraft collabora en même temps à la Revue Analytique (The Analytical Review), lieu de diffusion des idées nouvelles, pour laquelle elle traduisit des ouvrages philosophiques et écrivit de nombreux compte-rendus. En 1790, lorsque Burke attaqua la Révolution Française au nom de la tradition et s’en prit spécialement à son admirateur Richard Price, qui avait salué l’événement français et écrit à la Constituante, Wollstonecraft entreprit de défendre à la fois son ami et la Révolution. A Vindication of the Rights of Man, La Défense des Droits de l’Homme, court pamphlet où elle prenait partie pour la nouveauté contre la tradition, ne connut guère de succès. Mais elle écrivit bientôt son ouvrage le plus célèbre : A Vindication of the Rights of Woman, La Défense des Droits de la Femme, demeure un des grands moments de la lutte féministe qui s’amorçait à cette époque, notamment en France avec Olympe de Gouge et Condorcet. Le livre, d’une grande puissance, reste plus actuel que ne le sont les ouvrages d’Olympe auxquels il est parfois comparé, car il constitue le premier traité systématique sur la question des droits des femmes. Surtout, Wollstonecraft, qui ne sépare pas l’acquisition des droits de la Révolution qui seule, selon elle, peut la rendre possible en brisant des siècles de tradition, décrit avec une lucidité radicale la société de son temps et spécialement l’intériorisation par les femmes de la forme de pensée qui les opprime. Hostile aux vues « naturalistes » à la Rousseau sur les femmes, elle stigmatisait sans crainte l’influence négative dans l’histoire de certaines figures comme celle de Marie-Antoinette, synonyme à ses yeux de frivolité et de faiblesse, en même temps que d’erreurs politiques attachées à une conception aristocratique définitivement périmée du pouvoir. Les deux allaient de pair : selon Wollstonecraft, les femmes devaient acquérir par l’éducation les vertus propres à la citoyenneté et à la pratique politique (y compris le gouvernement), vertus fondées sur un juste usage de la raison : rien ne les en empêchait, la prétendue faiblesse féminine n’étant, dans sa nature comme dans ses funestes conséquences historiques, que le fruit d’erreurs de conception générales au sujet des femmes. La société qui les considérait comme inférieures aux hommes, incapables de posséder les mêmes savoirs et les mêmes qualités que les hommes, était fautive et devait être transformée. C’est grâce à cet ouvrage que Wollstonecraft devait, au XXème siècle, inspirer les mouvements américains ainsi que certaines analyses sociologiques de la domination, qu’elle annonce dans ce qui demeure, chez elle, de l’ordre de l’intuition. En 1792, Wollstonecraft s’embarqua pour la France, désireuse de voir à Révolution à l’oeuvre. Fervente républicaine, elle se lia avec les cercles girondins, par l’intermédiaire de Paine et de Price, et sympathisa avec Condorcet et son épouse Sophie de Grouchy. Elle tomba amoureuse du journaliste et aventurier américain Gilbert Imlay, dont elle eut en mai 1794 une fille, qu’elle baptisa Frances, en l’honneur du pays de la Révolution. Elle rédigea son second ouvrage sur la Révolution, la Vision historique et morale de l’origine et des progrès de la Révolution, qui parut à l’été 1794 et causa un certain scandale en Angleterre. L’ouvrage se veut une oeuvre d’historien sur les premiers mois de la Révolution, jusqu’aux journées d’octobre, mais défend âprement l’idée même de Révolution alors fortement compromise dans l’opinion éclairée par les violences de la guerre civile en France. La Terreur, qui lui posa pourtant des problèmes en chassant les anglais des villes, ne dégoûta pas Wollstonecraft du nouveau régime, au contraire, bien qu’elle ait été déçue par la lenteur des progrès sociaux, et effrayée par l’émergence rapide d’une nouvelle oligarchie fondée sur la richesse. Elle demeura en France jusqu’en avril 1795, où elle rentra à Londres rejoindre Imlay malgré une quasi rupture. Elle repartit presque aussitôt pour la Scandinavie, où elle voyagea quatre mois, écrivant des lettres à Imlay, ainsi que d’autres destinées à une publication, d’une grande beauté, qui font d’elle un écrivain romantique trop méconnu. De retour à Londres, elle tenta de se suicider face au rejet de son compagnon. Les Lettres de Scandinavie, parues en 1796, rencontrèrent du succès, et Wollstonecraft retrouva goût à la vie et à l’écriture en se liant avec le grand philosophe, libertaire et radicalement révolutionnaire (et féministe, ce qui ne gâtait rien) William Godwin. Elle accepta de l’épouser et de renier son engagement de jeunesse quand elle fut enceinte, bien que sans jamais vivre avec lui : leur correspondance, quotidienne alors qu’ils habitaient à deux pas l’un de l’autre, constitue une oeuvre curieuse, profondément originale, où l’on voit se heurter ces deux personnalités à la fois très proches et trop violentes pour ne pas s’affronter ; Godwin et Wollstonecraft étaient tous deux passionnément intellectuels, brillants et radicaux dans leurs exigences de justice et d’égalité, mais trop orgueilleux pour se soumettre l’un à l’autre. Malheureusement, la naissance d’une petite fille également prénommée Mary, le 30 août 1797, fut fatale à Wollstonecraft qui mourut de fièvre puerpérale dix jours plus tard. Godwin, qui l’admirait autant qu’il l’aimait, lui rendit hommage en écrivant l’année suivante sa biographie, et en publiant ses oeuvres posthumes, y compris sa correspondance privée. Il pensait, à juste titre, faire connaître de la sorte un grand écrivain : les préjugés de son temps l’en empêchèrent. La vie de sa femme, qui avait été deux fois enceinte sans être mariée, la fit considérer comme une prostituée et mépriser par les cercles intellectuels du temps, devenus conservateurs, en partie à cause de la guerre contre la France révolutionnaire. Wollstonecraft fut insultée puis enterrée au XIXème siècle en Angleterre, sauf dans quelques milieux radicaux restés minoritaires. Mais le XXème siècle vit sa redécouverte partielle. Mary Wollstonecraft-Godwin devait devenir plus célèbre que sa mère, sous le nom de Mary Shelley, en publiant à dix-huit ans un roman philosophique, Frankenstein, dont le thème (gravement déformé d’ailleurs et tiré vers l’épouvante) devint un mythe du XXème siècle.
D'aprés la contribution de © Philippe Royet 1996-2007 Notice écrite par Claudine Cavalier révolution française