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Billaud-Varenne regrette son action contre Danton, Desmoulins et Robespierre.
Un article de Bernard Vandeplas, docteur en Histoire contemporaine.
mardi 28 avril 2026
Billaud Varenne est né à La Rochelle, le 23 avril 1756 et il meurt en Amérique, le 13 juin 1819. Il participe activement à la chute de Robespierre le 9 thermidor. il regrettera son action le 9 thermidor, comme il regrettera également d’avoir participer à l’élimination de Danton et Camille Desmoulins. Il juge sévèrement la réaction thermidorienne.
Déporté à Cayenne après Thermidor, le 7 prairial an II (26 mai 1795),
La conversation de Billaud-Varenne était riche de souvenirs nets et précis ; ses idées étaient originales, souvent bizarres, et quelquefois grandes et justes. Ses sentiments et ses opinions politiques n’avaient fléchi ni sur les hommes ni sur les choses, si ce n’est sur quelques points seulement. Par exemple, il avait changé d’opinion sur le 9 thermidor, qu’il appelait sa déplorable faute à lui, et Il ajoutait :
« Nous nous sommes bien trompés ce jour-là ! Nous avons recommencé, après cette journée, tous les chapitres de la réaction anglaise ; on nous a infligé, comme on l’a fait à la mort de Cromwell, un système qui, sous l’apparence de la modération, nous a désignés comme des types de monstres, comme des loups à figure humaine, bons tout au plus à égorger. Ce système nous a conduits, à travers d’affreuses et d’implacables vengeance, des palinodies plus lâches encore, à la disette, la banqueroute, la vile banqueroute et les événements du 1er prairial, à des torrents de sang patriote et pur ! Oui, c’est au 14 germinal, date de la condamnation de Danton, et au 9 thermidor, que les patriotes ont fait les deux fautes qui ont tout perdu. Nos divisions ont brisé ces jours-là l’unité du système révolutionnaire ; vous avez vu aussitôt l’influence revenir à des misérables, écartés pour vol, enfin à tous les fripons, les briseurs de scellés, les oligarques, les royalistes. Les amis de Talliens ne s’endormirent pas : ils avaient vendu notre cause, et nous firent dénoncer par Lecointre, qu’ils proscrivirent ensuite avec nous ; par Saladin et Goupilleau, qui avaient été nos séides, et qui offrirent nos têtes aux royalistes et à l’Europe. Nous étions pour les royalistes de lâches stupides, bien que nos actes fussent là ; bien que tout rayonnât de l’éclat terrible de notre dictature et de nos batailles. Ainsi, nous, pauvres jacobins, nous qui avions châtié l’orgueil des rois, nous ne fûmes vaincus que par nos fautes et nos frères ; alors, nous fûmes jetés par eux aux flots de la mer en fureur, triste concession de l’ambition, de la cupidité et surtout de la peur.
Je le répète : la Révolution puritaine a été perdue le 9 thermidor ; depuis, combien de fois j’ai déploré d’y avoir agi de colère ! Pourquoi ne laisse-t-on pas ces intempestives passions et toutes les vulgaires inquiétudes aux portes du pouvoir ? J’ai vu la réaction qui fit naître le 9 thermidor, c’était affreux ; la calomnie venait de partout. Cela dégoute bien des révolutions. Nous du moins, nous nous défendîmes avec dignité. Duhem leur tenait tête tous les jours. Les amis qui les secondaient étaient Lejeune, Fayau, Charles, Goujon, Ruhl, etc…Mais quelle tâche ! Et puis nous avons disparu ! Mais l’ébauche révolutionnaire était sortie de nos mains et elle resta comme pierre tumulaire de l’ancien régime et plus forte que tous les partis réunis ! »
« Hélas ! disait-il souvent, j’y ai trempé trop directement et avec une haine affreuse. Le malheur des révolutions, c’est qu’il faut agir trop vite ; vous n’avez pas le temps d’examiner ; vous n’agissez qu’en pleine et brûlante fièvre, sous l’effroi de ne pas agir ; sous l’effroi, je m’entends, devoir avorter vos idées. Danton et ses amis étaient d’habiles gens, des patriotes invincibles à la tribune ou dans l’action publique, et nous les avons massacrés ! Ils n’avaient pas comme nous, excepté le brave Westermann, le Murat de la République, les mains pures de trafics et de rapines ; ils aimaient trop le luxe, mais ils avaient le cœur noble et révolutionnaire ; vous saurez leurs services un jour, quand on fera l’histoire sincère de notre époque. Celle de M. Lacretelle n’est qu’une œuvre sans faits, une œuvre fardée de rhéteur. Je reste avec la conviction intime qu’il n’y avait pas de 18 brumaire possible, si Danton, Robespierre et Camille Desmoulins fussent restés unis aux pieds de la tribune » [1]. »
Billaud Varenne est né à La Rochelle, le 23 avril 1756 et il meurt en Amérique, le 13 juin 1819.
Il participe activement à la chute de Robespierre le 9 thermidor. Comme nous l’avons vue, il regrettera son action le 9 thermidor, comme il regrettera également d’avoir participer à l’élimination de Danton et Camille Desmoulins.
Déporté à Cayenne après Thermidor, le 7 prairial an II (26 mai 1795), avec Collot d’Herbois
Il fut enfermé dans un cachot. Le 18 brumaire lui rendit la liberté, mais il refusa cette grâce, ne voulant point reconnaître le gouvernement consulaire issu d’un coup de force. Il resta à Cayenne, acheta un petit domaine ; plus tard il passa à Saint-Domingue. Dans ses mémoires, je le redis, il déplore la chute de Danton comme celle de Robespierre et juge sévèrement la réaction thermidorienne.
[1] D’après l’ouvrage de Philippe et Michael Paraire, « Au cœur de la Révolution française », textes choisis, les éditions de l’épervier, 2012. Voir également : Billaud-Varenne, Mémoires inédits et correspondances par Alfred Bégis, Paris, 1893.


