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Brigitte Dionnet : Quand des invisibles, les parisiennes pauvres, crèvent l’écran de l’histoire de la Révolution

En conférence à Arras à l’Office Culturel samedi 8 novembre 2025

jeudi 23 octobre 2025

Brigitte Dionnet

Invisibles, les parisiennes pauvres ne l’étaient pas pour leurs contemporains. Citoyennes avant d’être mères, elles n’en furent pas moins des citoyennes mères et des travailleuses. La double peine de leur genre et de leur situation sociale les amenèrent à déployer une « agentivité » porteuse de révolution en donnant un caractère singulier au processus révolutionnaire.
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À L’ÉOUTE ET AU DÉBAT AVEC
Brigitte DIONNET,
Docteure en Histoire contemporaine
thèse sous la direction de Pierre Serna
Paris I Panthéon-sorbonne

« Présentation de sa thèse »

La pauvreté ne concerne pas toutes les femmes à Paris entre 1789 et 1804, mais la situation des femmes à Paris est différente selon qu’elles soient pauvres ou non en termes de logement, santé, travail ou vie de famille. La double peine de leur genre et de leur situation sociale les amenèrent à déployer une « agentivité » porteuse de révolution en donnant un caractère singulier au processus révolutionnaire lui-même. Pauvreté et politique furent les deux composantes de leur intervention sur le cours de la Révolution, mais aussi de l’action des pouvoirs révolutionnaires à leur égard, qui furent de nature différente durant les quinze années en question. Ce fut le cas pour leur rapport à la maternité ou au travail. L’exercice de leur citoyenneté, et les rapports de force qu’elles purent créer en leur faveur, ou à leur détriment, furent significatifs des évolutions politiques révolutionnaires et des transformations apportées à la société française issue de l’Ancien Régime. Citoyennes avant d’être mères, elles n’en furent pas moins des citoyennes mères dont la réalité différait sensiblement de celle des femmes plus aisées. Travailleuses pour la plus grande partie d’entre elles leur rapport au travail et aux revendications qu’il a provoqué, fut au cœur de leurs interventions politiques et des réactions des autorités à leur égard, comme en ont témoigné les ouvrières des ateliers de filature parisiens. Le lien entre la situation et l’intervention des femmes concernées par le corpus étudié permet de porter un regard neuf sur les femmes et la Révolution Française.

Loi du 29 septembre 1793

Confrontés à la crise des subsistances, plus ou moins constante sous la Révolution, et à la hausse vertigineuse des prix provoquée par des spéculateurs alimentaires (pénurie par stockage avant revente) et de la dépréciation des assignats, les sans-culottes parisiens, emmenés par les Enragés et les Hébertistes, imposèrent à la Convention nationale une nouvelle loi, qui fixait également des maxima pour les prix de 39 articles, viande fraîche, viande salée, lard, beurre, huile douce, bétail, poisson salé, vin, eau-de-vie, vinaigre, cidre, bière, bois de chauffage, charbon, chandelle, huile à brûler, sel, soude, savon, potasse, sucre, miel, papier blanc, cuirs, fers, fonte, plomb, acier, cuivre, chanvre, lin, laines, étoffes de toile, matières premières nécessaires aux fabriques, sabots, souliers, colza, chou-rave et tabac et bloquait les salaires pour tenter de remédier à la disette qui sévit dans la France révolutionnaire assiégée.

Les « invisibles parisiennes pauvres » ont passionné l’assistance.

Ce samedi après-midi à Arras, L’ARBR accueillait en conférence Brigitte Dionnet qui nous a régalé d’une intervention historique captivante ; laquelle a permis à une quarantaine de participants présents dans la salle, ainsi qu’à sept personnes suivant l’événement en téléconférence, de plonger au cœur de la vie quotidienne des Invisibles de la Révolution française. La conférencière, récente docteure en Histoire moderne et contemporaine, a captivé l’assistance dans une ambiance chaleureuse et enrichissante. Tous ont pu découvrir des facettes méconnues de cette période tumultueuse, notamment la réalité quotidienne des femmes ouvrières, leurs conditions de vie difficiles et leurs luttes demeurées bien silencieuses et peu étudiées dans l’historiographie jusqu’à présent.
L’échange a été vivant et stimulant, renforçant notre compréhension de l’Histoire sous un angle souvent peu mis en lumière auparavant. Un rappel a été effectué à cette occasion par Brigitte Dionnet concernant le rapport entre le salaire journalier d’une ouvrière, lequel bien qu’ayant été revalorisé en 1794, ne suffisait pas à couvrir plus d’une livre de pain. En général, suivant la période ou la région, avec 10 sous ; une ouvrière pouvait acheter soit 5 livres de pain ( un peu plus de 2kg) 5 livres de beurre, 10 chandelles…
Ces moments de diffusion pour un large public des travaux récents de la recherche ont rappelé l’importance de donner une voix à celles qui, à travers les siècles, ont œuvré dans l’ombre pour façonner notre avenir. « Je ne suis pas loin de penser, mais là je sors de mon objectivité historique, nous confia la conférencière, qu’elles ont inspiré fortement et renforcé le mouvement sans-culotte. »
L’heure avançant, les échanges participants et la conférencière durent se terminer, laissant quelques questions en suspens, mais tous repartirent inspirés et sensibilisés à la richesse de cette période, en portant un regard plus empathique sur les sacrifices et les défis de celles et ceux qui ont contribué à écrire l’histoire.
Cette conférence fut l’occasion de célébrer la mémoire collective tout en poursuivant notre quête de connaissance et de compréhension et on ne peut qu’encourager les adhérents et non adhérents à l’ARBR à suivre et à participer aux conférences historiques que nous leur proposons.

Compte-rendu de Michel Benoit