Accueil > Nos outils pédagogiques > Pour le Lycée > C’est aux émeutes populaires que nous devons la liberté ».
C’est aux émeutes populaires que nous devons la liberté ».
Un article de Bernard Vandeplas docteur en Histoire contemporaine
mardi 28 avril 2026
Les femmes du peuple de Paris marchèrent sur Versailles, sous la conduite des volontaires de la Bastille, entrainant, bon gré, mal gré, toutes les femmes qu’elles rencontraient en chemin. Des canons les suivaient, assujettis avec des câbles sur des voitures qu’elles avaient arrêtées pour cet usage. Cette journée révolutionnaire a un impact majeur sur les évènements politiques. Le roi et l’Assemblée sont donc à Paris, après les évènements d’octobre. Le peuple a fait peur aux Constituants et au roi. Pour preuve, l’Assemblée fait voter une loi martiale dès le 20 octobre 1789.
Le 5 octobre 1789, des femmes venues des Faubourgs populaires de Paris se rende à Versailles pour se plaindre du prix du pain. Encadrées par des patriotes et la Garde nationale, elles sont reçues par Louis XVI qui leur promet du pain et la ratification des décrets de la nuit du 4 août. Le 6 octobre, elles envahissent le château pour obtenir l’installation du roi à Paris. Il quitte Versailles pour Paris.
Jean-Philippe-Guy Le Gentil, comte de Paroy rapporte dans ses mémoires :
« Le 5 octobre 1789, sur les 9 heures, les marchandes des Halles et du faubourg Saint-Antoine s’assemblèrent en tumulte sur la place de Grève. Le prétexte de cet attroupement était le manque absolu des farines… La Garde nationale forma un bataillon carré devant l’Hôtel de Ville pour en défendre l’entée. Des cris de fureur donnèrent le signal de l’attaque et des pierres volèrent de toutes parts sur les soldats citoyens qui se replièrent dans l’intérieur. Aussitôt les femmes se précipitèrent à leur suite. Elles ne parlaient plus de leur besoin de subsistance mais d’obtenir de M. le maire et des représentants de la Commune la permission d’aller à Versailles …
Elles marchèrent sur Versailles, sous la conduite des volontaires de la Bastille, entrainant, bon gré, mal gré, toutes les femmes qu’elles rencontraient en chemin. Des canons les suivaient, assujettis avec des câbles sur des voitures qu’elles avaient arrêtées pour cet usage. Elles portaient aussi de la poudre et des boulets. Les unes conduisaient les chevaux, d’autre étaient assises sur les canons et tenaient la mèche à la main. On a évalué leur nombre à quatre mille et celui des hommes à environ cinq cents [1]. »
Cette journée révolutionnaire a un impact majeur sur les évènements politiques. Les parisiennes partent le 5 octobre au matin de la Place de l’Hôtel de Ville, elles arrivent à 17 heures à Versailles. Le 6 octobre le château de Versailles est envahi par la foule et le soir, le roi est escorté jusqu’aux Tuileries. Cette émeute populaire ou les femmes jouent le premier rôle est fondamentale, car elle permet aux patriotes d’avoir le roi, et sa famille à la « disposition » du peuple. Le peuple contrôle le roi et l’Assemblée nationale, car l’Assemblée peu de temps après vint siéger à Paris ; ainsi le roi, et l’Assemblée, se trouvaient directement sous le contrôle de la force populaire. A partir de cet évènement on devait de plus en plus compter sur cette force politique.
Marat dans l’Ami du peuple du 10 novembre 1789 écrit :
« Les citoyens timides, les hommes qui aiment leur repos, les heureux du siècle, les sangsues de l’Etat et tout les fripons qui vivent des abus publics ne redoutent rien tant que les émeutes populaires : elles tendent à détruire leur bonheur, en amenant un nouvel ordre de chose. Aussi s’élèvent-ils sans cesse contre les récits énergiques, les discours véhéments, en un mot contre tout ce qui peut faire sentir au peuple sa misère, et le rappeler à ses droits…
Or le peuple ne se soulève que lorsqu’il est poussé au désespoir par la tyrannie. Que de maux ne souffre-il pas avant de se venger ! Et sa vengeance est toujours juste dans son principe, quoiqu’elle ne soit pas toujours éclairée dans ses effets ; au lieu que l’oppression qu’il endure n’a sa source que dans les passions criminelles de ses tyrans.
Que sont quelques maisons pillées en un seul jour par la populace auprès des concussions que la Nation entière a éprouvées pendant quinze siècles, sous les trois races de nos rois ? Que sont quelques individus ruinés, auprès d’un milliard d’hommes dépouillés par les traitants, par les vampires, les dilapidateurs publics ? Mettons de côté tout préjugé, et voyons.
La philosophie a préparé, commencé, favorisé la révolution actuelle ; cela est incontestable : mais les écrits ne suffisent pas ; il faut des actions ; or à quoi devons-nous la liberté, qu’aux émeutes populaires [2] ? »
Le roi et l’Assemblée sont donc à Paris, après les évènements d’octobre. Le peuple a fait peur aux Constituants et au roi. Pour preuve, l’Assemblée fait voter une loi martiale dès le 20 octobre 1789.
Malgré tout, le peuple depuis la prise de la Bastille et les évènements d’octobre, continuera de jouer jusqu’en 1795, un rôle majeur dans l’avancée vers un nouveau monde politique.
[1] Jean-Philippe-Guy Le Gentil, comte de Paroy, Mémoires, publiés en 1895.
[2] Texte extrait de l’ouvrage de Sophie Wahnich, « La révolution française : un évènement de la raison sensible », Paris, édition Hachette supérieur, pp.70-71. (Journal de Marat, L’Ami du peuple, n°34 et 35, 10 novembre 1789).

