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La Révolution française dans les programmes du lycée général et technologique.

mercredi 16 avril 2025

La Révolution française dans les programmes du lycée général et technologique.

Cette période est essentiellement abordée au début de l’année de Première dans ce qui est devenu le « tronc commun » qui opère un retour à la chronologie et au roman national. Des objectifs ambitieux sont affichés dans les programmes (développer une réflexion dans le temps, sur les sources, initier au raisonnement historique, contextualiser et développer le sentiment d’appartenance nationale…), mais les horaires dévolus à l’histoire-géographie ont diminué : 3h par semaine en lycée général, 1h30 dans les séries technologiques. La réalité du terrain est donc une course contre la montre étant donné le contrôle continu, les deux épreuves d’enseignement commun dans le courant de l’année scolaire obligeant les équipes à avancer de la même manière à un rythme soutenu, et à obligatoirement aborder des « points de passage » pouvant faire l’objet d’une question spécifique à l’examen ; la liberté pédagogique de chacun s’en trouve considérablement diminuée.

Dans ce contexte le thème 1 intitulé « L’Europe face aux révolutions » doit être abordé en 11 ou 13 heures en Première générale, seul un chapitre sur deux est consacré à « La Révolution française et l’Empire : une nouvelle conception de la nation ». Le second chapitre est consacré à la Restauration (en France et ailleurs) et à la circulation des idées nouvelles en Europe de 1814 à 1848. Ainsi, le professeur doit jongler entre ces deux chapitres avec une dotation horaire bien mince. Dans la voie technologique les élèves abordent le thème « L’Europe bouleversée par la Révolution française (1789-1815) » en seulement 5 ou 7 heures. On peut supposer que le professeur en lycée général consacre au mieux 9 heures au chapitre dévolu à la période 1789-1814. Dans ces limites, l’enseignant attaché à la période révolutionnaire doit aborder obligatoirement deux jalons (« points de passage ») : Mme Roland (concession à l’histoire des femmes, mais pas à Olympe…), et le procès de Louis XVI. Il convient donc de faire des choix drastiques ; si l’on veut faire comprendre ce que fut l’été 1789, ou bien la « Terreur », il conviendra d’accélérer notoirement pour « expédier » le reste… Quant aux savoir-faire comme contextualiser ou réfléchir aux sources, on peut s’attendre à ce qu’ils soient sacrifiés au profit d’un récit professoral accéléré. La crainte légitime de ne pouvoir faire comprendre les enchaînements d’une période si riche et si cruciale pour notre identité pousse l’enseignant à brosser à grands traits les événements, et le conduit in fine à la superficialité. A défaut d’en comprendre le sens, l’élève conservera quelques images du roman national dans le meilleur des cas. L’enseignant d’histoire dans la voie technologique est quant à lui contraint par un horaire encore plus limité que son collègue de la voie générale, et doit choisir un thème d’étude entre la chute de la monarchie en 1792 ou Waterloo « Les puissances européennes contre Napoléon ».

Les manuels sont très riches en documents, l’étude de la période 1792-1794 proposant souvent une carte de la République menacée, un extrait de la loi des suspects, du décret de la levée en masse, parfois de témoignages sur la guerre de Vendée ou une estampe montrant un comité de surveillance révolutionnaire. L’accent mis sur Mme Roland et le procès du roi met en valeur le parti Girondin ; le célèbre discours de Robespierre du 3 décembre 1792 est souvent reproduit (extraits), mais le but est bien de mettre en valeur l’iniquité du sort réservé à un homme injustement accusé. La construction du chapitre ne met en exergue aucune période particulière, il s’agit d’une lecture linéaire : l’été 89, la fin de l’AR, la nouvelle France, la prise des Tuileries et la proclamation de la République, Valmy, la Terreur, l’échec du Directoire, et le retour à la paix civile avec Bonaparte... Peu de manuels évoquent la première abolition de l’esclavage et l’écho de la Révolution dans les Caraïbes ; sans doute pense-t-on qu’une adaptation des programmes au contexte local dans les collectivités d’outre-mer suffit. Notons cependant une bonne étude de documents intitulée « La Révolution et l’abolition de l’esclavage » contenue dans le manuel Nathan (Histoire 1re sous la direction de S. Coste).

En Seconde, si le professeur a eu le temps en fin d’année scolaire, les élèves ont vu les éléments permettant de comprendre pourquoi la Révolution eut lieu (Thème 4 : « Dynamiques et ruptures dans les sociétés du XVIIᵉ et du XVIIIᵉ siècles »). En spécialité « Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques » en classe de terminale, l’élève peut brièvement retrouver la levée en masse, modèle d’une armée nationale, tournant majeur dans l’histoire de la guerre selon Clausewitz (Thème 2 : « Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolutions »).

Laurent JOLLY

Agrégé et Docteur en histoire.