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Le temps des tensions avant la rupture entre le roi et les Patriotes.

Auteur : Bernard Vandeplas docteur en Histoire contemporaine

vendredi 10 avril 2026

Un état de tension qui provoque chez les patriotes des différences d’appréciations sur les évènements qui ont lieux et surtout des divergences entre eux. Pourtant, ils ont le même but.

Le1er mars Le Mercure national et Révolution de l’Europe, journal démocratique écrit un article ayant pour titre : « Crise momentanée de la France : « Citoyens, on nous perd, on vous même au despotisme. Nous sommes trahis de toutes parts, nous touchons à l’anarchie. »
La croyance au complot aristocratique constitue un trait fondamental de la mentalité collective de 1789 et une des clés de l’histoire révolutionnaire.

La fracture entre le roi et les patriotes s’accélère au printemps 1791, et celle-ci sera un fait en avril de la même année, lors de la fuite du roi et de sa famille.

Mais les tensions sont déjà présentes en février et mars 1791, comme nous allons le voir, dans la presse qui est parvenue dans le Gers cette même année. Le journal Le Mercure national et Révolution de l’Europe, journal démocratique, écrit, Paris, le 28 février 1791  :

« Deux événements remarquables occupent en ce moment la capitale et occuperont demain toutes les provinces.
Ce matin, vers dix heures, un chevalier de Saint Louis se présente chez le dauphin. Le garde national qui était de faction croit apercevoir quelque chose de sinistre dans le regard de cet officier, l’examine beaucoup et découvre enfin un poignard sous son habit, aussitôt le chevalier de Saint-Louis est saisi et conduit au district des feuillant ; on ignore encore son nom et sa mission et ses projets ; mais monter chez quelqu’un, un poignard sous l’habit n’est surement pas l’action d’un homme d’honneur, d’un bon citoyen ; le bruit se répand qu’on voulait également assassiner le roi, citoyen a qui il est confié, prenez garde à vous, l’aristocratie veut nous imputer ce crime, elle veut faire dire à l’Europe que c’est le fer des patriotes français, que ce sont les patriotes qui ont voulu assassiner Louis XVI ; tandis que les patriotes ont la plus profonde estime pour les fonctionnaires publics et que jour et nuit ils gardent celui-là.

Nous démocrates, nous amis de la liberté, nous sommes également de l’humanité, le sang nous répugne et loin de faire couler celui d’un officier public, nous avons peine à décider si nous ferons couler celui de nos ennemis.

Au reste, ce qu’il y a de plus heureux dans cette circonstance c’est que celui qui est soupçonné d’avoir voulu assassiner le roi et son fils, est un homme titré, un chevalier de Saint-Louis, un homme enfin qui n’est pas de la canaille.

Le deuxième évènement est une espèce de soulèvement parmi les sauveurs de la patrie (au faubourg Saint Antoine) le soulèvement à pour but d’aller démolir la nouvelle Bastille que l’on a la hardiesse de construire sous nos yeux. Je parle du château de Vincennes, sur lequel nous avons donné l’éveil dans un de nos numéros de l’année dernière. Prenez, généreux citoyen, prenez, démolissez cet abominable donjon, renversez ces plates formes dont on l’entoure à grand frais, n’attendez pas que le signal de la guerre civile soit donné, frappez quand il en est temps encore, demain peut-être, il serait trop tard qui sait si cette nuit, les 60 mille poignards ne seront pas dans la main de cette troupe de brigands qui n’attendent que le moment du massacre [1] ».

Le même journal écrit le 1e mars en ayant pour titre : « Crise momentanée de la France : Citoyens, on nous perd, on vous même au despotisme. Nous sommes trahis de toutes parts, nous touchons à l’anarchie. Doux empire de la liberté, c’en est donc fait, il faut renoncer à vivre sous tes lois. Malheureux que nous sommes, nous avons vu l’aurore d’un beau jour et nous allons finir notre carrière dans les ténèbres et la nullité ! Infâmes papiers modérés, détestables journaux des clubs, sacrilège comité diplomatique, voilà votre ouvrage, contemplez-le !

Le roi semble méditer la fuite, son frère ainé dit lui même qu’il ne le quittera jamais, ce bruit se répand dans la capitale, les intrépides et généreux parisiens se portent au château et c’est du canon qu’on leur oppose.

Oui, de toute parts, nous sommes trahis, vendus. L’assemblée nouvelle délibère sur le départ des tantes du roi et ces femmes partent avec des passeports. Ces passeports sont signés, contre signés : on donne des ordres à des soldats de protéger leur fuite l’infâme Moitié connaît l’heure du départ, le maire de Paris ne l’ignore pas et le départ s’effectue. Une municipalité de département arrête les fuyardes, elle a le droit de les arrêter ; je l’eusse fait, moi, au péril de ma vie et l’Assemblée nationale ne délibère pas sur cet acte de patriotisme. Le nom, le seul nom de princesse royale la paralyse et les habitants d’Arnai restent exposés à la vengeance de la cour.

Français, écoutez moi, je le dis à regret, mais lorsqu’il s’agit de notre salut et du mien, je ne connais plus d’autre loi.

Si les tantes du roi sont ramenées à Paris, si de retour ici, l’envie de voyager leur reprend encore, si quelque autre d’entre nous cherche à s’expatrier dans le moment de la crise, si nous croyons sa présence utile à la chose publique, s’il ne se présente pas une autre circonstance quelconque de sauver l’état, faites le sans consulter l’Assemblée nationale, elle n’a pas le droit de vous l’empêcher.

L’Assemblée nationale n’est là que pour nous et pour nous ; lorsque nous avons prononcée, lorsque le salut public, en danger nous a dicté une loi, c’est à elle à obéir la première.

De chose l’une, ou il faut que les représentants obéissent aux représentés, ou il faut que le peuple tombe dans l’anarchie.

L’Assemblée nationale nous y inviter, en gardant un perfide silence sur l’arrestation des demoiselles Capets ; eh bien, faisons-nous justice à nous même, reprenons, s’il le faut, l’exercice de nos droits et livrons nous plutôt à l’anarchie qu’a l’esclavage.

Un peuple ignorant dans l’anarchie est aux portes du despotisme, un peuple éclairé, dans l’anarchie, touche à la véritable liberté [2] ».

Le 24 mars 1791, le journal poursuit : « Encore un pas vers l’esclavage ». « Proclamation de la municipalité de Paris, en date du 20 mars pour ordonner le désarmement des citoyens ». Citoyens, soyez tranquilles, dormais avec sécurité ; reposez vous de votre salut sur vos législateurs, sur vos magistrats, sur vos municipaux, sur vos chefs militaires ; croyez sans examen à leur zèle patriotique, a leur intégrité, à leur vigilance surtout à leurs désintéressements. Ils veillent jour et nuit à votre salut. La déclaration des droits n’est-elle pas la base de la constitution ? La Bastille n’est-elle pas démolie par vos mains victorieuses ? N’avez-vous pas conquis la liberté ? Citoyens, vous êtes libres et vous avez anéanti tous vos ennemis. Endormez-vous dans le sein de la paix ; ne vous chargez point d’une imposture surveillance ; laissez s’agiter encore un moment ces « factieux des jacobins » ces traitres, ces ennemis de la paix, ces enragés démocrates des Cordeliers, ces sociétés fraternelles, qui prétendent que vous devez veiller sans cesse sur vos droits, tandis que vous avez le meilleur des rois… ». L’auteur qui est anonyme rejette les extrêmes et semble encore croire que les législateurs, le roi etc… protègent le peuple contre les factions.

Dans le même journal les tensions se poursuivent entres révolutionnaires. Les avis divergent entre les différents auteurs du même journal, par exemple cet écrit d’une citoyenne, toujours sur le désarmement des citoyens :

« Si j’étais homme et que les hommes eussent l’audace de se saisir de mes armes, ou chez moi ou ailleurs, je m’en servirais jusqu’à ce qu’il fut temps de céder au nombre, je les abandonnerais avec ma vie et je mourrais libre et dans l’exercice des droits que me donne ma liberté.

Je suis femme, si je savais me servir d’une arme quelconque, j’en ferais autant et il y a dans Paris 900000 personnes des deux sexes qui pensent de même [3] (Louise Robert) ».

Plus loin nous lisons, pages 49 et 50 : « Je suis membre du club des jacobins, mais, et j’en fais hautement ma profession de foi, je n’adopte pas tout les principes ; je sus membre du club des jacobins, je suis attaché à la société des jacobins parce que je la regarde comme le gouvernail du vaisseau de l’état, comme le port des citoyens, mais les jacobins tiennent au système monarchique et moi je déclare publiquement que je tiens au système républicain.

Cette nuance entre leur système et le mien ne m’empêchera jamais de les honorer, de les aimer, d’assister à leurs séances, d’y prendre des leçons de patriotisme, de leur communiquer mes idées, lorsque je les croirai utile à la chose publique, parce que je suis intimement persuadé que nous n’avons qu’un même but et que si nous différons, ce n’est que sur les moyens d’y parvenir. Le salut du peuple, la liberté de la partie ; voilà l’unique objet de toutes nos veillés.

Sans le club des jacobins, je pense sérieusement que la révolution ne serait pas soutenue, sans leur immense et bienfaisante correspondance, je suis également certain qu’elle essuierait encore de terribles assauts ; je dois avertir que dans cette correspondance, les sociétés, les individus doivent faire une grande et essentielle différence : celle des lettres qui émanent de la société même et celle des lettres qui ne sont envoyées que par le comité de correspondance individuellement.

Le club des jacobins peut quelquefois se tromper, mais ces erreurs sont louables et toujours pardonnables. Quand à son autorité de correspondance il doit être jugé plus sévèrement, parce qu’il est possible que les individus qui le composent, transmettent dans les départements des erreurs personnelles que les affiliés pourraient étendre, pourraient imputer à la société mère [4] ».

L’ensemble des textes nous montre un état de tension qui provoque chez les patriotes des différences d’appréciations sur les événements qui ont lieux et surtout des divergences entre eux. Pourtant, ils ont le même but.

Le 28 février 1791 (parution du journal), un débat a lieux à l’Assemblée nationale sur l’émigration de « Mesdames » (qui ont été arrêtées dans leur voyage et retenues par les administrateurs patriotes) et discours de Mirabeau en leur faveur. Ému par la crainte d’un complot, le peuple du Faubourg Saint-Antoine s’attaque au château de Vincennes. La Garde nationale disperse les émeutiers. Cependant 400 gentilshommes en armes s’assemblent aux Tuileries ; le bruit s’en répand, le peuple s’y précipite, désarme les « Chevaliers du Poignard » et contraint Lafayette, à les arrêter [5]. « Pour Albert Soboul, la croyance au complot aristocratique constitue un trait fondamental de la mentalité collective de 1789 et une des clefs de l’histoire révolutionnaire. Ce sentiment débouche sur une mobilisation populaire pour défendre la communauté menacée. Pour T. Tackett, la peur du complot (et en rapport) avec l’adoption des lois d’exceptions [6] ». En effet, comme nous l’avons vue, la presse prise en exemple ici se fait le reflet de cette démarche. L’idée de complot est un instrument politique, qui permet la justification des actions entreprises. Elle participe également à l’éclatement des révolutionnaires en plusieurs factions, pourtant le but est certainement identique à l’ensemble des révolutionnaires, dans un premier temps, puis dans un second temps l’union fictive se concrétise dans des prise de positions différentes. La lutte pour le pouvoir, passe par la thématique du complot.

Le 22 mars 1791, le club des Cordeliers proteste contre l’arrêté municipal de la capitale (Le 17 mars), prohibant le port d’armes pour les simples citoyens.

Comme nous l’avons vue, le journal en date du 24 mars, proteste également contre cette mesure. Celle-ci mène à l’esclavage ! L’enjeu est majeur, car cette mesure élimine le peuple révolutionnaire des Faubourgs et plus particulièrement les Clubs (Cordeliers et Jacobins). Cette mesure provoque également des tensions et des différences de points de vue dans la presse patriote. En fait, son application ne se fera pas, les citoyens resteront en armes.

Pour conclure, cette période est riche en événement, et surtout on voie apparaître des divergences entre patriote. On assiste à une prolifération des tensions sociales et politiques due en partie à l’angoisse d’une situation de crise majeure.

Donc, avant même la fuite du roi en avril de la même année, les patriotes sont dans un état de stress permanant. D’une part, la guerre à l’extérieure et les théories du complot à l’intérieur, (vrai et faux) participent à une mobilisation des patriotes et à la radicalisation d’une partie de ceux-ci, pour sauvegarder la liberté, et la Révolution.


[1A.D. du Gers, DC 38.

[2A.D. du Gers, DC 38, journal « Mercure National et Révolution de l’Europe, journal démocratique : Vivre libre ou mourir.

[3Idem, pp. 48-49.

[4Idem, p.50.

[5Jean Massin, « Almanach de la Révolution française », Paris, 1963.

[6Philippe Münch, « Le pouvoir de l’Ombre, complots et Révolution 1789-1801 », Paris, éditions divergences, 2022, p. 23.