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Les dons patriotiques : texte de la conférence donnée par Gauthier Baert
Texte de la conférence de Gauthier Baert donnée à Arras le 12 mars 2026
mercredi 22 avril 2026
Avant de lire, sans doute avez-vous envie de voir le diaporama présenté dans son entier , ci-dessous en cliquant sur le titre.
Et pour visionner sa conférence il faut cliquer ici : Voir le film de la conférence
Les dons patriotiques. Texte de la conférence donnée par Gauthier Baert .
Notre conférencier expose ici une partie de sa recherche doctorale
L’usage des dons patriotiques,
une pratique civique qui renvoie à la vertu républicaine
Introduction :
Que nous apprennent les philosophes des Lumières sur la notion de vertu ?
Rousseau défend l’idée que la vertu renvoie à la conscience, à l’amour de soi, au sentiment, et qu’elle s’invente en se détachant de la société corrompue. Cependant, il reconnaît que la vertu et le bonheur ne sont pas toujours liés, et que le vrai bonheur dépend de la volonté générale [1].
Pour Montesquieu, la vertu politique est l’effacement de l’individu face à la société, c’est le renoncement de l’intérêt personnel au profit de l’intérêt général. La vertu est le principe de la république, et n’a d’autre existence et d’autre lieu que le cœur des citoyens [2].
Le phénomène des dons patriotiques, offrandes faites sur l’autel de la Patrie pour renflouer les caisses de l’État, est intéressant à étudier sous l’angle de la vertu…
Tout d’abord, peut-on tenter une définition des « dons patriotiques » dans leur contexte (mon étude portant sur les années 1789 à 1793) ?
Prenons pour cela quelques définitions du dictionnaire de Chantreau ( daté de 1790) :
- A l’article « Don patriotique » nous lisons : « c’est l’or, c’est l’argent qu’on porte de bon cœur sur l’autel de la patrie pour subvenir à ses besoins. Hélàs ! les donataires qui veulent, ne sont pas ceux qui peuvent ; aussi leurs dons en deviennent plus précieux. »
Un peu plus loin : « On a cependant vu, dans différents dons de vaisselle, des restitutions patriotiques, qui décèlent un ferme propos de devenir citoyen [3]
C’est une critique implicite de l’égoïsme des riches et un lien intrinsèque avec la notion de citoyen.
- À l’article « Contribution patriotique » : nous lisons « c’est celle qui n’est point due de rigueur et que la nation n’obtient que des bonnes intentions, que du zèle des patriotes ; cette contribution a été fixée au quart du revenu de chaque individu. [4] »
L’auteur évoque ici un nouvel impôt créé en octobre 1789 pour rembourser le déficit de l’État, au départ facultatif, et donc assimilable à des dons. Il fait donc l’objet de mon étude doctorale.
- À l’article ’Civisme [5], Chantreau fait un parallèle entre 2 notions : le civisme intérieur du citoyen et le patriotisme extérieur du soldat.
- Qu’en est-il alors du « Citoyen ? [6] Pour l’auteur, ce terme obtient une nouveau sens : désormais, le citoyen se définit comme un membre du corps social, mais c’est aussi un militant révolutionnaire. Pour autant, l’auteur ne donne pas de définition de la vertu.
Faut-il, par conséquent, voir dans les dons patriotiques uniquement une démarche civique ou patriotique ?
Il est intéressant de se pencher sur un autre dictionnaire, un peu ultérieur, pour approfondir notre raisonnement : celui de Gautier (de 1791, ici dans sa réédition de 1792).
À l’article - « civisme [7] » , cet auteur fait une distinction entre civisme et patriotisme. Ce dernier étant pour lui l’amour de la patrie.
Curieusement, il n’y a pas d’article « République » mais, on est surpris par la lecture de celui de :
« - Royaume. L’état est une république quoique le gouvernement ne soit point républicain. […] L’état est la chose commune (res publica), la république, et ne doit point avoir d’autre nom [8] »
Pour lui, la monarchie constitutionnelle est donc une république en ce sens où c’est la nation qui est souveraine, le monarque n’ayant que des pouvoirs délégués par elle.
De même, on n’y trouve pas de définition de « Vertu ». Pourtant, cette notion n’est pas absente du dictionnaire : notamment à l’article « - Français ». Il y décrit « les vertus vraies »parmi lesquelles « l’amour de la patrie, d’où découlent toutes les autres. [9] » Pour lui, l’honneur n’en est pas une. C’est « la vertu d’un esclave. »
Enfin, peut-on percevoir à travers l’étude des dons, l’affirmation d’une pratique républicaine ? La mise en œuvre de la vertu publique ?
Prenons un exemple concret, celui de Barère, célèbre révolutionnaire, qui voulut apporter sa propre contribution à l’Assemblée nationale. Selon son biographe : « Bertrand Barère, dans ce concours émouvant, ne pouvait s’abstenir de quelque démonstration. Il choisit son heure, monta religieusement à l’autel et, jouissant à l’avance des ovations que sa modestie allait subir, il sacrifia la finance de sa charge en la sénéchaussée de Bigorre, soit 8 000 livres. Quelle déconvenue ! Son succès ne dépassa pas les plus ordinaires. « La contribution infime d’un vieux soldat avait été bien plus chaleureusement saluée. Je vis bientôt, confesse-t-il dans ses Mémoires avec un dépit assez divertissant, que je m’étais abusé. Le don patriotique que je fis fut reçu avec des applaudissements ; mais il n’y eut pas un seul magistrat, pas un de ces riches parlementaires, pas un de ces premiers présidents et procureurs généraux qui voulût suivre mon exemple ». Il regrettait maintenant sa maladresse, mais la déclaration était consignée dans les annales officielles et partant irréparable ». [10]
C’était lors de la Séance du vendredi 25 septembre 1789, au matin. On en retrouve mention dans les Archives parlementaires : « [...]et il a ajouté que jamais sacrifice ne lui sera plus agréable. » [11] »
Il faut ici souligner à quoi correspond cette forte somme. On estime à 2 livres par jour le salaire d’un artisan en 1789. Autrement dit, il venait de se délester de l’équivalent d’environ 11 ans de revenus moyens d’un artisan pour la nation !
Finalement, à travers cet extrait, le don serait-il source d’exemplarité ou bien l’expression d’une futile vanité ?
Or, le point de départ de ma thèse est le don des « illustres françaises », ces femmes et filles d’artistes apportant à l’Assemblée nationale une cassette de bijoux, telles les dames romaines, apportant l’argent nécessaire au général antique Camille, à la veille de la bataille de Veies. Effectivement, le 7 septembre 1789, ce cortège féminin vêtu de blanc, symbole de pureté, fait son don sous l’égide de la vertu (ici à droite sur l’écran).
On lit sur une estampe célèbre à l’époque le commentaire suivant : « Si la restauration de l’Empire français dépendait des vertus et du dévouement des individus ; si la fortune des nations était déterminée par des exemples de patriotisme , le geste de ces femmes « parées de leur seule vertu », devrait « bien rassurer les citoyens. » [12] »
De cela découle la problématique du jour : La vertu publique, à travers la pratique des dons patriotiques, est-elle la condition de l’esprit républicain ?
Cette présentation se déroulera en deux parties :
I – Le sacrifice sur l’autel de la patrie, autrement dit l’étude d’une pratique.
II– Une manifestation de la vertu républicaine, autrement dit la signification de ce geste.
I – Le sacrifice sur l’autel de la patrie. Une libation qui fait tache d’huile.
=> quels sont les indicateurs du républicanisme ? Faisons tout d’abord une analyse socio-historique.
- A. Un certain engouement, un effet d’entraînement
Il s’agit avant tout d’un engagement individuel (comme nous le constatons sur cette estampe à l’écran, ici le don d’un capucin).
1. - Un don individuel
Etudions quelques témoignages.
=> Celui de La Brémaudière, député suppléant, dignitaire de la loge maçonnique La parfaite union de Quimper, qui fit une adresse datée de janvier 1790 accompagnant le registre des dons patriotiques offerts à l’Assemblée nationale :« Tout François doit être prêt à sacrifier sa fortune, sa vie même pour le maintien de la révolution naissante ». [13]
C’est donc pour lui l’affaire de chaque Français.
=> L’appel aux dons d’un patriote en 1790 : Louis Journu-Montagny qui s’adresse aux 90 électeurs de Bordeaux en ces termes :« [...] Fixons nos regards sur la chose publique, qui est en souffrance. [...] et l’on dira « Voilà un Français, un de ces hommes qui, avec dix pistoles a sauvé sa Patrie. » [14] Les intérêts particuliers rejoignent donc l’intérêt public, mais peut-on y voir la présence de la vertu ?
Certes, il existe un certain engouement véritable, comme en témoigne plus tard Rosalie Julien dans son journal : elle écrit ainsi depuis Paris, le 1er juin 1792 :
=> [...] Cette sainte fureur, qui marque bien l’esprit public, est tellement soutenue, qu’il pleut de l’or, je n’exagère pas. Hier, un Bordelais a posé sur l’autel de la patrie 57 000 livres en espèces sonnantes ; et tous les jours le bureau en est couvert. [15]
Cela nous rapproche des concepts de protagonisme (H. Burstin [16]) autant que de l’agentivité (P. Serna [17]) étudiés de nos jours.
2. - Un don collectif
Les dons patriotiques sont également un engagement collectif, comme en témoignent cette estampe sur l’écran (ici des chanoinesses de Maubeuge), ou bien les journaux de l’époque. La Révolution française est source d’espérance et de changements.
=> Le patriotisme des Français se manifeste dans toutes les parties du Royaume, et dans toutes les classes de citoyens. [...]. Ils trouvent leur plus douce jouissance dans les privations qui tournent à l’avantage de leur patrie. [18] lit-on dans le Journal des débats et des décrets numéro de décembre 1789.
Cet engagement commun se traduit donc par un phénomène d’agrégat (selon G. Lefebvre [19]) autant que d’un « effet de groupe » (je vous renvoie aux travaux récents des physiciens Drenckhan et Farago [20]
N’assisterions-nous pas cependant à un changement dans l’opinion publique ?
- B. Un glissement progressif du sentiment monarchiste vers l’idéal Républicain en France
En effet, comment percevoir l’évolution de l’opinion publique vers la République avant qu’elle ne l’étreigne finalement ?
1. - La gratitude envers le roi (l’exemple du discours de 4 février 1790)
Partons en effet d’un cas concret. Le discours dont il s’agit a été prononcé par le roi à l’Assemblée nationale pour apaiser les tensions et promouvoir l’unité. Il a été bien accueilli par les députés et a même été publié. De nombreuses estampes sur le sujet ont été imprimées à l’époque (comme l’exemple ici à gauche).
Il est vrai qu’avant l’épisode de Varennes, les sentiments monarchistes sont encore clairement visibles dans le peuple. En témoignent les adresses envoyées à l’Assemblée nationale.
=> Ainsi, à La Saulce-des-Alpes (dans les Hautes-Alpes), les autorités écrivent : « […] Le Dimanche 28 février, la municipalité nouvelle, la garde nationale et toute la communauté, hommes, femmes et enfants ayant l’âge de raison, ont solennellement prêté le serment civique dans l’église paroissiale, après avoir entendu la lecture du sublime et paternel discours prononcé par le Roi à l’Assemblée nationale le 4 du même mois. [...] toute la communauté fut attendrie et pénétrée d’amour, de respect et de reconnaissance, et de soumission pour les législateurs et le monarque français [...] ». [21]
Les bons sentiments du peuple envers le roi sont alors encore bien visibles. Cela se retrouve à tous les niveaux, y compris au sein de l’administration.
=> Par exemple, dans le projet de réponse par Duquelbecq, un des administrateurs du directoire du département du Nord, à Necker pour ce qui concerne la contribution patriotique, lettre écrite depuis Douai, durant l’année 1790, il lui demande de se faire, je cite : « ... l’interprète de nos sentiments auprès de sa majesté » [22].
Cependant, on peut s’interroger : s’agirait-il d’une simple formule de politesse, d’une convention d’usage ou bien d’une conviction profonde ? Comment pourrait-on le savoir ? Impossible en réalité… mais il existe peut-être des indices à travers l’analyse sémantique.
2. - Un glissement sémantique (de « l’hommage en 1790 au « sacrifice » en 1793)
Question : la rédaction des formulaires participerait-elle à la construction d’une culture civique ?
=> Du « sieur » on passe bientôt au « citoyen » dans les écrits, … Les références antiques sont pléthores depuis le don des « illustres françaises » en septembre 1789, déjà comparées aux vertueuses dames romaines.
1792 marque cependant un tournant, à n’en pas douter. Il faut défendre la liberté et les acquis de la Révolution face aux ennemis en guerre, mais également, à partir du mois de septembre sauver la jeune République.
=> Ainsi en est-il des habitants de Lihons-en-Santerre (dans la Somme) qui déposent sur l’autel de la patrie un maigre don (16 livres) pour subvenir d’autant aux frais de la guerre. Ils ne sont pas riches, mais ils sont prêts à faire tous les sacrifices pour le maintien de la liberté. Ils mettent toute leur confiance dans la Convention nationale. [23].
Aussi, ce témoignage d’adhésion sincère a pu être fait autrement à l’occasion d’un fête.
=> Ainsi Duprat, premier lieutenant colonel du 3e bataillon de la Moselle, ancien commandant de Thionville adresse sa croix de Saint-Louis (une décoration militaire) à la Convention, via les administrateurs du Directoire du département. Ces derniers écrivent depuis Metz le 13/11/1792 : [...] « Il l’a déposée au pied de la statue de la liberté le 21/10, jour de la fête civique aux acclamations d’un nombre considérable de vrais républicains ». [24]
Cela est considéré alors comme un véritable acte de civisme.
Essayons de comprendre cette évolution vers le républicanisme, à travers quelques données.
Si on observe l’évolution des dons à l’Assemblée nationale, on constate tout d’abord une nette augmentation de ceux-ci à partir de la déclaration de guerre (en avril 1792) : durant cette période, l’ hommage ou la soumission ont tendance à disparaitre au profit de la simple dénomination de don, tandis que des souscriptions apparaissent.
De même, concernant le département du Nord, cette fois de septembre 1789 à octobre 1793, on retrouve la même hausse des dons patriotiques à partir de la déclaration de guerre, signe du patriotisme à la frontière ; ou lorsque ce département est menacé d’invasion par la trahison du général Dumouriez, au printemps 1793. Cette fois davantage comme signe de fidélité à la République française.
Curieusement, il existe très peu d’adresses clairement anti-monarchiques envoyées à l’Assemblée nationale, accompagnées de dons après l’épisode de la fuite par Varennes (juin 1791). C’est surtout après le 10 août 1792 que le rejet de la royauté est le plus marqué.
3. - Une analyse sémiotique (le rejet des attributs royaux
On assiste alors à l’émergence de dons symboliques, avec un rejet des attributs royaux.
=> L’effacement des symboles honnis sur les drapeaux par exemple : Ainsi en est-il de l’adresse des Maire, curé et officiers de la garde nationale d’Ancenis en novembre 1792. « La Convention nationale a aboli la royauté, nous avons cru qu’il était de notre devoir d’en effacer toutes les traces. [25] »
Car l’offrande d’un objet peut aussi avoir une valeur symbolique. Ainsi en est-il de la croix de Saint-Louis, en quelque sorte, l’ancêtre de la légion d’honneur.
Après la prise des Tuileries, le 10 août 1792, il faut juger le tyran : « Mort au traître ! » crient les donateurs des croix de Saint-Louis à la Convention, même si par ce geste, ils deviennent parjures, s’éloignant ainsi de la vertu. Précisons en effet que la croix de Saint-Louis, récompense accordée par le roi pour mérites militaires, depuis Louis XIV, faisait l’objet d’un serment de fidélité au roi de la part des impétrants.
Qu’écrivent-ils désormais ? En voici quelques extraits :
=> « Que le prix de cette croix serve à payer les premiers gages de ses valets et à sa guillotine. [26] »
=> « Que le glaive de la loi tombe sur le plus grand des coupables. [27] »
=> « Louis XVI doit être jugé aujourd’hui. [28] »
La mort du roi était donc considérée comme nécessaire.
=> Le 27 janvier 1793, six jours après son exécution, on offre de dons patriotiques au Club des Jacobins à Paris. Les habitants de la ville de Nevers, les administrateurs du district de Clamecy, la section des Terreaux de la ville de Lyon font des dons patriotiques et (je cite) « adhèrent au jugement dont l’exécution a fait tomber la tête du tyran. » [29]
La République s’installe dans les institutions, mais elle doit encore se parfaire dans les mœurs selon la célèbre idée de Saint-Just.
Soulignons l’existence de deux décrets :
=> celui du 02/09/1793 ordonnant la destruction des effigies et portraits des rois.
=> l’autre du 14/09 suivant, ordonnant aux officiers municipaux de faire exécuter le décret relatif à la suppression des armoiries et signes de la royauté dans les églises et dans tous les monuments publics. Ce qui favorise, du même coup, les dons de cette nature.{{}}
4. - Une évolution des pratiques : du registre municipal à la plume, au bordereau imprimé de la Convention
Dans le registre de la contribution volontaire, cet impôt facultatif (fin 1789 - printemps 1790) devenu bientôt obligatoire par la suite (le dernier paiement étant attendu en avril 1792), on constate la primauté souvent donnée au seigneur local, au curé, au maire.
En effet : Qui donne en premier ? Serait-ce un marqueur social ?
=> Voici des statistiques réalisées à partir de 114 registres retrouvés dans les Archives du Comité des dons patriotiques [30].
- - 53 % des premiers signataires sont des membres du clergé ;
- - 13 % sont des nobles ;
- - 11 % sont des hommes de loi ou médecin ;
- - 8 % sont des gens modestes ;
- - 6 % sont de simples maires (car quelques uns sont également curés, seigneur du lieu ou avocat, ce qui ferait 9 % mais fausserait les statistiques) ;
- - 6 % sont des laboureurs, entrepreneurs, commerçants et artisans ;
- - 3 % sont des représentants de communautés.
A noter : En tout, 5 femmes ont signé le registre en premier (surtout des veuves).
A travers ces chiffres, c’est la confirmation de la primauté du curé comme personne clé de la communauté villageoise qui est également retrouvée dans d’autres sources locales : préséance coutumière ? Ou bien rédacteur pour les illettrés ?
=> Ainsi le don patriotique (en 1790) de 150 livres, par Joseph Trepsac, curé. [31] Il est le premier de la liste des donateurs dans ce village de Rouergue (aujourd’hui Flaujac-Gare dans le Lot).
Notons que celui qui donne en premier, n’est pas forcément celui qui donne, pour autant, la plus forte somme. Ce n’est pas systématiquement celui le plus en vue dans la communauté locale. Les pratiques varient selon les circonstances et les lieux.
Voici une analyse statistique des données précédentes (114 registres) :
Combien offre le premier déclarant vers 1790 ?
- - 11 % des premiers donateurs donnent moins de 10 livres ;
- - 20 % donnent entre 10 et 100 livres ;
- - 53 % promettent entre 100 et 1000 livres ;
- - 10 % dépassent plus de 1000 livres ;
- - 6 % des données ne sont pas exploitables (en raison des chiffres effacés, ratures, déchirures, données non précisées).
Qu’en sera-t-il en 1792 ?
On peut constater une évolution dans les donateurs, en règle générale, cette fois en étudiant les adresses, courriers et pétitions envoyés à l’Assemblée nationale et consultés dans le fond des trésoriers des dons patriotiques [32]. Qu’en tirons-nous comme enseignement ?
On remarque en 1790 – 1791 que les 3/4 des dons proviennent des municipalités qui les ont collectés auprès de la population ( il s’agit des registres d’imposition). L’envoi par des particuliers totalise 22 %, celui d’autres groupes 4 %.
En 1792 – 1793, les citoyens faisant des dons à titre particulier représentent presque la moitié du total, parmi lesquels 2/3 d’entre eux sont des militaires ; 20 % proviennent de groupes revendiqués, dont les sociétés populaires (11 %). Les Municipalités n’atteignent plus que 11 %, rattrapées par les Français de l’étranger (10 %). Il y a donc une individualisation marquée des dons, ainsi qu’un glissement du numéraire vers les dons en nature qui deviennent alors plus conséquents.
Pourrait-on alors trouver l’expression de la vertu à travers les motivations des donateurs ?
- C - L’analyse discursive : quelles sont les priorités d’attribution pour les dons ?
Le vocabulaire utilisé [33] par la population pour qualifier ses dons permet d’appréhender leurs sentiments de zèle et de ferveur envers la Révolution Française. Une véritable dévotion transparait dans la parole qui joint ce geste.
On retrouve d’ailleurs certaines expressions ayant trait à la « vertu » dans la phraséologie de l’époque comme : « en le privant de son superflu », « offrandes civiques »,« fit le trait d’un Romain ». On considère alors les richesses comme des « des hochets de luxe », des« décorations ridicules ». On souhaite faire un « geste exemplaire » … Mais pour quelles raisons donne-t-on finalement ?
1. - Le financement de la Révolution :« pour les besoins de l’État »
C’est la première raison invoquée et la plus probante au départ : il faut en effet écarter la banqueroute menaçante. Déjà en 1788, Olympe de Gouges avait lancé l’idée d’un impôt patriotique pour renflouer les caisses de l’État (ici à gauche sur l’écran).
=> Dans un rapport du comité des finances de mars 1790, le député Dubois du Crancé écrit : « Dans un tem(p)s où l’extrême besoin ne s’était pas encore fait sentir, mais dont la prévoyance calculait les dangers, vous avez voté la Contribution du quart des revenus, etc ; cette offrande à la Patrie a été repérée avec enthousiasme par nos Commettan(t)s, jusque dans les petites bourgades. » [34]
Cette participation volontaire prouve l’attachement des donateurs à la Révolution en cours.
=> Dans la lettre manuscrite du 27 juillet 1790 des maires et officiers municipaux d’Ingrande-sur-Loire (dans le Maine-et-Loire), adressant le bordereau de la contribution patriotique de la paroisse, on peut y lire : « Le montant de cette contribution manifeste le patriotisme de nos concitoyens, et leurs désirs de concourir au bien être de la chose publique [...] ». [35]
Le peuple serait-il donc prêt à tous les sacrifices ? S’engagerait-il, par cette voie, dans une cercle vertueux ?
2. - (2e raison) Par patriotisme : « pour la défense de la patrie », « contre les tyrans »
La deuxième raison invoquée est souvent le patriotisme, c’est-à-dire l’amour de sa patrie. N’a-t-on pas qualifié les offrandes de dons patriotiques ? De nombreuses gouaches de Lesueur nous montrent une représentation de l’engouement des patriotes en action.
Cette argumentation s’accroît, bien entendu, avec la déclaration de guerre contre l’Autriche en avril 1792.
=> Ainsi, La Violette, caporal au 84e régiment, en garnison au Château Isle d’Oléron (en Charente-Inférieure), affirme :« [...] je veux contribuer autant qu’ il est en moi, à la défaite des tyrans : j’offre à la République un mois de ma haute paye, faible second il est vrai ; mais multiplié par la générosité de tous les bons Français, il donnera à nos camarades, qui ont le bonheur de se mesurer avec l’ennemi, de nouvelles forces que nous voudrions leur poster nous-mêmes. » [36]
L’exemplarité, constatons-le, est souvent invoquée. On souhaite entraîner les autres à nous imiter.
3. - (3e raison) « Pour les frais de la guerre » (les soldats et les prisonniers français
L’argent n’est-il pas le nerf de la guerre ? La victoire a un coût, nécessitant des fournitures et équipements, entraînant des frais supplémentaires et donc des levées de fonds et des appels aux dons, collectes et souscriptions. En voici quelques exemples :
=> Un PV de la Convention Nationale du 17 octobre 1792 accepte le don de 1 200 livres « pour les frais de la guerre » des administrateurs du Département du Nord [37].
=> Josset père, maire d’Auldes (dans l’Allier) offre à la patrie un assignat de 100 livres « pour être employé en faveur de nos frères qui sont aux frontières ». en février 1793.
Nous pourrions ainsi multiplier les exemples à l’infini...
4. (4e raison) Pour les civils (familles de soldats, victimes de la guerre, … )
La solidarité et la fraternité orientent également les dons vers les secours aux familles des soldats ou bien aux victimes directes de la guerre. Cependant, les dons envoyés à l’Assemblée nationale pour les Lillois, victimes du bombardement lors du siège autrichien à l’automne 1792, ne représentent que 1 % du total national en mars 1793 ou 3 % en juin, c’est donc fort peu.
Quelles sont les priorités évoquées ?
Premier motif : En faveur du peuple qui souffre de la faim...
=> Ainsi : ’En 1793, […] le citoyen Bernard Lacombe, [...], donnait treize hectolitres de blé pour les pauvres de Vignonet, selon les registres de la communauté du 1er juillet 1793.
Deuxième motif : En faveur des épouses des volontaires...
=> Lors de la formation du 6e bataillon du Calvados (selon les délibérations de Bayeux du 31 septembre 1792), je cite : ’[…] les offrandes, les dons patriotiques se multiplièrent. Ils arrivèrent à un chiffre tel que le Conseil put promettre une indemnité de 300 livres à chaque épouse de citoyen marchant à la frontière, 50 livres à chacun d’eux, et cinq sous par jour à chacun des enfants de ceux-ci, s’ils étaient nécessiteux.’ Ainsi, la nation prenait-elle soin des familles des soldats pendant leur absence.
Troisième motif : Pour les victimes de la guerre...
=> Autre témoignage émouvant : la lettre au Citoyen-Président par Rigot, domicilié à Avesnes (dans le Nord), du 18/12/1792. « Je me suis reproché de mettre le pot au feu, fêtes et dimanches quand mes frères manquent de pain et s’abreuvent de larmes. Je me privais de ce superflu inutile à la vie d’un homme laborieux et je me dis peut-être serai-je imité par 100 000 citoyens. J’économisais un assignat de 5 livres que je portais aux municipalités pour le leur faire parvenir, avec prière d’œuvrer en faveur de ces malheureuses victimes du despotisme » [...]. [38]
Quatrième motif : Et plus spécialement en faveur des veuves et des orphelins...
=> Les Membres de la Société des amis de la République de Baziège (en Haute-Garonne) écrivent le 13/01/1793 à leur « frère et ami » député du département à Paris pour offrir 130 livres pour les familles malheureuses, leurs veuves délaissés, leurs enfants orphelins des défenseurs de la liberté : ils ont fait leur devoir c’est leur seule et leur plus brillante récompense. [39]
Au final, pour faire le point, présentons une analyse statistique des dons patriotiques envoyés à l’Assemblée nationale de septembre 1789 à octobre 1793, depuis le seul département du Nord.
L’analyse des motivations donne ici les résultats suivants :
- - 29 % des dons sont faits pour les frais de la guerre ;
- - 13 % concerne l’envoi de trophées guerriers symboliques ;
- - 9 % des dons sont offerts pour aider les victimes du despotisme.
- Donc, plus de la moitié des dons est ouvertement lié au conflit à partir de 1792.
- On trouve également un soutien certain à la Révolution française :
- - 13 % des dons sont faits pour soutenir l’État ou l’action de l’Assemblée nationale ;
- - 5 % d’entre eux sont offerts ouvertement au nom de valeurs à défendre ( comme la liberté).
Ajoutons que 14 % des dons sont faits par les Nordistes pour appuyer une requête voire pour se mettre en valeur (la publicité des donateurs dans la presse est une pratique courante dès 1789). On rejoint ici la notion de contre-don du sociologue Mauss. Soulignons enfin que 17 % de dons sont indifférents, ceux dont l’objectif ou le désir d’affectation n’est pas précisé.
Ainsi, dans cette première partie, a-t-on cherché à expliquer l’évolution d’une pratique, celle des dons patriotiques, individuels ou collectifs, et à décrire quelques motivations des donateurs parmi d’autres, comme la défense de valeurs (la liberté contre la tyrannie). A présent, il convient de démontrer en quoi ce civisme peut-il être une manifestation de la vertu républicaine.
II - Une manifestation de la vertu républicaine
=> A la recherche du modèle de l’homo republicanus, les révolutionnaires, soucieux de la régénération des mœurs, ont mis en avant certaines tendances, les transformant en modèles à suivre. Lesquelles ?
- A. La mise en avant du don du pauvre et de celui du jeune innocent
Serait-ce sous l’influence de Rousseau et de son célèbre adage : « L’homme est bon par nature, c’est la société qui la corrompt. » ? Tout d’abord faisons un constat.
1. - Les dons des riches sont plus imposants que ceux des pauvres…
Certains nobles, aux débuts de la Révolution, n’hésitent pas à faire des dons conséquents, peut-être pour se faire bien voir…
=> Ainsi en est-il du marquis de Nédonchel, seigneur de Bouvignies en Flandre [40]. Dans l’état de la contribution patriotique (du 27 août 1790) : il a promis 10 250 livres, pour un total de 11 931 livres 12 sols dans cette communauté, soit 86 % du montant total du village !
=> Autre exemple, Le comte de Quelen promet 4 032 livres à Plouagat (dans les Côtes du Nord) sur un total de 4 898 livres, montant de ce bourg breton, soit 82 % de la contribution patriotique à lui seul.
Mais les nobles sont aussi parfois désargentés... et leurs dons paraissent alors bien modestes :
=> Ainsi, en juin 1790, Le chevalier de Ronnay de Lignou se présenta à la mairie de sa commune pour obéir à cette invitation et offrit, comme don patriotique la somme de 25 livres, se déclarant mortifié de n’en pouvoir donner plus. [41]
Ce sont souvent les plus instruits (et sans doute les plus riches) qui donnent le plus fort montant... En témoigne l’étude de quelques registres de la contribution patriotique déjà utilisés :
=> A Coutretot-Saint-Serge, un avocat au Parlement de Paris donne 300 livres [42].
=> Un médecin à Saint-Nicolas-de-la-Grave promet 500 livres [43].
=> Un maître des forges à Montbainville promet 600 livres [44].
=> M. Larreye, conseiller au sénéchal et député à l’Assemblée nationale donne depuis Tartas 1 000 livres [45].
=> A Saint-Martin d’Ecubley, le maire, sieur et chevalier de l’Ordre de Saint-Louis donne 2000 livres [46].
=> A Feugarolles, les dames religieuses du Paradis promettent 9 687 livres [47].
Tous les cas de figure sont donc possibles.
2. - ... mais ceux des humbles sont souvent plus nombreux
Les dons modestes comparés à ceux des riches, pouvaient être plus importants, car c’est leur nombre et non leur qualité qui fait alors basculer les chiffres de la quantité.
=> Par exemple, dans la Province de l’Orléanois, département de Blois, la Communauté d’Anjoin [48] : si on se penche sur le Registre pré-imprimé des Déclarations concernant la contribution patriotique à commencer par le maire et les officiers municipaux. On y découvre : un 1er cahier pour ceux qui excèdent 400 livres de revenus (ici 4 donateurs) ; un 2e cahier pour les dons des personnes ayant moins de 400 livres de revenus (ici 65 donateurs). Soit 94 % des signataires sont des gens peu fortunés.
=> De même, dans le village de Somain (Nord) : on compte 343 offrandes qualifiées de « libres » (selon les articles du registre) sur 381 personnes domiciliées (selon la liste des chefs de feu [49]) ! Ici, 84 % sont donc des gens modestes.
Parfois, il est vrai le total des dons volontaires n’arrive pas à dépasser celui des contributions obligatoires. Les donateurs sont plus nombreux que les contributeurs, mais beaucoup plus modestes, donc ils versent moins chacun et n’arrivent pas à dépasser le total fourni par les plus fortunés.
=> Ainsi dans la « Province de Flandres », dans la « Châtellenie de Cassel » [50] en est-il du rôle des sommes à recouvrir dans la paroisse d’Hebblinghem pour la contribution patriotique d’après les déclarations faites par les personnes… chiffres arrêtés par les autorités locales au 18-04-1790.
Soit un total de 2.288 Livres au final, dont seulement 40 % du montant total est fourni par les petites gens.
3. - La mise en valeur de la probité et de l’innocence
Le don modeste avait sans aucun doute davantage de portée, lorsqu’il venait des plus pauvres, car il représentait un sacrifice proportionnel plus important, pour l’indigent, comparé à celui du riche.
Evoquons laDéclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de Robespierre, dans sa version du 21 avril 1793 affirme :
Art. XIII : Les citoyens, dont le revenu n’excède pas ce qui est nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques. Les autres doivent les supporter progressivement, selon l’étendue de leur fortune. [51]
« L’offrande patriotique » aurait-elle ainsi plus de valeur lorsqu’elle est plébéienne ? Les références chrétiennes (pratique de la charité, extrait des Évangiles) sont effectivement courantes dans les écrits qui nous sont parvenus (la parabole du Christ sur « le denier de la veuve »). Voyons quelques cas concrets :
=> Le 26 mai 1790, le maire (et curé) et les officiers municipaux de Laigneville dans l’Oise écrivent : « ... Ces infortunés habitants ont eu le malheur d’être grêlés plusieurs années, presque coup sur coup et le cruel hiver de 88 a mis le comble à leur misère. D’après ces considérations, l’auguste Assemblée est suppliée d’envisager leur contribution comme le denier de la veuve ». [52]
Souvent les premières marques de patriotisme et de générosité sont donc données par les classes les moins fortunées et les plus laborieuses.
=> De leur côté, les commissaires dans la Somme et la Seine-Inférieure, depuis Amiens, Pochole et Saladin, le 26 mars 1793, écrivent aux représentants de l’Assemblée nationale et font l’éloge de l’empressement des dons patriotiques ; je cite : « [...] ce qui nous a le plus flattés, c’est que beaucoup étaient en nature et consistaient en objets d’habillement et d’équipement pour nos braves défenseurs. L’état de ceux qui les offraient ne les rendaient pas moins précieux. La plus grande partie de ces dons a été présentée par la classe du peuple la moins opulente, par celle qui de tout temps a le mieux servi la liberté et qui se montre véritablement seule digne d’en jouir. » [53]
Une fois encore, la simplicité des mœurs est mise en avant ; car pour beaucoup, le don du nanti (et celui de la personne âgée) sont plutôt corrompus par la richesse. La sobriété de la plèbe vaut mieux que la magnificence des patriciens.
=> « C’est l’indigence qui fait la preuve de la vertu ». [54] Ainsi l’affirme la citation extraite du discours du citoyen Raimond, devant l’assemblée du peuple, à Issoire, le 8 septembre 1793.
La générosité des gens modestes est donc comparée à l’hypocrisie des riches. Les strasbourgeoises n’ont-elles pas fait « holocauste » de leurs bonnets traditionnels, cousus de fils d’or et d’argent, pour le salut de la patrie dans le local de la société populaire ? Ici à gauche sur l’écran.
=> On lit ainsi dans le Journal Les Amis de la Vérité : Paris 4 mars 1793 .« [...] Chacun y contribue de tout son pouvoir, mais souvent l’indigent qui offre une paire de bas, ou de souliers, ou un assignat de 100 sous, donne plus que cet opulent qui n’offre une modique somme que pour faire montre de son existence, ou mettre en évidence un civisme qui n’est pas toujours dans son cœur, mais qui le met à l’abri du reproche, de ne pas contribuer aux frais d’une guerre entreprise contre les ennemis communs de la liberté et des propriétés. […] » [55] Le lecteur est donc pris à témoin.
D’autres sources mettent en avant la probité, défendant des valeurs populaires, comme celles des sans-culottes… Écoutons le révolutionnaire Sylvain Maréchal :
=>« Ils s’embrassent comme deux pauvres.’ Axiome populaire qui me touche toutes les fois que je l’entends citer. Ce proverbe semble en effet insinuer qu’il n’y a que les malheureux de sensibles. Les chefs de la société civile sont comblés des dons de la fortune et de l’ambition ; les gens du peuple ont pour eux les plaisirs du cœur : tout est compensé. » [56]
La sensibilité, notion il y a peu étudiée par le courant de l’histoire des faits d’« affects », a été notamment mise en avant par l’historienne de la Révolution Sophie Wahnich.
La jeunesse des donateurs est souvent mise en avant...
=> On lit dans les archives parlementaires, que le jeudi 15 octobre 1789, « à l’ouverture de la séance, M. le président annonce qu’un enfant de dix ans demande à être introduit dans la salle pour offrir un don patriotique. Cet enfant lit un discours qui est vivement applaudi. Le Président lui répond que l’Assemblée reçoit avec plaisir son offrande, et qu’elle voit avec satisfaction les progrès de l’éducation que lui donnent ses parents. [...] » [57] »
De plus, la mise à l’honneur de l’innocence de la jeunesse est essentielle dans le rituel civique. Ici, sur cette estampe, représentant un bas-relief de l’autel de la patrie, à la mode antique, de 1791, c’est un enfant qui en est le personnage central. Avec la guerre en 1792, la jeunesse s’engagea en masse et les dons affluèrent.
=> A Épinal est ainsi imprimé en 1793 l’Ordre de la Fête du 10 août lors de laquelle un élève « fera le don patriotique. » [58]
- B. L’intérêt général ne doit-il pas primer sur l’intérêt particulier ?
La « chose publique » (res publica) intéresse donc tous les citoyens en raison du principe de la souveraineté de la nation. Cet intérêt est d’autant plus grand lorsqu’il s’agit du « salut public » avec « la patrie en danger décrétée » en juillet 1792.
1. - Quel est le modèle du bon républicain ?
On s’interroge alors sur le patriotisme. Voici l’extrait d’un discours prononcé à Sommières en juillet 1792, qui rapproche sa définition de la vertu :
=> « [...] C’est une disposition du cœur et de l’esprit, cette chaleur de l’âme, vive active et féconde qui nous porte à l’observation la plus scrupuleuse des lois, au respect soutenu pour les autorités constituées, à l’union franche et intime des Citoyens entre eux, à la plus grande vigilance pour la sûreté, le bonheur et la gloire de la Nation dont on est membre ; c’est ce penchant entretenu par la réflexion et fortifié par l’habitude, qui nous fait sincèrement préférer l’intérêt général à notre intérêt particulier, qui s’en trouve toujours bien ; c’est ce mépris des jouissances et des faux besoins, qui laisse aux affaires publiques un temps qu’absorbent les voluptés, [...], qui rend le plus pauvre assez riche, et le riche assez généreux ; c’est cette exactitude, cet empressement aux contributions publiques, parce que sans elles il n’y a plus ni sûreté, ni propriété, ni liberté [...]. [59] » Ici tout est dit. Comment pourrions-nous mieux le résumer ?
Mais alors, qui est considéré comme patriote vertueux ?
Proposons quelques exemples… Le prêtre-jureur à l’image du citoyen Longue-Epée à Beaumont-sur-Oise ?
=> ’M. Longue-Epée fut le consolateur de l’affligé, le soutien du pauvre, le défenseur de l’opprimé [...] dans le rigoureux hiver de 1789. Il est connu de tous par ses lumières et son intégrité ; il a constamment montré autant de soumission que d’empressement à proclamer son civisme ; s’est inscrit lui-même sur les registres de la Garde nationale ; a toujours fait son service ; a fourni à son tour le logement et l’hospitalité des braves volontaires ; a recueilli les offrandes patriotiques ; a rédigé des proclamation toutes dignes d’un zélé républicain [...]. [60]
Serait-ce l’anti-aristocrate ? ...
Le rejet de certains atours, comme les boucles de chaussures en argent, qui sont devenus le symbole de l’aristocratie exécrée, est de mise. Etudions une anecdote conservée :
=> ’Dans la ville de Dunkerque, un marin avait donné sa boucle de col et ses boucles d’oreilles, il avait gardé celles de ses souliers ; un de ses camarades lui dit : « Tu as la tête d’un honnête homme, d’un bon citoyen ; mais tu as les pieds d’un j... f..... d’aristocrate, et je te déclare que jusqu’à ce que tu sois complété, je ne puis aller boire avec toi » [...] [61]
Serait-ce donc le modèle du sans-culotte ?
Ècoutons le témoignage de l’un d’entre eux qui respire l’authenticité :
=> Un membre d’une section parisienne s’exprime ainsi en février 1793, à l’occasion d’un don en nature d’habits et de souliers : « Je suis trop pénétré de cette vérité : qu’un républicain est criminel d’avoir deux habits lorsqu’un seul de nos défenseurs est nu, pour ne pas vous prier d’offrir à la Convention une preuve de mon innocence. / Que chacun en fasse autant, voilà une motion : et ça ira ». [62]
2. - Le rôle civique des instituteurs ou institutrices
Le rôle dévolu à l’éducation est appelé à prendre de plus en plus d’ampleur. Les enseignants ont certainement joué un rôle important même si ce rôle ne transparaît pas toujours dans les archives. Je vous renvoie aux travaux récents de l’historien Côme Simien,à propos de la loi Bouquier sur l’éducation, votée en décembre 1793.
Mais, revenons quelque peu en arrière :
=> Déjà, lors de la Séance du 11 février 1790 à l’Assemblée nationale : « [...] M. le vicomte de Noailles a fait mention particulière d’une lettre qui lui a été écrite par les élèves du Collège royal de Juilly, dirigé par les prêtres de l’Oratoire, et qui est accompagnée d’un don patriotique, montant à la somme de 1.000 livres, prise sur les menus plaisirs de ces élèves. [63] »
Des dons d’écoliers sont en effet mentionnés dans les archives parlementaires : ceux du Collège de Rhodez, ou encore ceux du collège de Besançon... [64] sans doute encouragés par les adultes qui les encadrent.
Cette tendance s’accentue encore avec l’entrée en guerre :
=> « Les premiers moments de la séance ont été consacrés à recevoir des dons patriotiques des enfants de l’école Saint Gervais, et de ceux d’une pension de Châtillon. » [65] lit-on dans un journal de juin 1792.
=> Est mentionné quelques jours plus tard le don du Collège des Quatre-Nations : « Pour l’équipement de quatre volontaires envoyés aux frontières, 910 livres ». [66]
On devine malgré tout ici l’influence des enseignants sur leurs élèves dans l’organisation de la collecte. Parfois, ils veulent même élargir l’audience de l’instruction morale et civique.
=> Ainsi en est-il de la pétition, à l’occasion d’un don patriotique, de Mongeot, instituteur public, à Paris, rue de Valois (datée du 02/02/1793). Je cite : « [...]Et vous tous, ô citoyens et citoyennes ! Accourez, et avec générosité, déposés sur l’autel de la Patrie toutes vos superflues décorations, comme, doubles montres, colliers, bagues, bracelets, pendants d’oreilles, médaillons, et ceux cachés, que le plus bel ornement d’un vrai républicain sont ses bonnes mœurs et son armure et celui d’une véritable républicaine sont la pureté de son cœur, son équille et son fuseau. Citoyens et citoyennes, filez, filez vers l’autel de la patrie. » [67]
Certains enseignants voudraient ainsi prêcher la bonne parole républicaine également auprès des adultes...
3. - Au nom de l’égalité et de la fraternité
Les remerciements aux donateurs et aux bienfaiteurs par les révolutionnaires sont nombreux :
=> En témoigne l’extrait de la lettre du général Custine au procureur syndic du district de Wissembourg dont les habitants ont fourni des habits et des souliers aux soldats démunis (lue lors de la séance du 1er janvier 1793) : « Citoyen, votre action bonne et simple est, par sa simplicité même, au-dessus de tout éloge. Il n’appartient qu’à la Convention nationale de la louer dignement. Je lui en fais part et je pressens que, dans sa justice, en apprenant votre conduite, elle la proposera à l’admiration et à l’imitation de tous les autres districts de la République. [68] »
=> Un journal rapporte ses autres paroles : « Et vous tous, bons citoyens, qui avez fourni ce don patriotique, ce don fraternel, citoyens vraiment dignes de ce nom, recevez mes remerciements au nom de la brave armée que je m’honore de commander. » [69]
La République reconnaît donc les siens, à l’inverse des corrompus, des affameurs du peuple, des profiteurs de guerre et des agioteurs qui sont alors combattus. Quelques décrets en témoignent :
=> celui du 26/09/1792 : Lorsque les adresses ou les lettres obtiennent une mention honorable, un comité sera chargé d’envoyer un extrait du procès-verbal aux citoyens qui auront mérité ce témoignage de la reconnaissance publique.
=>Le 11/11/1792 : le député du Nord Gossuin, au nom du comité des pétitions et de correspondance, présente un projet de décret : 1° sur le mode de réception des lettres, adresses et pétitions adressées à la Convention ; 2° sur l’enregistrement des dons patriotiques ; 3° sur le mode d’admission à la barre des pétitionnaires.
=> Le 31/12/1792 : La liste hebdomadaire des dons patriotiques sera dressée.
La solidarité nationale est aussi en action par les bonnes œuvres mises en place.
=> Parfois, c’est un appel aux dons, comme celui de Jean-Baptise Maurice qui propose en 1793 un Projet d’éducation nationale. Il évoque dans son ouvrage le coût de la construction d’un établissement, je cite : « [...] ainsi que de tant d’autres petits meubles que la générosité du Français lui fera offrir de bon cœur, comme ses dons patriotiques pour la guerre, ou les malheureux victimes de leur patriotisme. » [70]
Au-delà du régime républicain, c’est aussi finalement une question qui touche la morale. La publicité faite autour des donateurs ne dénaturerait-elle pas la valeur du don ?
- C. La générosité désintéressée ne doit-elle pas remplacer l’égoïsme individuel ?
1. Les dons non nominatifs
Un don « communautaire » ou « corporatiste » est, soulignons-le, voulu comme tel.
=> Lors de la séance à l’Assemblée nationale du 22/09/1789 : « [...] Toutes les personnes employées à la manufacture du sieur Réveillon voulant contribuer, autant qu’il est en leur pouvoir, à l’acquittement de la dette de l’État, ont unanimement consacré le produit de leur journée, montant à 500 livres […]. L’annonce de toutes les offres patriotiques est unanimement applaudie. [71] »
=> A d’autres moments, c’est la Communauté des Maîtres Chandeliers de Paris, [72] ou bien encore celle des officiers de santé de l’hôpital militaire de Paris qui ont adressé à l’assemblée un don patriotique. [73]
=> Une réflexion retrouvée du Conseil souverain d’Alsace [Parlement de Colmar] est éclairante sur la portée d’un tel geste généreux : « chacun doit être libre en effet de faire ou non ce sacrifice et l’ostentation diminue singulièrement le mérite des bonnes actions. » [74] »
La non mention aux procès-verbaux de l’Assemblée nationale est bientôt revendiquée : on peut s’interroger ici, si c’est par modestie ou par calcul politique (ne pas faire de publicité également aux adversaires), ou bien encore par vertu.
=> Ainsi lors de la séance du 23/04/1792 : « Deux ouvriers, qui avaient demandé d’être admis à la barre, sont introduits. Ils offrent en leur nom et en celui des ouvriers de la manufacture d’Etienne Wafflard, fondeur de caractères d’imprimerie, un assignat de 50 livres et 14 livres en argent. « Il ne nous reste plus, disent-ils, que nos bras à offrir à la patrie. » (Ce qui suscite de Vifs applaudissements.) M. le Président leur accorde les honneurs de la séance. Plusieurs membres demandent aux pétitionnaires de dire leurs noms ; ils refusent. (Nouveaux applaudissements.) [75] »
Aussi, sans doute en conséquence, une motion est votée deux jours plus tard, le 25/04/1792, qui signale qu’il n’y aura plus de mention au procès-verbaux des noms des députés donateurs pour les frais de la guerre.
2. - Les dons anonymes
La discrétion n’empêche pas l’action. La valeur du don n’en est qu’encore plus élevée.
=> Dans le journal Assemblée Nationale, séances et suite des nouvelles de Versailles, du 08/12/1789, on se plaint du manque d’espace pour inscrire tous les dons : « [...] mais nous croyons que ceux de ces généreux citoyens, dont nous ne pouvons rapporter la bienfaisance, ne nous sauront pas mauvais gré de parler exclusivement d’un don patriotique de deux mille livres, fait par un citoyen inconnu qui jouit seulement de 800 livres de rente. » [76] Paradoxalement, l’anonymat est ici mis en avant.
Ainsi, ceux qui les firent ajoutèrent une nouveau mérite à leur action en le parant de mystère.
=> Par exemple, De Warenghien, commissaire des guerres à Douai (Nord) écrit au Président de la Convention Nationale, le 22/01/1793, pour envoyer une croix de Saint-Louis offerte par « un citoyen qui ne veut point être nommé pour les frais de la guerre, ainsi que ses voeux ardents pour la prospérité de la république. » [77]
Il peut aussi s’agir d’un don féminin, parfois en cachette du mari. Encore une fois, tout est possible… mais il est vrai que les dons anonymes demeurent la minorité (2 % seulement des dons de Croix de Saint-Louis à l’automne 1792 sont faits sous l’anonymat, comme vous pouvez le constatez sur l’écran).
3. La célébration des martyrs républicains : l’exemple de Le Peletier de Saint- Fargeau
L’assassinat de ce noble libéral et révolutionnaire, régicide (le 20/01/1793) a fortement marqué les esprits, la veille de la mort du roi. Au-delà de la hantise du complot contre-révolutionnaire, c’est aussi une figure de la vertu républicaine qu’on assassine.
=> Lors de la séance à la Convention du 11/02/1793 : Cambacérès fait part de plusieurs adresses de félicitations sur la mort de Louis XVI, et de regret sur la mort de Lepelletier [78]. Le peuple est donc chagrin. Un de ses représentants vient d’être assassiné, tandis que l’on se débarrassait enfin du tyran. La joie partagée ne peut donc être totale.
=> On lit encore dans un journal en mars 1793 : « [...] à la suite d’une fête funèbre, célébrée en mémoire de Le Peletier, on vient de faire passer à Custine un don patriotique, consistant en 60 paires de souliers, 16 paires de bas, [...]. [79] » etc...
C’est une figure exemplaire. Le martyr républicain doit servir de modèle au peuple.
=> Il existe à ce sujet une estampe du graveur Poisson (à gauche) en deux parties : 1re scène : « Je renonce à mes titres et je signe Michel Lepeletier… ». 2e scène qui nous intéresse davantage : ce dernier « distribue de l’argent à ses fermiers ruinés par la grêle de 1788 [80] ». On le montre donc ici en philanthrope précurseur. Signalons la thèse de Catherine Duprat sur les « Pratiques et usages de la philanthropie » au XVIIIe siècle. Elle y démontre l’existence de mouvements sensibles en lutte contre la pauvreté, dès avant la Révolution, qui déboucheront notamment sur la création d’un « comité de mendicité » (en 1790 – 1791).
Ce député de la Constituante, puis conventionnel s’était rendu célèbre également par ses dernières paroles : « Je suis satisfait de verser mon sang pour la patrie, j’espère qu’il servira à consolider la liberté et l’égalité et à faire reconnaître ses « ennemis… » [81]
Donner sa vie : serait-ce cela le don ultime ? L’abnégation de soi peut alors paraître en effet considérée comme le sacrifice majeur : périr pour un idéal politique ou mourir pour sa patrie.
=> Un témoignage surprenant a été retrouvé : il s’agit de la Lettre de Laas, élève de l’école de Sorèze (Tarn), âgé de 16 ans, aux Citoyens représentants. Il leur offre deux prix de dessin pour les frais de la guerre. « Je m’offre moi-même. J’attends l’âge [...]. Elevé aux frais de la nation, j’attends avec impatience qu’elle m’appelle, et je lui prouverai que la reconnaissance, le désir de cimenter s’il le faut de son sang l’empire de la liberté, de l’égalité sur les leçons que l’on m’a apprises ». [82]’ Sa destinée est donc toute tracée...
Ainsi, dans cette deuxième partie, nous avons pu constaté que les dons patriotiques étaient placés sous l’égide de la vertu, même si tous ne répondaient pas à son appel. Que pouvons-nous en conclure ?
Conclusion :
Au final, le lien entre les dons patriotiques et le républicanisme sont prouvés. Tant de témoignages et d’offrandes au profit de la « chose publique » en sont la preuve.
Penchons-nous un instant sur la célébration de la fête de l’unité et de l’indivisibilité de la République du 10/08/1793. Elle se veut républicaine, puisqu’elle célèbre le premier anniversaire de la chute de la royauté en France. D’ailleurs, place de la Révolution (aujourd’hui place de la Concorde), les symboles de la monarchie sont brûlés dans un bûcher expiatoire. Que savons-nous du déroulement de cette fête ?
Le 11 juillet 1793, David, au nom du comité d’instruction publique, fait un rapport préparatoire sur celle-ci. En voici un extrait expliquant son déroulement :
« Arrivés dans le Champ-de-Mars, le Président de la Convention nationale, la Convention nationale, les 86 commissaires, les envoyés des assemblées primaires monteront les degrés de l’autel de la patrie. Pendant ce temps, chacun ira attacher son offrande au pourtour de l’autel, les fruits de son travail, les instruments de son métier, ou de son art. C’est ainsi qu’il se trouvera plus magnifiquement paré que par les emblèmes recherchés d’une futile et insignifiante peinture […]. Cette cérémonie terminée, le peuple se rangera autour de l’autel. [83] » Paroles d’autant plus incroyables qu’elles émanent d’un célèbre peintre...
Mais, pour autant, ces dons sont-ils des manifestations de la vertu républicaine ?
Cette pratique de dons patriotiques peut être comparée à un phénomène de coalescence (d’agglomération) emprunté à la mécanique des fluides (contraire de la dispersion). En effet, la Nation fait corps autour de son souverain, puis autour de la loi républicaine. Le don à la nation est un véritable exercice de souveraineté, une forme de démocratie participative avant l’heure.
On connaît l’importance de la vertu pour Robespierre (son discours du 18 pluviôse an II) : la vertu invoquée pour défendre la République, la terreur pour lutter contre ses ennemis. Ne faudrait-il pas « gouverner » animé par la seule vertu ?
Terminons avec les réflexions de Saint-Just, révolutionnaire idéaliste et député montagnard : « Tout le monde veut bien de la République ; personne ne veut de la pauvreté ni de la vertu. » constate-t-il.
Alors, comment faire comprendre que la vertu rend heureux selon Saint-Just, à la recherche du bonheur ? Voici un extrait de son rapport au nom du Comité de Salut Public du 23 ventôse an II qui nous donne à penser :
« Nous vous parlâmes du bonheur : l’égoïsme abusa de cette idée pour exaspérer les cris et la fureur de l’aristocratie. On réveilla soudain les désirs de ce bonheur qui consiste dans l’oubli des autres et dans la jouissance du superflu. Le bonheur ! Le bonheur ! s’écria-t-on. Mais ce ne fut point le bonheur de Persépolis que nous vous offrîmes, ce bonheur est celui des corrupteurs de l’humanité : nous vous offrîmes le bonheur de Sparte » [84] et celui d’Athènes dans leurs beaux jours ; nous vous offrîmes le bonheur de la vertu, celui de l’aisance et de la médiocrité, nous vous offrîmes le bonheur qui naît de la jouissance du nécessaire sans superfluité, nous vous offrîmes pour bonheur, la haine de la tyrannie, la volupté d’une cabane et d’un champ fertile cultivé par vos mains. »
Référence au consul romain Cincinnatus à n’en pas douter. Don de soi par passion politique, don de sa fortune pour la chose publique : voilà semble-t-il l’idéal républicain teinté de vertu.
Gauthier Baert, le 12 mars 2026, Arrras
[1] : Jacques Domenech, « Rousseau (1712 – 1778) : l’idée d’un peuple heureux », in Alain Caillé et alii (dir.), Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique, Paris, La Découverte, 2001, pp. 447 – 455.
[2] : Didier Carsin, « La vertu républicaine selon Montesquieu », Humanisme, 2016/2, N311, pp. 37 – 42.
[3] : Pierre-Nicolas Chantreau : Dictionnaire national et anecdotique, pour servir à l’intelligence des mots dont notre langue s’est enrichie depuis la révolution, et à la nouvelle signification qu’ont reçue quelques anciens mots... par M. de l’Epithète, Paris, Politicopolis, 1790, p. 67.
[4] : ibid., p. 57.
[5] : ibid., p. 35.
[6] : ibid., p. 29.
[7] : Pierre Nicolas Gautier, Dictionnaire de la Constitution et du gouvernement français, Paris, chez Guillaume Junior, 2e éd., 1792, p. 73.
[8] : ibid., p. 539.
[9] : ibid., p. 211.
[10] : Robert Launay, Barère : l’Anacréon de la guillotine, Paris, Tallandier, 1989, p. 48.
[11] : J. Mavidal et E. Laurent, Archives parlementaires de 1787 à 1860, Paris, Paul Dupont, série 1, tome 9, 1877, p. 182
[12] : Estampe anonyme, « Don patriotique des illustres françoises », publiée à Paris, chez J. Chereau, s.d..
[13] : René Kerviller, Recherches et notices sur les députés de la Bretagne aux Etats-Généraux et à l’ANC de 1789, Nantes, 1889, tome 2, p. 274. Voir aussi AP, t. XI, 1880, séance du 15 janvier 1790, p. ?.
[14] : Don patriotique. / A Messieurs les Quatre-Vingt-Dix Electeurs des Communes de Bordeaux, Bordeaux, 1790, p. 2 et suivantes. 10 pistoles = 1 écu d’or.
[15] : Rosalie Jullien, Journal d’une bourgeoise pendant la Révolution, 1791-1793, publié par son petit-fils Edouard Lockroy, Paris, 1881, p. 107.
[16] : Révolutionnaires. Pour une anthropologie politique de la Révolution française, Paris, Vendémiaire, 2013.
[17] : « La Révolution française », La Documentation photographique, Paris, La Documentation française, N8141/ 2021-3.
[18] : Journal des débats et des décrets, 24/12/1789, N129, p. 3.
[19] : La grande peur de 1789, Paris, A. Colin, (rééd.) 2014.
[20] : Article paru dans Le Monde le 02/03/2022 : « Le monde quantique est bien essentiellement complexe », consultable sur le site du journal Le Monde]) touchant toutes les catégories sociales ou genrées.
=> Ainsi en février 1790, les représentants des étudiants de l’Université de Paris ont offert un don patriotique et ont prononcé les mots qui suivent devant les députés : « Nos seigneurs, / les représentants des jeunes élèves de l’Université de Paris ; ils viennent mêler leurs offrandes aux dons libres et désintéressés de tous les citoyens. Vous êtes les pères de la Patrie, nous en sommes les enfants. [...]. »[[ : P.V. de l’Assemblée nationale, séance du jeudi 18/02/1790.
[21] : AN - D/XXXIV/4 - Pièce 234.
[22] : AD Nord – L 1824.
[23] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 2 - Pièce 26.
[24] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 2 – Pièce 34.
[25] : AN - D/XXXIV/8 – Dossier 1 – Pièce 21.
[26] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 7 – Pièces 147 – 150.
[27] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 6 – Pièce 133.
[28] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 6 – Pièce 136.
[29] François-Alphonse » Aulard, La société des Jacobins : recueil de documents pour l’histoire du club des Jacobins de Paris, Paris, 1895, t. 5, p. 10.
[30] : AN- D/XXXIV/1, AN - D/XXXIV/2, AN - D/XXXIV/3, AN – D/XXXIV/4.
[31] : Albert Ginisty, Flaujac, Rodez, Editions Subervie, 1962, p. 49.
[32] sous-série D/XXXIV
[33] : Recueil de lettres et autres pièces adressées à la municipalité ou au conseil permanent de la commune de Lille, à l’occasion du bombardement de cette place, commencée le 29 septembre 1792..., Impr. de Jaquez, Lille, in-4, 1792, p. 116 ; Bordereau de la somme envoyée le 16/11/1792, par la société des amis de la République de Beauvais, 1594 livres en assignats, en billets patriotiques et en billets d’Amiens, billets de la Caisse patriotique. « C’est une dette sacrée que nous acquittons avec zèle... » (extrait de la lettre de même origine, du 29/10, p. 86).
[34] : Rapport fait au nom du Comité de Finances sur la Contribution Patriotique du quart des revenus, par M. Dubois de Crancé, imprimé sur ordre de l’AN, 1790, p. 1.
[35] : AN - D/XXXIV/2 - Pièce 110.
[36] AN – D/XXXIV/8 – Dossier 3 – Pièces 71-72.
[37] : AD Nord – L 1849.
[38] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 6 – Pièce 139.
[39] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 10 – Pièce 184.
[40] : AD Nord – L 8395.
[41] Alfred Lemaitre, Briouze à travers les âges : étude spéciale de la condition des cultivateurs et paysans briouzains sous le régime féodal, Paris, A. Pedone Editeur, 1903, p. 350.
[42] : AN – D/XXXIV/2 – Dossier 1. Pièce 74.
[43] : AN – D/XXXIV/4 – Dossier 1. Pièce 226.
[44] : AN – D/XXXIV/3 – Dossier 1. Pièce 154.
[45] : AN – D/XXXIV/4 – Dossier 1. Pièce 244.
[46] : AN – D/XXXIV/2 – Dossier 1. Pièce 82.
[47] : AN – D/XXXIV/2 – Dossier 1. Pièce 90.
[48] : AN - D/ XXXIV/1 - Pièce 8.
[49] : AD Nord - L 7403.
[50] : AN - D /XXXIV/2 - Pièce 81.
[51] : Texte lu à la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité, séance aux- ci-devant Jacobins, présentée par Robespierre.
[52] : AN - D/XXXIV/3 - Pièce 118. Laigneville (Oise).
[53] : Recueil des actes du Comité de Salut Public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du Conseil exécutif provisoire, publié par F.-A. Aulard, Paris, t. 2, 1889, p. 524.
[54] : Séance du 2 octobre 1793, J. Mavidal et E. Laurent, op. cit., t. 75, p. 433.
[55] : Bulletin des Amis de la vérité (publié par les directeurs de l’imprimerie du Cercle social), N° 65 du 5 mars 1793, p. 4.
[56] : Sylvain Maréchal, Correctif à la Révolution, Paris, Impr. du Cercle social, 1793, p. 213.
[57] : 15 OCTOBRE 1789. AP, t.9, 1877, p. 450.
[58] : Épinal, 1793, p. 8.
[59] : Qu’est-ce que le patriotisme ? Discours sur les dangers de la patrie, prononcé à la tribune des Amis de la Constitution de la ville de Sommières, le 31 juillet 1792 par Justin Beaux, Nîmes, Impr. nationale, 1792, p. 17 – 18
[60] : Charles Simon, Histoire de Beaumont-sur-Oise, Beaumont-sur-Oise, Impr. régionale, 1890, p. 111.
[61] : Antoine Denis Bailly, Jean-Charles Poncelin de La Roche-Tilhac, Choix d’anecdotes anciennes et modernes, ou Recueil choisi de traits d’histoires, et particulièrement de tout ce qui est relatif à la mort de Louis XVI et de sa famille, Paris, Chez Poncelin Imprimeur-Libraire, 1803, tome 4, p. 162 - 163.
[62] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 11 – Pièce 197.
[63] : Journal des débats et des décrets, 11/02/1790, p. 2.
[64] : Journal Le Mercure universel, Paris, daté du 11/04/1791, N42.
[65] : Journal Le Mercure national, Paris, daté du 12/06/1792, N494.
[66] : Compte du collège des Quatre-Nations, du 24 mai 1791 au mois de mai 1793, à la suite des comptes de Raulin, Archives nationales, Série H, carton 2.842.
[67] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 11 – Pièces 200 – 202. + Courrier du maire de Paris, Pétion, du 06/06/1792 annonçant son transfert de la pétition au ministre de l’intérieur.
[68] : J. Mavidal et E. Laurent, op. cit., t. 56, 1899, p. 106. (La Convention décrète la mention honorable d’un don patriotique du district de Wissembourg fait à l’armée du général Custine ; elle ordonne l’envoi du procès-verbal à l’administration de ce district, et que copie au long de la lettre du procureur syndic sera insérée dans le Bulletin).
[69] : Journal Le Mercure national, Paris, daté du 04/01/1793, N668.
[70] : Jean-Baptiste-Philibert-F. Maurice, Projet d’éducation nationale, Nantes, Imprimerie P.F. Hérault, 1793, p. 22.
[71] : J. Mavidal et E. Laurent, op. cit., tome 9, 1877, p. 102.
[72] : Courrier Français ou Tableau Périodique, du 29/11/1789 (N147), p. 1 .
[73] : Journal Le Mercure national, Paris, daté du 02/05/1792, N429.
[74] : Louis Pillot et Ernest de Neyremand, Histoire du conseil souverain d’Alsace, paris, 1860, p. 103.
[75] : Séance du 23/04/1792, AP, tome 42, 1893, p. 320.
[76] : Assemblée Nationale, séances et suite des nouvelles de Versailles, du 08/12/1789 (N44), p. 1.
[77] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 10 – Pièce 183.
[78] : Journal des débats et des décrets du 11/02/93, N146.
[79] : Journal Les Hommes libres de tous les pays ou Le Républicain, daté du 24/03/1793, N143.
[80] : chez Poisson, A Paris, 1794, Collection De Vinck, volume 30, Pièce 5018, BNF.
[81] : Estampe « Le Peletier de Saint-Fargeau et Marat, martyrs de la Révolution », conservée aux Archives départementales de l’Yonne, 21 Fi 148.
[82] : AN – D/XXXIV/8 – Dossier 6 – Pièce 134.
[83] : J. Mavidal et E. Laurent, op. cit., t. 68, 1894, p. 565 et suivantes.
[84] : Extrait de l’article « boucles d’argent » du dictionnaire de Chantreau, p. 22 : « C’est au milieu de ce désordre que parurent les boucles nationales ; elles sont de cuivre ; c’est un vil métal, mais il honore le pied patriotique qui le porte. Français ! maintenez-vous libres, et vous serez bientôt de vertueux Spartiates. [...] »


































