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« Philosophie et Révolution »
Un article de Bernard Vandeplas docteur en Histoire contemporaine
mardi 28 avril 2026
Le premier texte est un extrait Du Contrat Social de J. J. Rousseau (1712-1778) : « Cette personne publique, qui se forme ainsi par l’union de toutes les autres, prenait autrefois le nom de cité, et prend maintenant celui de république… » Le second de l’Encyclopédie : « Le premier état que l’homme acquiert par la nature, et qu’on estime le plus précieux de tous les biens qu’il puisse posséder, est l’état de liberté. »
J’ai fait le choix de deux textes pour illustrer, rapidement, le sujet : le premier est de Jean-Jacques Rousseau et le second est extrait de l’Encyclopédie.
Rousseau parle de la volonté générale et l’Encyclopédie de l’article sur la Liberté, soit deux thèmes qui joueront un rôle fondamental lors de la Révolution. Nous le savons, les révolutionnaires ont lu les philosophes du XVIII e siècle, et les textes anciens, grecque et romain. Le premier texte est un extrait Du Contrat Social de J. J. Rousseau (1712-1778) :
« Si donc on écarte du pacte social ce qui n’est pas de son essence, on trouvera qu’il se réduit aux termes suivants : « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. »
A l’instant, au lieu de la personne particulière de chaque contractants, cet acte d’association produit un corps moral et collectif, composé d’autant de membres que l’assemblée a de voix, lequel reçoit de ce même acte son unité, son moi commun, sa vie et sa volonté. Cette personne publique, qui se forme ainsi par l’union de toutes les autres, prenait autrefois le nom de cité, et prend maintenant celui de république ou de corps politique, lequel est appelé par ses membres : Etat, quand il est passif ; souverain, quand il est actif ; puissance, en le comparant à ses semblables. A l’égard des associés, ils prennent collectivement le nom de peuple, et s’appellent en particulier citoyen comme participants à l’autorité souveraine, et sujet, comme soumis aux lois de l’Etat [1]. »
Le texte suivant (sur la liberté) est extrait de l’encyclopédie, il est écrit par Chevalier de Jaucourt :
« Le premier état que l’homme acquiert par la nature, et qu’on estime le plus précieux de tous les biens qu’il puisse posséder, est l’état de liberté ; il ne peut ni s’échanger contre un autre, ni se vendre, ni se perdre ; car naturellement tous les hommes naissent libres, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas soumis à la puissance d’un maître, et que personne n’a sur eux un droit de propriété. En vertu de cet état, tous les hommes tiennent de la nature même le pouvoir de faire ce que bon leur semble, et de disposer à leur gré de leurs actions et de leurs biens, pourvu qu’ils n’agissent pas contre les lois du gouvernement auquel ils sont soumis [2]. »
Droits naturels et volonté générale constituent les bases du nouveau régime qui se mettent en place à partir de la Révolution française.
Beaumarchais dans sa pièce Le Mariage de Figaro écrit contre les privilèges de la naissance :
« Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend su fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus, du reste, homme assez ordinaire !
Tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagne [3]. »
[1] Jean Jacques Rousseau, Du Contrat Social , Livre I, chapitre VI : du pacte social, 1762.
[2] Chevalier de Jaucourt, article « Liberté », Encyclopédie.
[3] Beaumarchais, Le mariage de Figaro, V. 3.

